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Jean-Bernard Gilormini : « Il faut nous aider à sauver les Nuits de la Guitare »

C’est l’un des plus importants festivals de France. Et pourtant, les emblématiques Nuits de la Guitare qui clôtureront, mercredi soir, leur  23ème édition, ne seront, peut-être plus, à Patrimonio, l’an prochain. Malgré son incontestable succès, ce festival de plein air, financé, fait exceptionnel, à près de 85 % par ses recettes propres est très dépendant du public et des caprices de la météo. Son Président et co-fondateur, Jean-Bernard Gilormini, explique, à Corse Net Infos, qu’il a besoin de subventions plus conséquentes et surtout données en temps et en heure. Il lance un appel ardent à tous les sponsors publics et privés pour sauver le fleuron des festivals corses et ses énormes retombées économiques pour la micro-région.

- C’est la 23ème édition des Nuits de la Guitare. Quel est votre secret pour durer ?

- La passion, tout simplement. La passion pour surmonter toutes les difficultés que l’on rencontre, notamment ce lundi soir, à cause de la météo. Mais je suis tellement bien entouré par des gens courageux, des bénévoles, des techniciens qui aiment ce festival, qui l’ont vu grandir avec nous. Dans un autre endroit, avec le vent et l’orage, ils auraient bâché la scène et le concert n’aurait pas eu lieu. Pour des problèmes de confort et de sécurité, nous avons du déménager à l’espace Lazzarini, un endroit plus intimiste. Nous allons, au moins, essayer de sauver la musique qui est notre passion et que nous voulons partager.

 

- Ce mauvais temps engendre-t-il un gros manque à gagner pour le festival ?

- Un manque à gagner évident, d’abord à cause du nombre réduit de places. Même si on était resté dans le théâtre de verdure, la mauvaise météo n’incite pas les gens à venir. Seuls ceux, qui ont acheté leurs billets à l’avance, vont se déplacer. L’essentiel, je le répète, c’est de sauver la musique, même si le côté financier est aussi très important.

 

- Comment expliquez-vous que ce festival ait autant d’aura au delà des frontières insulaires ?

- Je crois que la passion y est pour beaucoup. D’abord, la passion du noyau d’organisateurs et, ensuite, de tous les gens qui travaillent pour le festival, qui sont, tous, des passionnés de musique et sont aux petits soins avec les musiciens. L’ambiance du festival est le fruit de cette passion, les artistes le ressentent. Jean Louis Aubert me disait, l’autre soir, que c’est un festival unique au niveau de l’ambiance. On s’y sent tellement bien dans ce site unique qu’on n’a qu’une envie : y revenir.

 

- Comment avez-vous réussi à faire venir Jean-Louis Aubert ?

- Ça s’est fait très vite. Un coup de fil, le matin, et, l’après-midi, j’avais déjà son accord. Il aime bien la Corse car il vient passer, presque tous les ans, un mois à Nonza, chez un ami. En plus, la directrice de sa boîte de production est corse et a accepté tout de suite.

 

- Comment choisissez-vous vos artistes ?

- Nous essayons d’être le plus éclectique possible afin qu’une soirée ne ressemble pas à celle de la veille. Nous choisissons la qualité et des artistes qui rentrent un peu dans l’esprit Patrimonio. C’est-à-dire des gens généreux, qui sont là pour faire partager notre passion au public. Parfois, quand il y a de grosses productions, les gens, autour de l’artiste, sont un peu compliqués et nous cassent les pieds. Mais, en général, les artistes, eux-mêmes, sont des gens charmants. Nous n’avons que du plaisir à les accueillir.

 

- Quels sont les artistes que vous êtes le plus fier d’avoir accueilli à Patrimonio ?

- On ne peut pas parler de fierté, mais de plaisir. J’ai réalisé à peu près tous mes rêves concernant les musiciens que je voulais accueillir, quand j’étais jeune : Al Di Meola, Paco de Lucia, John McLaughlin, Jeff Beck… Ils sont tous venus. Deep Purple, Simple Minds, tous les grands artistes brésiliens, Giberto Gil, George Benson, etc. Il en reste quelques autres que j’aimerais bien avoir pour compléter le tableau.

 

- Certains sont devenus des habitués. Par exemple, Chico and the Gypsies…

- Les Gypsies sont revenus, cette année, pour la troisième fois, mais avec une nouveauté : le grand orchestre de René Coll, qui a sublimé leur musique de fête. Ce fut une soirée magique qui a rendu les gens heureux. Ce qui est notre but !

 

- Vous travaillez aussi beaucoup sur les premières parties avec des découvertes ?

- Oui. Je passe plus de temps sur les premières parties que sur les têtes d’affiche. Chacun sait qu’à Patrimonio, il ne faut pas rater la première partie parce qu’elle est toujours extraordinaire. Dimanche soir, par exemple, Johnny Gallagher & the Boxtie ont fait un tel tabac que j’avais même peur pour la tête d’affiche, Alan Parsons. Mais, au bout de trois morceaux, Alan Parsons a montré qu’il n’avait pas vendu 40 millions d’albums pour rien. Sa musique est magistrale, du rock symphonique d’une dimension inouïe, ce qui fait qu’entre la première et la deuxième partie, nous avons encore eu une soirée mémorable.

 

- Pouvez-vous présenter les deux soirées qui restent ?

- Après la très belle nuit tzigane de ce lundi, mardi soir, en première partie, se produit Bernhoft, un Norvégien, un artiste extraordinaire qui a, à mon avis, une immense carrière devant lui. Pour le faire découvrir, nous avons mis en tête d’affiche, Roger Hodgson, le fondateur, compositeur de Supertramp. Le public viendra, c’est sûr, pour Hodgson et découvrira une petite merveille : Bernhoft. La soirée de clôture sera plus rock électro, plus axée sur la jeunesse avec Triggerfinger et, surtout, le groupe Shaka Ponk qui est très à la mode et joue, partout, à guichets fermés.

 

- Le succès du festival ne tient-il pas aussi au site exceptionnel du théâtre de verdure ?

- Evidemment ! Sans ce site, ce ne serait pas la même chose. Il fait au moins 50 % du succès car les artistes, comme le public, s’y sentent bien. Ce lieu dégage des ondes positives et est tout à fait en adéquation avec ce que nous avons envie de faire. En 23 ans, on n’a déploré aucun incident, pas une bousculade, même les soirs de grande affluence. Le public est là pour partager. Il correspond tout à fait à notre philosophie, c’est pour cela que c’est génial !

 

- Comment ce festival est-il financé ?

- Il est financé à plus de 80 %, voire 85 %, par les recettes. Ce taux d’autofinancement est énorme, unique dans cette gamme de festival, puisque Patrimonio est l’un des plus grands festivals de France. Chaque année, nous jouons avec le feu car nous sommes très dépendants du public et des conditions météorologiques puisque c’est un festival de plein air. Chaque fois, c’est un coup de poker qu’il ne faut pas perdre.

 

- La mauvaise météo, influant sur la fréquentation, est-elle préjudiciable pour la suite ?

- Elle peut poser problème. L’an dernier aussi, ce fut compliqué. Si cette année est aussi difficile, nous allons devoir réfléchir pour savoir s’il y aura des 24ème Nuits de la Guitare à Patrimonio, l’an prochain. Ce festival existe parce qu’avec quelques amis, nous avons mis beaucoup de notre argent propre. Tout tient sur nos épaules, mais à un fil. Il arrivera, un moment, où nous ne pourrons plus continuer. Si nous ne sommes pas plus aidés et plus intelligemment, avec des délais respectés, un jour, la passion ne suffira plus.

 

- N’avez-vous pas de subventions ?

- Si, nous en avons. Il les faudrait un peu plus conséquentes et données au moment juste. Par exemple, nous n’avons pas encore reçu le solde de la subvention de la Collectivité territoriale pour 2011 et nous sommes dans le flou total pour 2012. Nous avons besoin, en amont, de beaucoup de trésorerie. Chaque fois que nous signons un contrat avec un artiste, nous devons payer 50 %. Et des contrats, nous en signons continuellement. Comme ce ne sont pas des petits contrats, que les subventions ne rentrent pas, nous sommes obligés de mettre la main à la poche. Un jour, nous ne pourrons plus. Tant pis ! Si les Nuits de la Guitare n’intéressent pas la Corse, nous arrêterons.

 

- N’avez-vous pas aussi d’autres sponsors ?

- Nous essayons. Nous avons de bons partenaires qui sont là depuis le début et sont devenus, au fil du temps, des amis. Certains ont consenti, cette année, des efforts supplémentaires parce qu’ils savaient que nous avions besoin. Je les remercie vraiment. Deux nouveaux partenaires, Oscaro et la brasserie Pietra, sont venus nous rejoindre.

 

- Lancez-vous un appel à des sponsors privés ?

- Oui. Aux gens qui aiment la musique, qui aiment ce que nous faisons et qui partagent notre philosophie. Ce serait bien de venir nous donner un coup de main parce que, sinon, nous ne pourrons, peut-être, pas continuer. Reculer, ce serait la mort ! Réduire le nombre de soirées, ce serait théoriquement encore pire à cause des frais fixes trop élevés, cela ne les diminuerait pas, au contraire, ça les concentrerait encore plus sur les soirées restantes. Ce serait financièrement encore plus dangereux ! Ce qui fait surtout flamber notre budget, ce sont trois impôts très lourds : la SACEM, le Centre national de la variété et un nouvel impôt qui est venu se greffer. Sans compter les gros frais annexes comme la mise en place d’un très coûteux dispositif de sécurité. Ça devient très compliqué.

 

- Qu’allez-vous faire ?

- On va continuer à avancer tant qu’on peut. Cette année, c’est presque une folie que l’on soit encore là ! Beaucoup d’autres festivals auraient mis la clé sous la porte. Mais, nous avons encore un très bon cru. Et si nous devons mourir, nous mourrons en beauté ! J’espère, fortement, qu’il y aura, l’an prochain, les 24ème Nuits de la Guitare à Patrimonio. Mais, à l’heure où je vous parle, je n’en suis pas sûr !

                                                                                    Propos recueillis par Nicole MARI

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Commentaires : 6
  • #1

    Azerty (mardi, 24 juillet 2012 07:11)

    Belle interview , en esperant que le festival perdure ...
    Mais je reste perplexe sur le fait que reduire le nombre de soirs augmenterai les risques ...
    Par exemple , des concerts sur 5 soirs, avec par exemple 3 pointures ou vous etes quasiment certains de cartonner , et deux concerts d'un degré moindre ... Après je parle sans connaitre les détails donc ce ne sont que des suppositions ...
    Mais je pense qu'avec la conjoncture economique actuelle les gens ont de plus en plus de mal a mettre la main a la poche ...
    Donc je dit qu'il faudrai privilegier la qualité a la quantité avec notamment des artistes qui ne sont jamais venus, se renouveler , et la liste est longue ( Joe bonamassa, Clapton , Santana, Slash etc ....) je n'ai pas trop la notion de ce que peut couter la venue de tels artistes, mais on a le droit de rêver un peu :)

    Mais ce sera a coup sur des concerts a faire exploser le théatre de verdure ... Bonne chance pour l'année prochaine !

  • #2

    jojo (mardi, 24 juillet 2012 08:19)

    salut j ai lu l article en entier , je retiens ceci ,les louanges des artistes patrimonio patrimonio ,mais oui le festival ne peux vivre sans eux , comme le public, alors je fait une proposition,le prix des billets étant de-jas pas donner, au artiste de mettre la mains a la poches. c est con mais....

  • #3

    nunzzia maccia (mardi, 24 juillet 2012 19:08)

    Après je que j'ai lu et cru comprendre, je ne soutiens pas cette démarche, faire venir et payer chers des artistes, la culture est un droit pour tous. Quand, il s'agit de la Culture Corse, nous avons des chanteurs, chanteuses et groupes Corses de grande qualité. Patrimonio c'est en Corse, aussi, développer et mettre en place, des festivals Corses, c'est cela que j'appelle la Culture d'un pays. Chercher des sponsors.... des gens qui payent.... et qui font tourner la boutique. Vous parlez comme des gestionnaires. L'Etat doit etre présent pour développer la Culture pour tout le monde. Un jour, un présentateur télé connu, est venu, il a encaissé à l'époque 160 000 milles francs pour une soirée, plus séjour payé, pour une petite ville comme Sartène. Et c'est cela que vous voulez développer!!!!!!!!!Je vais dans des concerts, festivals, ce n'est pas donné à tout le monde, de pouvoir ce payer cela!!!!!!!!!. Je suis pour une mise en place, de concerts et festivals pour faire connaitre ces voix profondes que nous avons en CORSE. Avant de parler des chanteurs (ses) groupes connus, mettre en place le DEVELOPPEMENT DE LA CULTURE CORSE. Il y a une trop grande richesse,chez nous. Rien n'est fait, alors commençons par cela. Le fric va au fric, NON, le fric doit aller à la création. OUI, pour le développement de la Créativité en CORSE. Mais pas n'importe lequel.

  • #4

    Nunziata (mardi, 24 juillet 2012 21:27)

    Je suis d'accord. Il faudrait ouvrir le festival aux artistes LOCAUX! favoriser les rencontres entre ces artistes et les artistes de l'exterieur. Les festivals doivent donner la possibilité aux jeunes corses de rencontrer des musiciens du monde entier. Et en plus les artistes locaux revoendraiet moins chers!!.!

  • #5

    Pierre (mardi, 24 juillet 2012 21:40)

    Notre pays regorge de créateurs. Une culture riche , des artistes professionnels, des gens exceptionnellement talentueux. On invite benabar, Julien clair, machinchouett pour leur donner le pognon et faire plaisir a qui? Qui sont ces vilains programmateurs qui les font venir. ,?,?N' y a t il pas autre chose dans ce vaste monde? d'autres cultures, des artistes qui ne pensent pas qu' au fric? Moi j'en ai marre de voir que TF1 a fait des émules! Basta!!. Cela doit cesser. Il faut privilégier la culture, les vrais artistes: inviter des gens qui ne vienne t pas ici pour prendre mais pour échanger, il yen a!!.!.!.

  • #6

    juanita banana (jeudi, 26 juillet 2012 11:35)

    Permettre à TOUTE la population locale d'assister aux concerts ne serait pas mal non plus, comment une famille qui a des revenus modeste peut participer à cette fete et ouvrir ses enfants à la culture avec des place autour de 40-50€. Moi aussi je suis fan de di Méola ou Mc Laughlin et encore pls de Paco di Lucia ou Joe COCKER mais je ne peux pas assister au concert si ça me coute 200€ d'entrée plus l'hebergement plus l'essence pour aller et venir, il y a quand même un petit côté élitiste à Patrimonio que je déplore, autant parce que j'aime la musique que parce que je trouve le liueu magnifique (pour bien le connaitre hors festival). C'est dommage.