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Parisa Semari-Paolantoni : Une candidate d’ouverture

 

 

Suppléante de Ghjuvan Filippu Antolini, candidat de Corsica Libera dans la 1ère circonscription de Haute-Corse, Parisa Semari-Paolantoni se présente, elle-même, comme « une candidate d’ouverture ». Cette guide-interprète, d’origine kabyle, qui a fait de la Corse sa terre d’élection depuis 25 ans, explique, à Corse Net Infos, son parcours insulaire, son adhésion au mouvement nationaliste et à Corsica Libera et les raisons qui l’ont poussée à se lancer dans l’aventure des législatives.

 

- Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans le combat législatif ?

- La première raison, qui m’a apparu comme une évidence, c’est le fait que je sois arrivée en Corse, il y a bientôt 25 ans. Mes deux enfants y sont nés, pas par hasard. Je suis venue faire de la randonnée en attendant un visa pour partir aux Etats-Unis. Je venais de passer trois ans en Angleterre et je parlais suffisamment bien l’anglais pour envisager de vivre le rêve américain que peuvent avoir beaucoup de gens. J’ai débarquée à Bastia au mois d’octobre, j’ai su, à la minute même, que c’était ici que j’allais m’installer. Je me suis dit clairement que je n’allais pas repartir de sitôt.

 

- N’aviez-vous aucune attache en Corse ?

- Aucune. La randonnée n’avait pas commencé. Je ne connaissais personne, pas même la Corse qui, pour moi, représentait l’image du tourisme balnéaire. Je cherchais à gagner un peu d’argent, j’ai travaillé quelques mois dans un bar-restaurant à Solenzara. Je me suis, toute de suite, liée d’amitié avec des gens que je vois encore aujourd’hui.

 

- Qu’est-ce qui a motivé votre engagement en politique ?

- Lorsqu’une terre est aussi attachante dès le début, qu’elle vous a tout donné, que les gens vous ont aidé et très bien reçu, je pense à mon beau-père, Mr Paolontoni, aujourd’hui décédé, qui était maire de Bisinchi, une terre où mes enfants sont nés, où j’ai pu exercer un métier qui me convient, une terre qui m’a donné une très riche formation professionnelle de guide-interprète à l’Université de Corse… Lorsqu’à un moment donné, les gens de cette terre vous demandent de les aider, momentanément ou plus durablement, il faut accepter, si on ne veut pas être ingrat. C’est ce que j’ai fait. Et puis, la personnalité de Ghjuvan Filippu, qui est un ami et qui est guide comme moi, ce qui nous rapproche beaucoup, a aussi forcément joué.

 

- Pourquoi avoir choisi la tendance nationaliste et Corsica Libera ?

- Pour le combat qu’il mène. Je suis d’origine kabyle. Beaucoup de gens, en Kabylie, luttent pour leur indépendance. Je ne fais pas forcément le lien, mais j’ai toujours eu une revendication identitaire quelque soit le pays. Je me suis, tout de suite, intéressée à l’identité et à la culture corses. En politique, je me suis toujours sentie proche de la tendance sociale, pourrait-on dire la gauche, sans jamais avoir eu envie de m’impliquer dans un mouvement. Seul, Corsica Libera m’a donné envie. Peut-être parce que j’ai beaucoup d’amis nationalistes et que je me suis rendue compte que j’étais entourée, au quotidien, de gens qui pensaient comme moi. Tout cela m’a rapproché de Corsica Libera.

 

- Qu’est-ce qui vous a particulièrement touché dans la cause du mouvement nationaliste ?

-  Essentiellement, mais pas seulement, la cause du rapprochement des prisonniers politiques. Je n’oserais pas dire que c’est mon cheval de bataille, mais c’est une cause qui m’a interpelée dès mon arrivée en Corse. Il est insupportable que ces gens soient tenus éloignés de leur famille. C’est une telle souffrance pour les enfants de ne pas voir leur père incarcéré, de devoir se ruiner pour aller lui rendre visite sur le continent. Pour certains, c’est loin d’être facile, ce n’est même pas possible. Cette cause m’a sensibilisée avant même que je pense à entrer en politique. Ensuite, il y a la langue, la reconnaissance d’une culture et tout ce qui fait qu’un peuple est un peuple, tout ce qu’il a légitimement le droit de revendiquer.

 

- Parlez-vous corse ?

- Non. Je ne dirais pas ça. Je le comprends assez bien, même de plus en plus, grâce à mes amis qui le parlent très bien et l’écrivent. J’ai pris, à plusieurs reprises, des cours, à la fois pour moi et pour mon métier car, pour raconter l’histoire de la Corse, il faut connaître la signification de certains termes. Des amis font des visites en langue corse, je n’en suis pas à ce stade. Je ne sais pas si ça sera le cas, un jour, mais je m’intéresse beaucoup à cette langue et à tout ce qui touche à l’identité corse.

 

- Peut-on dire que vous êtes un exemple d’intégration réussie ?

- Je ne sais pas. Je pense qu’il y a beaucoup de gens comme moi, d’une autre origine, qui vivent en Corse depuis plus longtemps que moi, qui parlent corse mieux que moi, qui ont, peut-être, envie de faire la même démarche… mais que personne n’est pas allé chercher, ils n’osent pas. J’espère que ma candidature d’ouverture donnera envie à des gens de franchir le pas, comme je l’ai fait par le biais d’amis qui ont compris ma démarche. J’espère que mon histoire et ma démarche les inciteront à nous rejoindre.

 

- Est-ce pour cette raison que vous avez accepté d’être suppléante de Ghjuvan Filippu Antolini sur la circonscription de Bastia ?

- D’abord, j’habite cette circonscription. Bastia est une ville que j’adore, qui est très riche au niveau patrimonial. Lorsque Ghjuvan Filippu m’a demandé de partir avec lui en campagne sur cette circonscription, ça m’a fait très plaisir. Il a compris que j’avais envie de m’investir, il m’a permis d’oser franchir le pas. J’ai adhéré, presque sans aucune hésitation. Seul, m’a fait un peu hésiter le peu de temps dont je dispose parce que nous sommes en pleine saison touristique, mais je mets mon peu de temps disponible dans la campagne et le mouvement.

 

- N’est-ce pas aussi important, en termes d’image, alors que les nationalistes sont accusés de repli et de racisme, de présenter une suppléante telle que vous ?

- Oui. C’est surement très important. Mais je ne l’ai jamais ressenti comme ça ! Je n’ai jamais ressenti qu’on voulait me mettre à l’écart. Au contraire ! Oh combien, j’ai plutôt senti qu’on voulait m’intégrer ! Bien sûr, l’intégration est, d’abord, venue de moi parce que j’aime rencontrer les gens et parler avec eux, mais je me suis sentie, tout de suite, voulue au sein de ce mouvement. Avant que les nationalistes ne fassent appel à moi pour partir en campagne, j’ai d’abord été leur amie et je le serais restée, même si j’avais refusé. Evidemment, ils apprécient que je me sois intégrée, même si ce mot ne me plait pas. Mais il faut que l’acceptation vienne des deux côtés. On ne peut pas vouloir être intégrée et acceptée si, soi-même, on ne fait pas l’effort d’aller vers les autres. Et la moindre des choses quand on vit dans un pays qui vous reçoit aussi bien que je l’ai été, c’est de s’intégrer, de répondre présent et d’apporter mon aide, en tant que candidate et sympathisante. La différence, c’est que j’ai franchi le pas et que je me suis jointe politiquement à mes amis les plus proches en Corse.

                                                                                  Propos recueillis par Nicole MARI

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Commentaires : 1
  • #1

    Logique (samedi, 09 juin 2012 09:09)

    Si vous êtes un jour présidente de Kabylie prendrez vous JP Antolini comme premier ministre?