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Pierre Ghionga : « Il ne faut surtout pas faire l’erreur de politiser la langue »

Le projet de coofficialité de la langue corse, en cours d’élaboration à la CTC, n’en finit pas de provoquer passions et polémiques sur fond de manœuvres politiciennes. Ce que n’apprécie pas, son rédacteur, le Conseiller exécutif Pierre Ghionga, président du Conseil pour la langue corse, qui exprime son incompréhension devant cette frilosité à sauver a lingua nustrale, déclarée « en grand danger » par l’Unesco. Il explique, à Corse Net Infos, les grandes lignes du projet, qui sera dévoilé en septembre, et répond à tous les points qui font débat.

- Pouvez-vous nous éclairer sur la polémique entourant ce projet de coofficialité ?

- J’ai présenté, en 2011, une feuille de route sur notre action en faveur de la langue corse pour la mandature. A l’intérieur de ce document qui parle de la charte des langues régionales, de l’enseignement, de la toponymie.., se trouvait le volet le plus polémique concernant le statut de coofficialité de la langue. En décembre 2011, une motion demandant la coofficialité a été votée, à la CTC, par 38 voix pour, une abstention, mais pas de vote contre. Donc, avec l’accord du président de l’exécutif, j’ai décidé de traduire cette motion en un texte définissant le statut de coofficialité territorial de la langue corse. Nous avons créé un comité de rédaction composé de représentants de tous les groupes politiques pour y travailler. Nous avons rédigé un texte assez maximaliste qui était appelé à évoluer. Avant les élections législatives, certains élus, dans le but de nuire à la majorité territoriale et à Paul Giacobbi en particulier, ont fait sortir ce texte pour effrayer les syndicats.

 

- Que pensez-vous de la réaction violente de certains syndicats enseignants contre votre projet ?

- Après ces fuites, des syndicats sont venus me voir en m’accusant de tout et de n’importe quoi. J’ai toujours refusé de répondre parce que ce travail n’est pas encore terminé. Je veux bien être jugé, condamné, fusillé, mais sur un travail que j’aurais finalisé et présenté. Là, ce n’est pas le cas. C’est pour cela que je ne réponds pas ou je réponds toujours un peu à côté pour ne pas laisser éclater ma colère.

 

- Qu’avez-vous décidé de faire ?

- Vue la manière dont les choses se sont passées, j’ai décidé, avec l’accord du président Giacobbi, de ne plus réunir le comité de pilotage. Je considère qu’il a fini son travail. Je finalise le texte avec l’appui de mes services en demandant l’avis d’un cabinet juridique spécialisé. En septembre, ce texte sera présenté au Conseil exécutif qui l’adoptera ou pas. S’il est adopté, il sera, ensuite, présenté pour avis aux commissions de la CTC, au Conseil économique et social, aux universitaires et au Conseil de la langue corse.

 

- Qu’est-ce que ce Conseil de la langue corse ?

- C’est un conseil, tout juste nommé, qui est l’équivalent de l’Académie française. C’est l’instance chargée de normaliser la langue corse, de dire la norme en matière de langue. Ce travail n’a jamais été fait. Il aura pour prérogative de respecter le caractère et la diversité polynomiques. Il est hors de question d’imposer le corse du Nord par rapport au corse du Sud et vice-versa. Les deux possibilités existeront pour les traductions.

 

- Qui compose ce Conseil ?

- Il est composé de 50 membres : des universitaires, des experts et des gens de la société civile. Seront conviés des invités extérieurs, notamment des membres de l’Académie française, catalane et basque. Trois académiciens ont déjà donné leur accord pour y participer : Jean D’Ormesson, Jean-Marie Rouart et Marc Fumaroli. Ce Conseil se réunira, pour la première fois, fin septembre/début octobre à Corte.

 

- Pourquoi faire appel à des académiciens extérieurs ?

- Nous avons besoin de confronter notre expérience de la langue corse à d’autres expériences d’autres langues. Les académiciens, qui fixent les mots, ont peut-être une méthode à nous apprendre ou des conseils à nous donner. Nous sommes preneurs.

 

- Quel rôle joue le Conseil économique et social par rapport à la langue ?

- Il représente la société civile corse. Il est normal que ce texte, qui soulève des passions, soit transmis à la société corse. Il ne faut surtout pas faire l’erreur de le politiser. Je le dis clairement : quand je défends la coofficialité de la langue corse, je ne m’oppose pas à la France, au contraire ! Ma vision de la République française s’apparente à celle que j’ai lue, dans un article d’Edgar Morin, qui disait : « République une et indivisible, oui, mais multiculturelle ». La France s’honorerait et se renforcerait à reconnaître toutes ses diversités.

 

- Sur quels principes, élaborez-vous le texte sur la coofficialité ?

- La coofficialité signifie les mêmes droits pour le français et pour le corse dans tous les actes de la vie quotidienne. Je veux changer l’image de la langue corse, la sortir d’un ghetto culturel ou cultureux, qu’elle se réapproprie tous les pans de l’activité humaine, qu’elle soit la langue du travail, du plaisir, du loisir, etc… au même titre que le français. J’ai fait une conférence sur l’intérêt, pour une région comme la nôtre, de mettre en avant une langue et une culture spécifiques. C’est un atout dans le développement économique. Si demain, la Corse n’est que la Côte d’Azur à 180 kms plus loin en bateau, elle va perdre de son attrait.

 

- Que proposez-vous au niveau de l’enseignement ?

- Nous sommes pour un enseignement bilingue généralisé, de la maternelle à l’université. Le corse fera partie du socle obligatoire de connaissances des élèves. Mais, progressivement, comme dans tous les endroits où il y a coofficialité ! Le Pays de Galles, qui a fait de grands efforts pour mettre le gallois en avant, ne se pose pas la question de savoir s’il va être indépendant de la Grande Bretagne. Il n’y a qu’en France que l’allusion à la langue pose des problèmes d’appartenance à une communauté. Je ne comprends pas la frilosité de certains sur cette problématique.

 

- Les enseignants se sont émus de leur intégration au sein de la CTC. Quelle est votre position ?

- L’idéal serait le transfert de la compétence éducative à la CTC. Mais l’éducation nationale représente, dans l’île, 4500 personnes. La CTC, qui emploie 2000 personnes, ne peut pas, d’emblée, absorber une aussi grosse structure. Aurions-nous la garantie du transfert total des fonds salariaux ? C’est, peut-être, un objectif à 20 ou 30 ans, mais qui, pour l’instant, n’est pas réalisable. Si, sur le principe du bilinguisme, la CTC avait son mot à dire sur la définition de la carte scolaire et le contenu des programmes, ce serait déjà une étape importante.

 

- Y aura-t-il discrimination à l’embauche pour les fonctionnaires ?

- Il n’y aura pas de discrimination à l’embauche. Un fonctionnaire, en Corse, ne sera pas obligé de parler corse. Mais, chaque administration, chaque fonction publique qu’elle soit d’Etat, territoriale ou hospitalière, devra mettre en place un plan de formation et de promotion de la langue. Pour que le poste soit définitivement acquis dans l’île, il faudra après 4 ou 5 ans acquérir un niveau de langue corse qui sera pris en compte dans la progression de carrière. Comme en Catalogne où les fonctionnaires ont 6 ans pour maîtriser la langue. Il ne me paraît pas scandaleux d’énoncer ces principes !

 

- Avez-vous d’autres axes de travail ?

- Oui. La toponymie, par exemple. Le nom officiel devrait être le nom corse, mais les villes ou les villages, qui veulent garder leur nom toscan, le pourront. C’est un peu provocateur de dire ça, mais ceux qui sont contre la langue corse défendent le toscan, pas le français ! Ajaccio n’est un nom, ni français, ni corse, mais italien. On a pris les cartes de l’époque génoise et on a imposé les noms génois comme toponymie officielle. Si on veut aller au bout de la logique, il faut traduire Ajaccio en français. Porto Vecchio, en français, se dit Port Vieux ! Défendre le nom Porto Vecchio, c’est défendre le toscan ou le génois !

 

- Dans les médias, y aura-t-il un quota en langue corse ?

- Il sera difficile de l’imposer, mais les médias doivent, aussi, s’orienter vers le bilinguisme. Ce qui est loin d’être le cas, actuellement, même quand nous avons des conventions avec eux. Viastella devrait faire 50 % de ses programmes en corse, elle en est loin ! Mais si la société devient bilingue, la presse, et même la presse écrite, suivra naturellement.

 

- Combien y-a-t-il de locuteurs qui parlent corse ?

- On ne sait pas. Les estimations les plus sérieuses tablent sur 70 000 corsophones. On va lancer une enquête sociolinguistique, en octobre, pour avoir une idée plus précise. A mon avis, il est urgent d’engager des actions précises sinon, dans dix ans, ce nombre va rapidement décroître. Je prends un exemple. Je suis élu dans deux collectivités. Au Conseil général où je fais partie des plus jeunes, 100 % des élus parlent corse. A la CTC où la moyenne d’âge est bien moins élevée, seuls, au grand maximum, 60 % des élus maîtrisent le corse.

 

- Quel est le calendrier prévu pour le texte sur la coofficialité ?

- Il sera présenté à l’Assemblée d’ici à la fin de l’année. S’il est adopté, il sera intégré au package de demandes de modification constitutionnelle (foncier, fiscalité…) qui sera transmis par la Commission Chaubon. Tout ce que je viens d’énoncer est anticonstitutionnel et exige obligatoirement une modification de la Constitution et une redéfinition de la place de la Corse dans la République française. Ce qui n’est pas une exclusion de la Corse de la République française ! Je rappelle que d’autres régions ont des statuts particuliers qui ne posent pas problème. La Nouvelle Calédonie avec son statut d’autonomie ou l’Alsace et ses curés payés par un Etat laïc ne choque personne ! De nombreux dispositifs peuvent être adaptés. La France ne perdra pas grand chose en acceptant que la Corse ait un statut différent. Aucune autre région ne demande le statut de coofficialité territoriale pour sa langue, nous le donner n’ouvrirait pas une boite de pandore qui pourrait faire peur.

 

- Croyez-vous que le gouvernement socialiste y sera favorable ?

- J’ai rencontré Vincent Peillon, ministre de l’Education, à qui j’ai demandé un rendez-vous, je lui ai remis ma feuille de route. Ça ne va pas être facile. Il est important, si on veut aboutir, que le texte soit voté par la plus large majorité à la CTC, au moins par 38 ou 40 voix.

 

- Pourrait-il faire l’unanimité ?

- Je ne sais pas. Certains groupes politiques ont de fortes réticences. Je vais présenter mon travail en disant que je suis fortement convaincu que la coofficialité est le seul moyen de sauver la langue corse. Après, chacun prendra ses responsabilités. Le multilinguisme est une richesse pour l’humanité entière et la fait progresser. Quand l’humanité perd une langue, elle s’appauvrit. Le rêve de l’esperanto, qu’on croyait être un progrès, est, en fait, une régression, une mauvaise uniformisation. Le texte, que je présente, n’est pas un texte ethniciste, uniquement destiné aux Corses. Je crois au peuple corse en tant que communauté de destin. Tous les gens qui viennent vivre ici, quelque soit leur origine, sont corses. La langue corse est un facteur d’intégration et de cohésion sociale, un moyen de fabriquer des citoyens corses et français.

                                                                                     Propos recueillis par Nicole MARI

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Commentaires : 2
  • #1

    Paolinu (lundi, 23 juillet 2012 11:43)

    Era ora! Un assamblea di corsica chi face qualcosa a pro di a lingua e chi a curagiu d'esce di discorsu republicanu anti corsu! Forza o zitelli vi serà longa a strada ma si deve fà qualcosa semmai da qui a 20 anni u Corsu serà lingua morta!

  • #2

    Taravu (lundi, 23 juillet 2012 11:51)

    Aspittu di veda quiddi dinozauri chi t'anni torna da vuttà contru!!!