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L’appel à l’aide des castanéiculteurs contre le cynips

(Photo Nicole Mari)
(Photo Nicole Mari)

Le cynips est en train de ravager la châtaigneraie insulaire et de mettre en péril la castanéiculture. La récolte 2012 est compromise pour les 80 producteurs insulaires, dont 12 vont devoir mettre la clef sous la porte. L’un deux, Jean-Marie Vecchioni, également conseiller général du canton d'Alto-di-Casaconi et maire de Campile a lancé, lors de la dernière réunion du conseil général de Haute-Corse, un appel à l’aide à tous les acteurs publics afin qu’ils prennent conscience de la gravité du problème et apportent des solutions. Il explique, à Corse Net Infos, que la disparition du châtaignier en Corse doit être considérée comme une catastrophe nationale. 

- Pourquoi cet appel à l’aide ?

- Depuis 2010, la châtaigneraie est ravagée par un insecte qui s’appelle le Cynips. Cette année, la récolte d’une quinzaine de producteurs sera largement diminuée. Beaucoup d’entre nous auront une perte de 80 %. Des exploitations seront carrément fermées et des châtaigneraies seront abandonnées. On ne peut pas laisser détruire un patrimoine historique et emblématique comme le châtaignier d’autant que la filière castanéicole n’est pas la seule touchée.

 

- D’où vient ce cynips ?

- Il arrive d’Asie. Il est rentré en Corse par l’aéroport de Poretta, est remonté dans la vallée de Borgo pour passer sur Lento, Campile, Scolca, Volpajola, Aiti, Murato, Rapale… qui sont les communes les plus touchées parce qu’il est sur place depuis 3 ans. On l’a découvert à Ajaccio. Cet insecte, qui est une petite guêpe, peut rentrer dans une voiture à Campile et se retrouver à Ajaccio, 2 heures après. Ce qui veut dire que, dans 3 ou 4 ans, la Corse sera entièrement touchée.

 

- Comment le cynips agit-il ?

- Il se pose et fait son nid et sa couvée sur le bourgeon de châtaignier et empêche la floraison. Les larves forment une galle, comme la galle du pêcher ou du chêne. L’année suivante, quand le bourgeon doit éclore, la galle va empêcher la feuille de se développer normalement. Il n’y aura donc pas de feuilles, pas de floraison et pas de fruits. Le cycle peut durer entre 5 et 15 ans. L’arbre peut ne pas mourir, mais s’il subit des sécheresses, qui sont assez fréquentes actuellement, il puise dans ses forces pour s’en sortir, va s’épuiser et mourir.

 

- N’y-a-t-il pas un traitement contre le cynips ?

- Oui, il y a un traitement par un lâcher de prédateurs appelés torymus. Son inconvénient est que le torymus a besoin d’être en couple pour féconder et se développer tandis que la femelle du cynips est autoféconde. Le cynips se développe, donc, plus vite. Le torymus va se nourrir de cynips mais, en terrain favorable, il va lui falloir entre 7 et 13 ans pour arriver à contenir une population de cynips à peu près normale. Il ne va pas la détruire car il va en garder pour s’alimenter l’année d’après. C’est la seule lutte biologique que l’on connaisse pour le moment.

 

- Y a-t-il eu des lâchers en Corse ?

- Oui. Il y a eu pas mal de lâchers, en mai dernier, au moment de la floraison, dans les zones les plus infestées, notamment dans mon village à Campile, à Lento, à Murato, même vers Gavignano. Mais, pour le moment, ces lâchers sont insuffisants. On a créé des pépinières d’élevage de cynips pour pouvoir élever des couples de torymus, parce que les acheter coûte très cher. Un organisme spécialisé, la Fredon (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles), s’en occupe.

 

- Quelles sont les conséquences ?

- Le problème, c’est que, pendant toute cette lutte, le producteur ne peut pas vivre de sa récolte. Moi, par exemple, j’ai 15 hectares de châtaigneraie. Je pose des filets tous les ans et je ramasse entre 12 et 15 tonnes de châtaignes. Cette année, je ne vais récolter que 4 ou 5 tonnes. Avec ça, je n’arrive même pas à payer les frais de nettoyage et d’entretien des parcelles. Ce qui veut dire que l’exploitation ne sera plus rentable. Du moment que l’arbre ne va plus produire, le producteur va abandonner la châtaigneraie.

 

- Certains producteurs seront-ils obligés de mettre la clé sous la porte ?

- C’est sûr ! Sur les 80 producteurs corses, 12 vont être touchés cette année. L’année prochaine, il y en aura 15 de plus pour arriver à 80 dans 3 ou 4 ans.

 

- Vous dites que la filière castanéicole n’est pas la seule touchée. Quelles autres en subissent les effets ?

- D’abord, l’apiculteur qui fait du miel de châtaignier. La floraison, qui a lieu en juin-juillet, apporte un miel spécifique. Ce miel-là va disparaître. L’apiculteur va être obligé  de faire plus de transhumance s’il veut obtenir une récolte. Ensuite, les éleveurs caprins, bovins, ovins et porcins bénéficient de la châtaigneraie. A la fin de la récolte de châtaignes, on demande à  un éleveur de venir faire pacager ses bêtes sur les parcelles pour manger les dernières châtaignes. Ce qui est bénéfique même pour nous car les vers parasites, comme le Balanin et le carpocapse, n’ont, ainsi, pas le temps de sortir de la châtaigne, de s’enterrer, de descendre à plus d’1 mètre et de remonter à la floraison au mois de mai. Le nettoyage par les animaux interrompt le cycle. Les châtaigneraies sauvages ou à l’abandon profitent également aux bovins en liberté. Il y aura également de moins en moins de châtaigniers de coupe pour le bois, les piquets, les planches... Toutes ces professions vont disparaître.

 

- Que faut-il faire, selon vous, pour que l’exploitant puisse continuer ?

- Il faut aider les exploitants à entretenir cette châtaigneraie, à préserver l’état sanitaire des arbres. En même temps, il faut maintenir la lutte biologique. Enfin, il faut que l’Etat mette en place une indemnisation qui, aujourd’hui, n’existe pas dans la filière castanéicole. Elle existe pour d’autres filières, la filière bovine par exemple. Les indemnités sécheresse ou calamités agricoles ne s’appliquent pas à ce genre de dommages. Il faut trouver une solution rapidement.

 

- Vous avez, avec le président Castelli, déposé un vœu à la dernière session du Conseil général. Que demandez-vous ?

- Dans ce vœu, j’ai demandé, d’abord, que la filière soit reconnue en tant que telle, au même titre que les autres filières. Il est vrai que c’est une petite filière avec 80 producteurs pour 600 hectares reconnus en Bio et en AOP sur toute la Corse. Elle a en commun, avec les filières oléicole, porcine ou bovine, cette notion d’économie et de gastronomie. La notion, que nous n’avons pas et que l’on oublie, c’est la valorisation du patrimoine historique. Il faut sauver cette châtaigneraie qui est, quand même l’arbre à pain, celui qui, pendant la guerre, a permis à nos anciens de survivre. Tout provenait de la châtaigneraie, la nourriture comme les meubles.

 

- Avez-vous le sentiment d’être entendu ?

- Depuis plus de deux ans, la profession s’évertue, en vain, à alerter les acteurs publics. Il faut que la région, les offices, l’Office de l’environnement et surtout l’Etat pour les crédits européens se mettent autour d’une table, prennent conscience de la gravité du problème et facilitent un accord de partenariat et d’interventions conjointes. On se bat pour les plantes endémiques de Corse, mais il faut aussi que le châtaignier soit reconnu et qu’on aide les producteurs qui, aujourd’hui, sont en cessation d’activité. En les aidant, on aide la châtaigneraie à se maintenir en bon état sanitaire.

 

- C’est-à-dire ?

- Si les producteurs, qui n’ont pas de récolte cette année, abandonnent la châtaigneraie, l’année prochaine, les ronces vont prendre le dessus. En plus, les arbres sont tellement effeuillés par le cynips qu’ils ne font presque plus d’ombre, donc la végétation, en dessous, va pousser deux fois plus vite. Les arbres, à l’abandon, vont mourir. Depuis des années, nous mettons cette châtaigneraie en ordre, il faut continuer.

 

- Le projet de l’ODARC sur la rénovation de la châtaigneraie peut-il vous aider ?

- Bien sûr. Ce projet porte notamment sur les élagages. Mais, même si l’élagage est subventionné à 50% ou 90%, comment voulez-vous qu’aujourd’hui un producteur apporte le financement manquant vu qu’il n’aura pas de production, donc pas de recettes ? L’élagage doit être une mesure de sauvegarde prise en compte à 100%. Toutes les filières sont aidées, il faut que la filière castanéicole le soit aussi, soit considérée comme une filière importante et d’autant plus importante par le patrimoine historique qu’elle valorise.

 

- Après le conseil général, allez-vous saisir d’autres instances ?

- Oui. Nous avons fait un courrier, signé par le président de l’Assemblée, pour saisir les 4 députés. Mon collègue de Balagne a évoqué le problème avec le préfet. On a saisi l’Office de l’environnement, l’ODARC… Des investigations sont menées avec les différents syndicats de producteurs de châtaignes sur le continent et en Italie. Ajouter 80 producteurs et 600 hectares aux indemnités versées au titre des calamités agricoles ne devrait pas être trop difficile, si simplement il y a une prise de conscience et qu’on démontre qu’il y a un réel besoin. C’est pour ça qu’on voudrait qu’il y ait beaucoup de monde autour de la table. Il faut que la disparition du châtaignier en Corse soit considérée comme une catastrophe nationale. On ne peut pas la laisser disparaître, on ne peut pas ne rien faire, croiser les bras et attendre ! On ne peut pas être fataliste !

                                                                                  Propos recueillis par Nicole MARI

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Commentaires : 5
  • #1

    U Palatinu (dimanche, 16 septembre 2012 13:12)

    Quoique n'étant pas castanéiculteur, la situation est tragique et me préoccupe beaucoup. Certes, cette maladie ne tue pas forcément l'arbre (c'est déjà ça), mais cela ajouté à une certaine forme de deshérence rurale, et aux maladies déjà existantes et terriblement féroces que sont l'encre et le chancre font que la situation de cet arbre merveilleux, et par là même, de ceux qui en vivent, est cruellement dramatique.

  • #2

    U Palatinu (dimanche, 16 septembre 2012 13:19)

    http://cumpalliols-in-corsu.over-blog.com/article-u-castagnu-65733893.html

  • #3

    Petru Petraca (lundi, 17 septembre 2012 07:38)

    Le problème de la châtaigneraie devrait être traité globalement avec les problèmes de tous les secteurs agricoles. Il faut une approche holistique de la situation et une véritable politique régionale agricole, si non, les dominos risquent de tomber les uns après les autres sur l'hôtel de la spéculation...

  • #4

    MS Nobili (lundi, 15 juillet 2013 09:25)

    Peut-on m'expliquer pourquoi les castanéiculteurs ne sont pas aidés par l'ODARC pour quelques dizaines de milliers d'euro, alors que pendant ce temps, l'ATC, si on la laisse faire, s'apprête à gaspiller des millions d'euro dans des terrains de golf inutiles . Ce n'est pas les mêmes lignes budgétaires ? Les transferts ça existe d'autant plus qu'au départ, ce sont nos sous !

  • #5

    cortial (jeudi, 12 novembre 2015 14:17)

    La PME des oies du Velay recherche de la trésorerie sous forme de dons et de façon urgente.
    Merci d'avance
    Etudie toutes propositions honnetes et correctes.