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Bastia : Passe d'armes sur le Puntettu

De nouveau à l’ordre du jour de la séance du Conseil municipal de lundi, le dossier du Puntettu a donné  lieu à une nouvelle passe d’armes entre la majorité et l’opposition mais, une fois n’est pas coutume, chacun a pu s’exprimer calmement et, à son aise, sans s’épargner pour autant. Au final, a été adopté le marché de maîtrise d’œuvre concernant le PRQAD et le RHI. Inseme per Bastia a voté contre. Explications, pour Corse Net Infos, d’Ange Rovere, le 1er adjoint, qui fustige Gilles Simeoni et les réponses du leader d’Inseme per Bastia.

Ange Rovere : " La mairie sauve le Puntettu "

Le 1er adjoint de la Mairie de Bastia, délégué aux Finances et au plan, monte au créneau pour défendre l’opération de restructuration du Centre ancien dans le quartier du Puntettu et fustiger ses détracteurs, notamment le leader d’Inseme per Bastia. Il réfute les critiques comme infondées.

 

- L’opération de rénovation du quartier du Puntettu est très contestée. Comment réagissez-vous à ces critiques ?

- Les arguments contre la rénovation sont, en partie, fallacieux. On désigne comme immeubles que la Mairie veut démolir, des immeubles qu’en vérité la Mairie veut sauvegarder dans le cadre d’une reconstruction. Mr Gilles Simeoni confond, volontairement, reconstruction et démolition pour faire monter la mayonnaise. Les immeubles qu’il désigne comme allant être démolis ne seront pas démolis, ils seront reconstruits de l’intérieur avec des façades sauvegardées et réhabilitées.

 

- De quels immeubles s’agit-il ?

- L’immeuble qui fait l’angle avec la rue des Mulets et la rue du Puntettu et l’immeuble Giuletta. Il y a effectivement un immeuble, situé 11, rue des Mulets, qui a été classé en RHI (Résorption de l’habitat insalubre) irrémédiable depuis 3 ans. Une partie des copropriétaires refuse de s’organiser pour, effectivement, faire les travaux nécessaires à la réhabilitation et se fiche pas mal de l’avenir de cet immeuble pour des raisons qui leur appartiennent. Il y a 1 ou 2 appartements très beaux et le reste pourrit. On peut avoir un bel appartement et voir l’immeuble s’effondrer. Un jour ou l’autre, le Maire prendra ses responsabilités et cet immeuble, au départ, classé remédiable, deviendra irrémédiable et sera voué à la démolition. Voilà la réalité.

 

- On parle de spéculation immobilière. Qu’en est-il ?

- C’est vrai qu’il y a le besoin de construire du logement social, aussi, dans le Centre ancien. Dire que la Mairie veut spéculer, livrer le Centre ancien à des intérêts et des appétits privés, tout le monde sait que c’est un mensonge éhonté  puisque sur le périmètre global, sur les 109 logements qui vont être construits dans les années qui viennent, il y aura 98 logements sociaux. Il n’y a pas gentrification du Centre ancien, il y a simplement la volonté de sauver le Centre ancien. Mr Simeoni n’a pas lu Pesciu Anguilla, parce que je n’ai jamais vu de charge aussi violente contre le Puntettu que celle menée par Dalzeto dans ce roman.

 

- L’opposition accuse, de manière récurrente, la Mairie d’autisme et de refus de dialogue. Pourquoi refusez-vous le dialogue ?

- Comment pourrais-je discuter quand Mr Simeoni confond, volontairement, démolition et déconstruction ? Comment puis-je parler quand il prête à la ville des intentions qu’elle n’a pas ? On ne va pas démolir certains immeubles qu’il nous accuse de vouloir démolir ! Qu’est-ce que je vais dire ? Cela fait des années qu’on lui explique ! Il accuse la ville de livrer le Puntettu à la spéculation alors qu’on veut faire des immeubles sociaux. Où est le dialogue possible ?

 

- Gilles Simeoni n’est pas seul à exprimer ces critiques. La contestation est née avec le Comité de quartier et est soutenue par d’autres forces politiques. Que leur dites-vous ?

- C’est vrai. Il y a aussi Mr Gandolfi-Scheit qui a tout fait pour retarder l’opération de requalification de Lupino. Un soutien de ce type, il faudrait mieux s’en passer ! Après, il ne faut pas jouer sur la désinformation. Souvenez-vous de la tirade de Beaumarchais : « Semez le mensonge, semez le mensonge, il en restera toujours quelque chose ! ».

 

- Que répondez-vous aux habitants du Puntettu qui se battent pour rester chez eux ?

- Ce ne sont pas les habitants du Puntettu, mais quelques familles qui sont concernées par cette opération. Je leur réponds que : ceux, qui voudront rester dans le quartier, seront, tout naturellement, prioritaires. C’est la loi ! Ils seront prioritaires pour occuper, soit un logement social, soit le peu de logements qu’il y aura en accession à la propriété.

 

- Vous venez de voter la désignation du maître d’œuvre. Quel est le calendrier ?

- Maintenant, le maître d’œuvre va travailler. Il y aura des points d’étape au cours desquels nous allons voir s’élaborer physiquement, cette fois, sur le terrain, le projet de réhabilitation du quartier parce que la Mairie sauve le quartier. Cette opération va durer 7 ans.

                                                                                        Propos recueillis par Nicole MARI

Gilles Simeoni : « La démolition est actée dans le dossier que vient de voter la Mairie »

Le leader d’Inseme per Bastia, qui a fait du Puntettu son cheval de bataille, répond, point par point, aux accusations d’Ange Rovere en se référant au dossier voté par la Mairie. Il réaffirme que l’opération de rénovation va détruire un patrimoine inestimable.

- Pourquoi avez-vous voté contre le projet de réhabilitation du quartier du Puntettu ?

-  Nous ne sommes pas opposés au principe de réhabilitation du quartier du Puntettu, mais ce qui est prévu dans l’opération engagée par la Mairie n’est pas une simple réhabilitation, à laquelle nous sommes sur le principe favorable, mais c’est la destruction irréversible, pure et simple, de 4 immeubles d’une valeur architecturale et patrimoniale inestimable, habités par des gens qui ont réhabilité leur appartement respectif et qui y vivent très bien. Ces destructions sont prévues pour que sur le terrain, ainsi mis à nu, puisse être édifié un nouvel immeuble dont on nous dit qu’il comprendra une vingtaine de logements dit intermédiaires qui seront attribués à un promoteur dont ne connaît pas encore le nom. Cette opération est inexplicable en l’état.

 

- La Mairie qualifie ces critiques de mensonges. Que répondez-vous ?

- On ne ment pas. Les rapports sont là. Ces immeubles, dont nous contestons la démolition, ont été classés vétustes. Ce caractère de vétusté est tout à fait remédiable. Si on devait détruire à Bastia tous les immeubles qui sont vétustes comme ceux que l’on prétend détruire au Puntettu, c’est, en fait, 80 ou 90 % du patrimoine immobilier de la ville qu’il faudrait détruire !

 

- Ange Rovere vous accuse de confondre, volontairement, le sens des mots démolition et déconstruction. Que lui dites-vous ?

- L’invective ne peut pas tenir lieu de politique. Les attaques outrancières de Mr Rovere et de l’équipe municipale sont la démonstration que leur dossier n’est pas bon sur le fond. Nous argumentons de façon sereine et respectueuse des personnes et surtout nous démontrons que, sur le fond, cette opération ne se justifie pas. On parle de deux choses différentes : d’un côté la démolition prévue d’immeubles qui sont, effectivement, en état d’insalubrité irréversible. Nous ne sommes, bien évidemment, pas opposés à leur remise en état de fond en comble à condition que soient conservés les caractères patrimoniaux originaux remarquables, ce que nous avons obtenus à travers la notion de déconstruction.

 

- La déconstruction n’était-elle pas prévue au départ ?

- Au départ, la Mairie parlait purement et simplement de destruction. C’est, sur notre intervention, qu’elle est allée vers le concept de déconstruction qu’il faudra respecter. La deuxième partie de l’opération concerne des immeubles qui ne sont pas insalubres, mais simplement vétustes. Et là, c’est Mr Rovere qui fait semblant de ne pas comprendre ce dont nous parlons !

 

- Ange Rovere affirme qu’il n’y a pas démolition. Qui a raison ?

- C’est acté dans le dossier que vient de voter la Mairie ! Notamment dans le marché de maîtrise d’œuvre de destruction qu’elle vient d’attribuer ! On parle de démolition pure et simple, pas de déconstruction ! On va reconstruire un immeuble neuf sur les ruines d’un patrimoine inestimable !

 

- Vous avez fait, du roman Pesciu Anguilla, le symbole de l’âme du Puntettu. Ange Rovere prétend que vous ne l’avez pas lu car il est tout le contraire ?

- Tout ce qui est excessif est insignifiant ! Je ne suis, peut-être, pas un aussi fin lettré qu’Ange Rovere mais, comme toutes les personnes amoureuses de la langue corse, j’ai lu Pesciu Anguilla pour la simple et bonne raison que c’est le premier roman en langue corse. Dalzeto fait, du Puntettu, le cœur de Bastia qui, à l’époque, est une ville portuaire et besogneuse. Le Puntettu est l’endroit où il y a des marins, des prostituées, des cantines, une vie nocturne, etc. Cela n’enlève rien au fait que c’est le quartier historique à partir duquel s’est construit Bastia et qu’il continue d’y avoir des habitations qui font la plus-value historique, architecturale, culturelle et, donc, touristique et économique de cette ville. Vouloir les détruire, c’est véritablement mettre en œuvre une politique qui tourne le dos à tout ce qui se fait en la matière partout en France, en Méditerranée et en Europe où les politiques de développement touristique des villes à forte identité se basent sur le patrimoine architectural.

 

- Ange Rovere parle d’accusation grave de spéculation immobilière.

- Ce qui fait débat aujourd’hui, c’est pourquoi raser 3 ou 4 immeubles parfaitement habitables et habités pour construire, en leur lieu et place, un parking et un immeuble de 20 logements qui sera attribué à un promoteur dont on ne veut pas nous dire le nom ? Cette opération fait, légitimement, naître un certain nombre de questions.

 

- Par cette opération, la Mairie assure sauver le Puntettu, laissé à l’abandon par ses habitants.

- Il faut savoir d’où on vient ! Ces logements sont, pour beaucoup d’entre eux, dégradés et, pour quelques uns, insalubres, au Puntettu et dans d’autres quartiers. Si cette Municipalité, qui est en place depuis 1968, avait pris, en temps et en heure, des mesures indispensables à la conservation du patrimoine, on ne serait pas obligé, aujourd’hui, après 40 ou 50 années de laissez-faire, de prendre des mesures aussi extrêmes que la démolition pure et simple.

 

- La Mairie impute la faute aux propriétaires d’immeubles…

- Ce ne peut pas être uniquement la faute des propriétaires d’immeubles quand on laisse se dégrader un patrimoine immobilier à l’échelle de quartiers entiers ! Aujourd’hui, la Mairie ne va pas sauver le Puntettu, elle fait exactement le contraire. Qu’il y ait besoin d’une opération de réhabilitation et de rénovation, nous y sommes tout à fait favorables ! Mais dire qu’on va construire en détruisant un patrimoine extraordinaire est une erreur fondamentale !

                                                                                       Propos recueillis par Nicole MARI

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Commentaires : 1
  • #1

    FIAT LUX (mardi, 31 juillet 2012 22:23)

    il faut sauver le quartier du pontettu.