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Ghjurnate internaziunale : Un débat de consensus

Aux Ghjurnate internaziunale di Corti, le débat sur l'évolution institutionnelle de la Corse, réunissant, pour la première fois, à  l’invitation de Corsica Libera, des élus de gauche et de droite, a dégagé le consensus espéré. Tous les participants se sont accordés sur l’essentiel, à quelques bémols idéologiques de rigueur. Des prises de position, parfois inattendues, qui font bouger les lignes sur l’échiquier politique corse, et ont surpris le public et les militants venus en nombre.

C’était l’événement de ces 31ème Ghjurnate internaziunale di Corti. Le chapiteau, dressé par Corsica Libera dans l’enceinte de l’université, était bien plus rempli que de coutume. De nombreux militants nationalistes, mais pas seulement, ont écouté avec une attention mêlée, parfois, de surprise et d’incrédulité, le débat tant attendu sur l'évolution institutionnelle de la Corse. Ce débat réunissant, pour la première fois dans une manifestation nationaliste, des élus de presque toutes les tendances politiques, a tenu ses promesses. L’objectif affiché par les organisateurs était de soutenir la démarche en cours à l’Assemblée de Corse et de tenter, par le dialogue, de dégager un consensus sur la nécessaire évolution institutionnelle pour mener à bien les grands chantiers, notamment de la langue et du foncier. Les nationalistes, qui portent ces idées depuis des décennies, ne voulant pas rater la chance historique de les voir, enfin, se concrétiser, surfent donc sur la vague de fond qui a, d’abord, fait bouger les lignes dans les urnes avant de gagner l’hémicycle territorial. Ce débat en est une nouvelle manifestation.

Des élus de tous bords

Qui aurait pu imaginer, aux Gjurnate de l’an dernier que seraient, un an après, réunis à la même tribune, autour de trois membres de l’exécutif du mouvement indépendantiste, Jean-Guy Talamoni, François Sargentini et Petr’Anto Tomasi, des personnalités de la gauche et de la droite progressistes ! Pierre Chaubon, président de la Commission chargée des compétences législatives et règlementaires, et Pierre Ghionga, conseiller exécutif délégué à la langue et à la culture corses, représentaient l’exécutif Giacobbiste. Côté socialiste, Emmanuelle de Gentili, conseillère exécutive chargée des Affaires européennes et Me Jean-Sébastien de Casalta, président du Comité de soutien à François Hollande et membre de la Ligue des droits de l’homme.

De l’autre côté de l’échiquier politique : Laurent Marcangeli, le nouveau député UMP de la 1ère circonscription de Corse du Sud est venu en son nom propre, Jean-Martin Mondoloni, fondateur du mouvement de droite Une nouvelle Corse, et Paul Colonna, maire de Guagno. Côté nationalistes modérés, deux habitués des Ghjurnate : Edmond Simeoni et le député européen, François Alfonsi, accompagnés de l’élu territorial, Michel Castellani, mandaté par Femu a Corsica. Dans l’assistance, Ange-Pierre Vivoni, le président des maires de Haute-Corse et maire divers gauche de Sisco où Corsica Libera avait organisé, l’an dernier, un référendum sur la citoyenneté.

Une ère nouvelle

Le débat, qui a débuté par une brève prise de parole de chacun des participants dont la plupart se sont exprimés en corse, a été centré sur trois points : la langue, la question foncière et l’évolution institutionnelle pour mener à bien ces deux grands chantiers.

Chacun s’est d’abord félicité d’être là et de la présence des autres. « Il y a un an, on ne pouvait pas penser, ni même rêver d’avoir un débat d’un tel niveau et de réunir des gens avec des positions si différentes, que nous avons combattues. Un pas énorme est fait, mais tout n’est pas gagné », résume François Sargentini. « Il est important de venir partager nos idées qui sont peut-être différentes, mais notre volonté est d’avancer ensemble », indique Pierre Ghionga. S’adressant à ses hôtes, Pierre Chaubon confirme : « Je vois, dans cette initiative, un bon signe à deux titres : d’autres sensibilités que la vôtre ont été conviées, elles ont dit Oui et sont venues. C’est le signal d’une ère nouvelle, d’une histoire nouvelle ». Paul Colonna, quand à lui, se félicite « du climat d’apaisement qui règne en Corse. Des gens, élus ou non, ont pris leurs responsabilités. Tout découlera du dialogue ».

Responsabilité des élus et dialogue sont également les maîtres-mots de Laurent Marcangeli : « Ce type de rencontre est un commencement. Le fait que l’on se parle et s’écoute est un signal important ». Emmanuelle de Gentili parle même d’une « inversion de tendance » depuis les territoriales de 2010.

Une production locale

Puis, Michel Castellani pose la problématique qui se retrouvera, en substance, dans tous les discours : « Nous avons conscience que nous sommes à un rendez-vous décisif, tel qu’il ne s’en présente pas beaucoup dans l’histoire. Il faut concrétiser ce rendez-vous par une réforme constitutionnelle en essayant d’assumer la Corse telle qu’elle est, fidèle à elle-même, mais qui a toujours su accueillir celui qui arrivait ».

Rappelant les séquences passées qui, de 1981 à  2012, ont donné, avec plus ou moins de bonheur, à l’île un statut particulier, Pierre Chaubon insiste sur le caractère unique du processus actuel qui est « une production locale », élaborée en Corse par les élus corses et non plus par Paris. François Alfonsi explique, à ce propos que  « l’exception politique française », cet hypercentralisme, « rétrograde en termes d’institutions », interpelle en Europe, où la situation de la Corse paraît « assez étrange » avec un Préfet, comme personnage principal, « ce qui est unique ».

Des solutions élaborées sur place, Laurent Marcangeli y est également favorable : « Nous sommes assez mûrs pour faire monter à Paris une solution pour changer la Corse. Nous avons acquis une certaine forme de maturité politique pour porter notre message ».

Jean- Guy Talamoni ira plus loin encore : « Le projet global de référence ne sera pas une base de discussion avec Paris. Ce projet, s’il est porté par une majorité d’élus, doit être pris en compte, tel qu’il est par Paris ».

Un nécessaire consensus

Tous les participants insisteront sur la nécessité  de dépasser les clivages idéologiques pour réunir le consensus le plus large autour de la réforme. « Il faut dégager un socle réaliste suffisant et se mettre d’accord sur l’essentiel : y a-t-il un peuple ? A-t-il le droit de vivre, d’être reconnu ? », précise Edmond Simeoni pour qui il ne faut pas confiner le dialogue entre Paris et la CTC, mais l’élargir à tout le peuple corse. « Si la Corse pose avec clarté son problème, si elle sait le formater et le rendre clair, il est impensable que Paris refuse ».

Un avis partagé par Laurent Marcangeli qui confirme son soutien : « Si le consensus est trouvé à la CTC sur des terrains d’entente, je porterais, en tant que député, de manière claire et tranquille, la voix de la Corse à Paris ». Même position pour Emmanuelle de Gentili qui affirme que les socialistes locaux seront « une courroie de transmission auprès du gouvernement pour expliquer que tout doit venir de la Corse qui a une expérience inégalée et qui est une terre d’expérimentation ». L’élue PS prône une réforme de l’Etat et la mise au point de nouveaux outils, lors de l’acte III de la décentralisation en cours d’élaboration, pour changer la relation entre l’Etat et les régions.

Une autonomie de gestion

Si tous s’accordent sur la nécessité d’une réforme constitutionnelle pour mener la Corse vers une autonomie de gestion et permettre de trouver des solutions aux maux qui la rongent, droite comme gauche ont tenu, aussi, à préciser que cette autonomie ne pouvait, pour elles, se penser que dans le cadre de la République française.

Pour Pierre Chaubon, deux précautions préliminaires : « Il n’y a pas d’issue en dehors de la République française. Il n’y a pas d’issue dans la violence sous toutes ses formes ». Pour Jean-Martin Mondoloni, « placer la Corse dans la constitution est l’acte le plus républicain qui existe, donc je ne comprends pas les résistances de ceux qui se disent les plus républicains. La France est capable de reconnaître que la Corse est une exception particulière dans tous les domaines : langue, culture, transports, foncier, etc. ».

Le sauvetage de la langue

Puis, le débat entre dans le vif de deux sujets majeurs : la langue et le foncier.

La coofficialité fait l’unanimité, tant chacun est conscient de l’urgence de sauver la langue en grand danger. Pierre Chaubon, pragmatique, propose d’utiliser la ratification de la Charte des langues régionales, promise par le candidat Hollande, ratification qui exigera une révision de la Constitution, pour proposer « les adaptations nécessaires » à la Corse.

Laurent Marcangeli en profite pour réitérer un engagement de campagne : une proposition « visant à instaurer une agrégation de langue corse, qui n’existe pas ».

Taxer la plus-value

Les divergences se feront jour sur la question foncière. Si tout le monde déplore, en chœur, la spéculation qui accélère la dépossession, les élus non-nationalistes se montrent prudents sur les notions de citoyenneté et de statut de résident, sans les rejeter pour autant. « Cette problématique est la gangrène de la Corse. Le statut de résident, tout seul, ne fera que reporter le problème 10 ans plus tard. Il faut savoir quel contenu mettre dans la notion de citoyenneté ». Pour l’élue socialiste, la solution passerait par une sorte de « plan Marshall du rural et de l’urbain pour redonner une autre dimension, un autre but à nos terres de l’intérieur et une cohésion à ces deux territoires ».

A l’exception du maire de Guagno qui assène sans détour : « Le problème foncier est le principal problème qui menace notre peuple. Nous sommes attrapés par des sommes folles qu’un homme raisonnable ne peut pas comprendre. Il faut traiter ce problème par la citoyenneté et 10 ans de résidence et écraser les multinationales, qui ont le temps d’attendre, par une fiscalité corse forte dont le revenu ira aux plus faibles ».

Recourir à « l’outil fiscal sur les plus values », est également l’option corollaire de Michel Castellani.

Un référendum local

Face à ces questions politiquement délicates, le député UMP estime que c’est au peuple de donner son avis et propose, « une fois les travaux de la CTC finis », de recourir à un référendum local en faisant attention « à la question posée et aux listes électorales ». Laurent Marcangeli plaide pour une simplification du fonctionnement des institutions que « personne ne comprend » et pour une assemblée unique, à la place de la multitude existante, dotée d’une autonomie fiscale. « J’ai proposé qu’une part de la TVA soit directement versée dans les caisses de la CTC ». Jean-Martin Mondoloni insiste, fortement, sur ce problème de moyens « sans quoi, rien ne peut se faire ».

La proposition de référendum sera reprise au vol par Emmanuelle de Gentili qui préfère, néanmoins, d’abord, « déminer en amont » par la concertation pour que le projet ait une chance d’être adopté. Pierre Chaubon dévoile que cette option référendaire a été retenue par la Commission qu’il préside. « Nous allons établir un diagnostic et faire un rapport. La CTC devra choisir entre les hypothèses que nous lui présenterons. Nous estimons qu’à la fin, ce sera au peuple de décider ».

Poursuivre le dialogue

Au final, le débat aura fait surgir plus de convergence que de divergences. Tout le monde étant d’accord sur les urgences et sur la méthode, il reste des points de friction idéologique que la volonté commune de trouver un consensus et une solution à  l’impasse actuelle et la nécessité de présenter un front corse uni à Paris devraient contribuer à lisser.

Pour Jean-Guy Talamoni, ce consensus est le fruit d’un patient effort de dialogue de part et d’autre, dialogue que son mouvement s’engage à poursuivre, dans la foulée, avec tous les partis traditionnels, ce débat n’étant qu’un prélude.

Durant le meeting de clôture des Ghjurnate, il va déplorer l’échec de la mise en place d’un projet commun de l’ensemble des formations nationalistes. « Nous l’avons proposé depuis des années. Nous continuons à penser que cette méthode aurait été la meilleure et, si les nationalistes avaient parlé d’une seule voix sur les principales questions, les choses seraient allées beaucoup plus vite. Force est de constater que cette proposition ne convient pas au courant dit modéré, dont nous aurions voulu faire un partenaire privilégié. Nous en avons pris acte et nous avons donc décidé de procéder autrement, à savoir d’ouvrir des discussions, d’emblée, avec l’ensemble du paysage politique corse ».

Une invitation sera lancée, dans les prochains jours, aux fédérations locales du PS et de l’UMP. Corsica Libera entend, ensuite, plaider la cause de la réforme constitutionnelle auprès de ses adversaires les plus affirmés, même les ultra-jacobins. Un dialogue qui ne devrait pas manquer de saveur !

                                                                                                                                               N.M.

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Commentaires : 3
  • #1

    U Palatinu (lundi, 06 août 2012 13:41)

    On verra bien...

  • #2

    querci (lundi, 06 août 2012 14:14)

    esperons.

  • #3

    Francescu Néviani (lundi, 06 août 2012 14:42)

    Une bouteille d'eau à la mer .Encore une perte de temps , ceux qui va permettre de faire rentrer un peu plus de Français sur notre territoire , la fin approche , en conclusion , nous nous sommes mis dans la gueule du loup . Na forse cun l'aiutu di Diu !!!!!!!!!!!!!!!!!