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Michel Barat :« Rien ne sera fait au détriment des élèves »

En plein cœur de la nouvelle session du baccalauréat, le recteur de l'académie de Corse, Michel Barat, fait le point sur le déroulement des épreuves et sur deux sujets qui font polémique : les mesures prises par le gouvernement contre la fraude et la remise en cause de l’harmonisation des notes par le Collectif de soutien à Jean-François Derderian. Pour Corse Net Infos, il revient, également, sur le projet de loi de co-officialité de la langue corse qui a suscité une levée de boucliers des enseignants insulaires.

- Comment se déroule la session du baccalauréat 2012 ?

- Elle se passe très bien. Sans incident notoire. Je dirais comme la mère de Napoléon, Laetitia Bonaparte, dont un lycée porte le nom à Ajaccio : « Pourvu que ça dure ! ».

 

- Après la fraude au bac S l'an dernier, le gouvernement a pris des mesures pour sécuriser les épreuves, notamment un nouveau système de détection des portables. Est-il en vigueur en Corse ?

- Une plus grande vigilance a été demandée par le ministre de l’Education Nationale sur les téléphones portables et les moyens électroniques utilisés par les élèves pour frauder. Les proviseurs sont plus attentifs et vérifient que ces mesures sont appliquées. Ils ont demandé aux surveillants de vérifier de manière étroite que les élèves éteignent bien leur téléphone et les déposent avant de rejoindre leur place. Pour traquer les téléphones, nous avons également installé des détecteurs d’ondes magnétiques dans certains endroits, de manière aléatoire et confidentielle.

 

- C’est-à-dire ?

- Personne ne sait où, dans quel lycée, ces détecteurs seront placés. Ce qui augmente le risque de se faire prendre pour ceux qui veulent frauder. C’est un élément de dissuasion.

 

- Le collectif de soutien aux professeurs accusés de fraude a appelé, fin mai, à boycotter l’harmonisation des notes du bac et les délibérations. Qu’en est-il aujourd’hui ?

- Un professeur et un personnel administratif ont été condamnés et un autre professeur relaxé sur des faits supposés de fraude. Ce sont des faits anciens. Mais j’affirme, comme je l’ai déjà affirmé, qu’il n’y a pas eu de fraude au baccalauréat en 2008. J’en ai fourni la preuve écrite. Certains professeurs ont voulu exprimer leur mécontentement en invitant leurs collègues à ne pas harmoniser les notes et à ne pas participer aux délibérations qui, comme la loi le permet, peuvent faire remonter les notes en fonction du bulletin scolaire. Leur cause est juste, mais les moyens employés sont exécrables. J’ai expliqué à plusieurs reprises que je les soutenais à condition que, quelque soit la manière dont ils manifestent leur mécontentement, ils ne nuisent pas aux élèves. 

 

- Alors, en fin de compte, les notes seront-elles harmonisées ?

- Aujourd’hui, je suis serein, même si je reste prudent. Je suis convaincu que les professeurs ne feront strictement rien au détriment des élèves dans le cadre de cet examen. Je soutiens, comme je l’ai fait depuis le début, les professeurs dans les problèmes qu’ils ont avec la justice, comme je défends les personnels, mais, en tant que recteur, je défends d’abord les élèves.

 

- Comment globalement s’est passé cette année scolaire 2011-2012 ?

- Cette année scolaire, qui s’achève, a été plutôt calme. A la fin de l’année dernière, l’académie de Corse était bien loin d’être mal placée. Elle occupe la première ou la deuxième place au niveau des évaluations nationales concernant l’enseignement élémentaire. Elle est en cinquième position pour ses résultats au baccalauréat général et connaît une belle progression sur ses résultats au baccalauréat professionnel.

 

- Comment jugez-vous le nombre élevé de jeunes Corses qui quittent le milieu scolaire sans qualification ?

- La vraie question est : quel est le nombre réel d’élèves qui sortent du milieu scolaire sans qualification ? Les chiffres donnés sont inexacts. Par exemple, un élève, âgé de 17 ou 18 ans, qui obtient le baccalauréat mais qui arrête, ensuite, ses études, apparaît-il sans qualification ? A l’inverse, un élève qui sort du circuit de l’éducation nationale à 16 ans, dont on perd la trace scolaire alors qu’il est en CFA, apparaît, dans les statistiques, comme sans qualification. Les chiffres réels sont bien moindres que les chiffres officiels, les statistiques sont à l’évidence erronées.

 

- Le projet de loi de la CTC sur la langue corse a fuité, provoquant une vive réaction des enseignants. Quelle est votre position ?

- J’ai toujours été et je suis toujours un défenseur de l’enseignement de la langue corse. Je dirais même que les bons résultats, que nous obtenons au niveau élémentaire, sont directement liés à l’enseignement du corse. Le bilinguisme est un élément intéressant, à la fois, pour l’amélioration de la qualité de l’enseignement et pour la gestion des flux car c’est beaucoup plus simple d’avoir à gérer un professeur qui fait deux choses que deux professeurs qui interviennent dans une classe. Sur le projet de loi proprement dit, le rectorat n’a pas été saisi officiellement par l’assemblée de Corse, j’ai été mis au courant par le biais des syndicats d’enseignants qui ont réagi.

 

- Que pensez-vous du projet de loi ?

- En l’état, il n’est pas tenable car il suppose une vraie révision constitutionnelle en ce qui concerne la langue et plusieurs autres choses. Je ne suis pas sûr que les enseignants corses ne souhaitent plus être fonctionnaires de l’Etat. Pour le reste, je n’ai pas d’avis car je ne connais pas le contenu du projet. Mais je crois qu’on peut faire encore des progrès dans l’enseignement de la langue corse sans que cela devienne une tour de Babel.

 

- Etes-vous favorable à l’extension du bilinguisme et des écoles bilingues ?

- Plus de 50 % des classes élémentaires sont déjà bilingues et la quasi-totalité reçoit un enseignement en langue corse. On peut faire encore mieux. Mais le problème vient plus tard, au collège et au lycée. Si les parents choisissent volontiers, pour leurs enfants, la langue corse au niveau élémentaire, ils la conservent avec moins d’appétit au collège. Mais ils la conservent néanmoins car l’enseignement du corse est un facteur de réussite scolaire. Par contre, au lycée, les parents font le choix, non plus de la réussite scolaire, mais de la réussite sociale. Pour développer l’enseignement de la langue corse, il faut donc qu’il devienne, à la fois, un facteur de réussite scolaire et de réussite sociale. Mais c’est un problème dont la solution se trouve à l’extérieur de l’Education nationale, au cœur de la société corse, là où le recteur n’a pas de levier.

                                                                                     Propos recueillis par Nicole MARI

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