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François Tatti :« La gestion des déchets doit redevenir une priorité majeure ».

François Tatti (à droite) : "Bientôt une sixième filière de tri"
François Tatti (à droite) : "Bientôt une sixième filière de tri"

Partenaire d’opérations de sensibilisation menées auprès des scolaires par des associations de protection de l’environnement, le Syvadec, syndicat mixte à vocation régionale, est chargé de la prévention, du recyclage, de la valorisation et du traitement des déchets ménagers. Son président, François Tatti, explique, à Corse Net Infos, l’importance de la formation citoyenne face à une gestion des déchets qui patine, faute de moyens financiers adéquats. Il confirme la mise en route de la filière de recyclage des meubles et le démarrage, en septembre, des travaux de construction du nouveau centre de stockage à Cervione.

- Pourquoi le Syvadec participe-t-il aux opérations de sensibilisation menées auprès des scolaires?

- Nous voulons avoir une approche globale des secteurs qui touchent à l'environnement. Il faut traiter l'eau, les déchets et les autres secteurs de manière commune parce que c'est le seul moyen de faire comprendre à tous que tout est lié. On ne traite pas les déchets pour les déchets, mais pour éviter la pollution de l'eau et parce qu'ils peuvent être transformés en énergie, etc. Un autre aspect intéressant est le contact avec les enfants par une approche facile à comprendre : la pureté de l'eau. L'eau fait partie de notre vie, tout le monde sait qu’elle est essentielle, c’est un élément très positif. Il est important de montrer, à partir d'un élément très positif, quelle doit être notre action au quotidien pour préserver notre environnement.

 

- Qu'apporte le contact avec les enfants ?

- L’important, c'est la formation qu'ils reçoivent, les discussions en classe, la connaissance qu'ils acquièrent, mais aussi le retour par les questions très pragmatiques qu'ils posent aux élus. Par exemple, celle-ci au maire de Miomo : comptez-vous aménager les berges ? Oui. En effet, quand on se promène sur les bords des ruisseaux, on constate parfois des amoncellements de gravats ou des travaux, effectués trop près des berges, qui dégradent la nature. Probablement les enfants ressentent-ils l'agression de notre activité humaine sur les milieux naturels plus que nous qui, hélas, avons pris l'habitude de considérer que c'était inéluctable.

 

- N'est-il pas important qu'il y ait un suivi dans la sensibilisation au delà des scolaires pour marquer et modifier les comportements ?

- Tout est important. On peut toujours faire plus et il faut s'y atteler. À chaque niveau d'éducation, correspond une action particulière. On ne peut pas sensibiliser des lycéens de la même manière que l'on sensibilise des enfants. Un lycéen sera sensibilisé sur les aspects biologiques, les espèces, la nature... Le Syvadec est partenaire et initie, par exemple avec le concours de piles. L'Education Nationale choisit, chaque année, des thèmes à développer pour l'année suivante. Lorsque des écoles choisissent le thème des déchets, le Syvadec participe avec des kits d'éducation pour apprendre le tri à l'école, etc. Bien entendu, nous souhaiterions aller encore plus loin. Nous travaillons, aussi, en direction des adultes pour le geste de tri et en direction des partenaires institutionnels.

 

- Le concours de piles semble une vraie réussite ?

- Oui. Depuis plusieurs années, nous organisons un concours récompensant l'école qui collecte le plus de piles usagées. La pile est un polluant très fort du sol et donc de l'eau. Cette initiative nous a permis de décupler le tonnage des piles collectées. On est passé d'une collecte qui, pour la Corse, était de moins d'1 tonne à une collecte qui dépasse les 10 tonnes aujourd'hui.

 

- L’eau en Corse et l’île en général sont-elles polluées par les déchets ?

- Il faut relativiser. La Corse n’est pas très polluée. C’est un grand territoire, très peu peuplé, sans industrie, par conséquent les pollutions, y compris humaines, restent très faibles. Désormais, les eaux usées sont assainies, traitées, épurées sur tout le territoire. Il n’y a plus de décharge sauvage de déchets ménagers. Il reste quelques pollutions circonstancielles, mais la Corse est un territoire extrêmement préservé, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Il ne faut pas pour autant relâcher l’effort parce que les activités touristiques génèrent des risques potentiels importants. Cela étant, la difficulté aujourd’hui est plus éco-sociale.

 

- C’est-à-dire ?

- Nous avons besoin de faire en sorte que les activités, qui gèrent la pollution, ne deviennent pas excessivement coûteuses, comme la gestion des déchets par exemple. Cela appelle en amont des interventions citoyennes, de chacun, comme pour le tri des emballages. C’est ce que nous devons apprendre aux générations futures.

 

- Un cri d’alarme a été lancé à propos du tri des emballages. Ce tri n’est-il pas suffisant ?

- Non. En cinq ans, nous avons fait beaucoup, rattrapé une partie du retard et sommes désormais dans une moyenne nationale. De nombreuses régions du Sud de la France ont des performances comparables à la nôtre, mais nous avons atteint un palier et nous ne parvenons pas à aller au-delà.

 

- Pourquoi ?

- Probablement, à cause des contraintes financières actuelles. Les collectivités ont du mal à aller plus loin et à mettre en place des bornes de tri en densité suffisante.

 

- Le frein vient-il donc plus des élus que des citoyens ?

- Je suis persuadé que, lorsqu’on leur offre un service de qualité, lorsque les élus font des efforts, y compris en imposant quand c’est nécessaire, pour installer des équipements de gestion des déchets adaptés aux besoins, les citoyens jouent le jeu. Il est vrai que les efforts sont considérables quand il faut partir de rien. Très souvent, les élus font des arbitrages financiers au détriment de la gestion des déchets face à des problèmes sociaux qui s’accumulent, des ressources qui se réduisent, moins de dotation d’Etat, moins de taxes qui rentrent, etc. Les priorités ne sont pas toujours celles que j’aurais souhaitées. C’est conjoncturel. Nous devons continuer, aller plus loin et, le moment venu, être prêt à passer une nouvelle étape.

 

- Est-ce-à-dire que la gestion des déchets a un coût prohibitif ?

- La gestion des déchets est un problème complexe. A partir d’un certain moment, quand on atteint un certain niveau de service, on commence à engranger des fruits et à faire diminuer les charges parce que le tri engendre aussi des recettes avec l’Eco-emballage et la revente des matériaux. A ce moment-là, il y a un retour sur investissement. Aujourd’hui, malheureusement, nous avons fait des efforts, mais insuffisamment bien répartis sur le territoire, où tout le monde n’avance pas au même rythme. Nous sommes encore au milieu du gué, même si nous avons atteint un niveau très honorable puisqu’il est désormais comparable à celui de beaucoup de régions.

 

- Le bilan est-il, en fin de compte, positif ?

- Le bilan est très positif. En cinq ans, nous avons rattrapé 20 ans de retard dans une région qui n’est pas très polluée. Donc, ce que nous avons fait est très qualitatif et rentable au plan environnemental. Néanmoins, la gestion environnementale des déchets doit redevenir, un jour, une priorité majeure.

 

- N’en est-ce pas une ?

- Une, parmi d’autres. Encore une fois, la restriction des crédits rend les choses difficiles. Je comprends certaines communes qui ont des budgets serrés. On ne peut pas en vouloir aux élus qui ont d’autres problèmes à gérer et qui n’ont pas les moyens d’investir là-dessus. On a un retard d’équipement dans nombre de domaines, donc les choses avancent plus ou moins vite. Il faut avoir de la patience.

 

- Quels sont les actions et les projets du Syvadec pour les mois à-venir ?

- Comme action symbolique, nous installons, cette année, une nouvelle filière de gestion des déchets : les déchets mobiliers. Aujourd’hui, les meubles sont décomposés, on récupère du bois ou de la ferraille quand on peut, mais, dès qu’il y a un peu de plastique au milieu, le meuble part en décharge. Désormais, le meuble est récupéré dans le cadre d’une filière de recyclage, comme celle de l’électroménager. Ce sera donc la sixième filière de tri que nous aurons mis en place en cinq ans.

 

- Côté équipement ?

- Nous allons lancer, en septembre, les travaux d’un centre de stockage de déchets ménagers à Cervione. Ce sera le troisième centre de stockage que nous ouvrirons en Corse, en remplacement de celui de Tallone qui arrive en fin de vie. Il va coûter 8 ou 9 millions d’euros. Si nous ne faisons rien, la Corse sera confrontée à un problème de pénurie de stockage, ce qui signifie que nous serions obligés d’envoyer nos déchets sur le continent, comme fait la CAPA (Communauté d’agglomération du pays ajaccien).

 

- Que va devenir le centre de Tallone ?

- Le centre et le sol sont protégés, les déchets sont inertes et ne gênent plus personne. En plus, ils produisent de l’énergie, grâce aux biogaz qu’ils dégagent et qui alimentent une centrale électrique. Nous allons faire la même chose à Cervione. Quand nous l’aurons réalisé, nous pourrons dire que la Corse sera à l’abri, qu’elle pourra, pendant de longues années, traiter tous ses déchets.

                                                                                       Propos recueillis par Nicole MARI

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Commentaires : 1
  • #1

    François Tatti (dimanche, 24 juin 2012 23:04)

    À propos du centre de stockage de Cervione il me semble important de préciser qu'il ne remplacera que partiellement celui de Tallone. Il est en effet prévu qu'un autre centre de stockage, moins important, voit également le jour à court ou moyen terme à Tallone.