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Pierre Mattei : « L’extension de la DSP à Toulon est illégale

Lors de la dernière session de la CTC, les élus territoriaux ont débattu de l’extension, très controversée, du périmètre de la future Délégation de service public (DSP), en cours d’élaboration, au port de Toulon. Une extension justifiée, selon l’exécutif, par une carence du fret en période de pointe. Assertion récusée par le Directeur général de Corsica Ferries qui dessert la ligne. Pierre Mattei, explique, à Corse Net infos, que cette extension est illégale et n’est qu’un prétexte pour éviter une crise sociale à la SNCM.

- Que pensez-vous de l’extension du périmètre de la DSP au port de Toulon ?

- A ce jour, je n’ai pas entendu beaucoup d’arguments techniques et économiques, dans le domaine du transport maritime, qui justifie la DSP à Toulon. On parle de problèmes de carence de fret pendant l’été... C’est faux ! Pour deux raisons : au mois d’août, quand il y a le plus de passagers, c’est le moment où il y a le moins de fret, y compris à Marseille. Ensuite, la part de marché de Corsica Ferries sur le fret est identique en hiver et en été.

 

- Etes-vous en mesure de recevoir tout le fret, même en période de pointe ?

- A l’heure actuelle, nous pouvons et nous cherchons d’ailleurs à augmenter notre trafic fret sur Toulon. Nous avons des places disponibles, nous ne refusons pas des transports. Nous prenons des accords avec les transporteurs. Corsica Ferries transporte près d’un tiers du fret de la Corse, essentiellement avec des transporteurs insulaires qui sont, à plus de 85 %, nos clients. En 2011, pendant les 47 jours de grève de la SNCM, où il y avait, à la fois, du trafic fret et le fameux service complémentaire, le trafic fret de la Corse a augmenté avec la CMN et la Corsica Ferries qui travaillaient. Tout cela est un faux problème.

 

- Alors quel est le vrai problème ?

- Le vrai problème, tout le monde le connaît. Il a été énoncé par le Président de la SNCM dans les locaux de l’assemblée de Corse. Il a dit que si le service complémentaire était supprimé pour des raisons juridiques, la CTC devait lui donner une DSP à Toulon pour qu’il puisse employer ses marins. Ayons le courage de le dire et de répondre à cette question : « La CTC veut-elle étendre la DSP à Toulon pour satisfaire la demande de la SNCM qui veut employer ses navires ? »

 

- Si l’extension se fait, attaquerez-vous cette décision en justice ?

- La première attaque contre la décision de la précédente DSP a commencé en 2007. Ce mois-ci, la Commission européenne a ouvert une enquête et le Conseil d’Etat s’apprête à rendre une décision qui sera, peut-être, une cassation et un renvoi vers la Cour d’appel de Marseille. Ce qui signifie que nous en aurons encore pour 2 ans. Compte tenu des délais, nous ne sommes pas dans un processus juridique. La majorité des élus de la CTC sont d’accord pour mettre en place quelque chose de juridiquement stable.

 

- Que répondez-vous aux élus qui stigmatisent vos procédures juridiques à répétition ?

- La volonté de Corsica Ferries n’est pas de faire des recours en permanence. Elle est simple et dit que la DSP doit et peut se faire au départ de Marseille pour le service de base, tel que la loi le prévoit. La CTC peut supprimer l’aide sociale même s’il y aura peut-être moins de trafic, mais elle ne peut pas subventionner un service complémentaire car il n’y a pas de carence du privé. Elle ne peut pas étendre la DSP à Toulon car, là non plus, il n’y a pas de carence du privé. Si la CTC prend les bonnes décisions, la DSP future sera tout à fait stable juridiquement. La Corse sera desservie. Lorsqu’il y aura des grèves, les passagers pourront passer par Toulon.

 

- Que pensez-vous de l’idée de dissocier le trafic fret et le trafic passagers sur Toulon ?

- C’est totalement impossible ! La desserte de la Corse, aujourd’hui, n’est assurée que par des navires à passagers qui transportent du fret. Aucun navire de fret pur ne dessert la Corse. Mettre en place un système de séparation de ces deux trafics peut avoir un sens économique. Pourquoi pas ! Mais cela n’en a aucun dans le dispositif actuel dans la mesure où l’ensemble des compagnies met sur les mêmes navires des passagers et du fret. Si on veut pratiquer une logique d’exclusion, alors, il faut une DSP. Dès qu’elle est mise en place, on vous dit qu’il faut la protéger et, donc, empêcher que quelqu’un ne vienne la concurrencer. On retrouve ainsi la même situation qui prévaut, aujourd’hui, à Marseille où, juridiquement, il n’y a pas de monopole, mais où, de fait, personne ne vient s’y positionner. Pourquoi Moby Lines, qui a été mise dehors, et Corsica Ferries ne desservent pas Marseille ? Il y a bien une raison.

 

- Laquelle ?

- Parce que c’est, de fait, impossible. On demande aux opérateurs, qui sont à côté de la DSP, de ne pas affaiblir financièrement les délégataires. Ce qui signifie qu’il ne faut pas venir ou alors venir sans transporter ni passager, ni fret, ce qui n’a aucun sens !

 

- L’extension à Toulon est suspendue à plusieurs avis officiels. Y croyez-vous ?

- L’extension n’est pas probable, elle est même impossible parce qu’elle est illégale. Elle n’est dans l’intérêt de personne. Sauf de la SNCM, qui l’a demandée à la CTC, en novembre 2010.

                                                                                    Propos recueillis par Nicole MARI

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Commentaires : 1
  • #1

    Pierre 2B (mardi, 10 juillet 2012 12:39)

    M. Mattei...? Vos propos sont intéressant mais j'aimerais une réponse claire à une question : pourquoi triplez-vous vos tarifs au départ de Toulon quand la SNCM est en grève à Marseille? Vous-vous faites financer par les grèves des Marins CGT de la SNCM? Parceque vu d'ici, je vous assure que ça y ressemble drôlement. Pour le coup vous et votre compagnie Corsica Ferries n'avez rien d'un service public dans ce cas !