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Jean-Jacques Fieschi : « Nous voulons éviter les importations espagnoles »

Bénéficiaire de la campagne de promotion de l’ODARC, l’association des producteurs de fruits d’été corses (APFEC), défend et développe une production insulaire basée sur la qualité, la lutte raisonnée et le résidu zéro. Son président, Jean-Jacques Fieschi, explique, à Corse Net Infos, pourquoi cette opération de promotion des produits locaux est un moyen de lutter contre les importations espagnoles qu’il juge déloyales.

- Quels sont les fruits concernés par cette association ?

- Les fruits d’été sont au nombre de sept : la cerise, l’abricot, la pêche, la nectarine, la prune, la pomme et le raisin de table. L’APFEC regroupe 26 producteurs corses qui totalisent un volume de près de 4000 tonnes de fruits d’été, soit près des 95% de la production locale. La plupart des produits sont écoulés sur le marché insulaire. Certains producteurs en exportent une partie sur le continent.

 

- Quel est l’avantage pour un producteur d’intégrer une filière ?

- L’avantage réside dans une moindre utilisation de pesticides grâce à la lutte raisonnée qui consiste à  utiliser des produits chimiques moins dangereux et moins souvent et donc à éviter une utilisation systématique. Grâce à l’APFEC, nous pouvons utiliser, à la place, le piégeage pour traiter et éliminer certains ravageurs en disposant, par exemple, dans les vergers, des anneaux enduits de phéromones sexuelles femelles qui se diffusent à forte dose dans l’air et, en désorientant les mâles, perturbent la formation des couples. On appelle ça la confusion sexuelle. Cette technique n’est possible que si nous la faisons à grande échelle.

 

- Quel est l’état de cette filière aujourd’hui ?

- C’est une filière jeune qui existe depuis le 1er janvier 2009. Vues les difficultés que nous rencontrions, nous nous sommes regroupés pour pouvoir peser sur le marché local et avoir accès aux aides de l’ODARC pour la promotion de la filière.

 

- Qu’attendez-vous concrètement de la campagne de promotion des fruits et des légumes corses que vient de lancer l’ODARC ?

- Que le consommateur aille plutôt vers nos productions locales que vers les importations espagnoles, en l’occurrence. Nous voulons éviter les importations espagnoles, que les grossistes fassent rentrer ces produits à bas prix. Les produits, qui arrivent du continent, ne nous dérangent pas parce qu’avec nos collègues du continent, nous avons les mêmes coûts de productions et les mêmes charges sociales. Nous sommes sur une île avec une production locale. Si celle-ci est insuffisante, nous pouvons faire rentrer des produits français. Il est aberrant de faire venir du fin fond de l’Espagne des produits qui restent 3 ou 4 jours dans un camion frigorifique.

 

- Parlez-vous de concurrence déloyale ?

- Un ouvrier nous revient à 14 € de l’heure, charges comprises, alors qu’en Espagne, le salaire avec charges d’un ouvrier n’est que de 6,80 € l’heure, quand il est déclaré ! Les producteurs espagnols bénéficient d’un coût de production deux fois plus bas que le nôtre. Oui, c’est de la concurrence déloyale !

 

- Pourtant, c’est l’Europe de Schengen qui le permet…

- Oui. On a fait l’Europe de Schengen avec la libre circulation des biens et des personnes, mais on n’a pas fait l’Europe sociale ! Tant que cette Europe sociale n’existera pas, nous, producteurs, nous nous heurterons toujours au même problème. De plus, les producteurs espagnols utilisent des pesticides interdits en France qui leur permettent de tenir les fruits et les légumes des dizaines de jours en frigos sans qu’ils s’abîment.

 

- Vos produits, combien de jours tiennent-ils sans ces pesticides ?

- Nous les ramassons le matin. Ils sont le lendemain en magasin et doivent être consommés dans les quatre ou cinq jours puisque nous n’utilisons pas les traitements espagnols.

 

- De ce fait, vos produits s’apparentent-ils à des produits bio ?

- Non. Mais on tend, en Corse, à vouloir arriver à faire le résidu zéro, c’est-à-dire qu’il n’y ait plus aucun résidu chimique dans les fruits. C’est notre combat.

 

- Quel rapport entretenez-vous avec la grande distribution ?

- Justement, cette campagne de promotion de l’ODARC nous permet de créer avec elle un vrai partenariat, même s’il existait déjà avec certaines enseignes qui jouent le jeu de la production locale. Par exemple, le groupe Casino a été le premier, il y a plus de quinze ans, à créer une plateforme pour acheter et distribuer dans leurs magasins les fruits et légumes corses.

 

- Les producteurs se plaignent souvent des pratiques tarifaires de la grande distribution. Avez-vous réussi à négocier des prix acceptables ?

- C’est vrai, les prix sont bas. Nous sommes en période de crise. C’est, de toute façon, l’éternel combat entre la production et la distribution pour trouver un prix juste permettant à chacun de vivre de son travail et de sa terre.

                                                                                 Propos recueillis par Nicole MARI

(Photos Nicole Mari)
(Photos Nicole Mari)

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