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Simon Renucci : « Ce serait légitime pour le travail accompli que je sois réélu »

Le député-maire d’Ajaccio, Simon Renucci, est candidat à sa propre succession dans la 1ère circonscription de Corse du Sud pour les législatives du 10 et 17 juin prochains. Avec son suppléant, Ange-Pascal Miniconi, il va affronter pas moins de 9 candidats dont l’UMP Laurent Marcangeli qui entend bien lui ravir son siège. Mais, sûr de son bilan qu’il détaille et fort des valeurs de la social-démocratie, il affirme, à Corse Net Infos, sa confiance dans les Ajacciens et dans sa réélection. 

- Pourquoi avez-vous décidé de briguer un troisième mandat ?

- Malgré que je sois député de l'opposition depuis deux mandats, j’ai un bilan assez riche et chiffré. Il me semble donc naturel de postuler avec ce bilan, qui fonde une légitimité à revenir et l'humilité que représente une action politique. À chaque fois que je présente mon bilan dans les quartiers d'Ajaccio et les différentes communes de la circonscription, les gens, entre une dizaine et 80 personnes, avec une moyenne de 30 personnes à chaque réunion, s'intéressent et posent des questions sur la santé, sur l'hôpital d'Ajaccio... Ensuite, en Corse, comme dans l'ensemble de la France, une nouvelle société se dessine. Je ne voudrais pas être à la porte de cette société, mais aider à la construire dans la fraternité en apportant ma pierre à l'édifice. Je pense que la social-démocratie, avec les partis de gauche et les partis humanistes, peut bâtir un monde qui n'est pas celui du résultat, mais de la présence de l'homme, du partage et de la défense d'une transmission, non seulement des repères, mais de l'être tel qu'il est.

 

- En quoi consiste votre bilan ?

- Le premier point fort, c'est le droit. Je suis intervenu à l'Assemblée nationale sur les retraites, la situation sociale, l'accès à la santé et au droit en général, contre la suppression du droit des enfants... Et aussi pour défendre le dialogue social parce que l'ancien gouvernement n'a pas toujours consulté les syndicats avant de faire voter une loi qui modifiait les règles de la vie sociale. J’ai également mené une action soutenue au niveau de l'écologie au moment des 2 Grenelle. Le Grenelle I a pris des mesures de protection de la couche d'ozone et de préservation de la terre pour un développement durable en favorisant l’utilisation des énergies non fossiles, notamment photovoltaïques. Dans le Grenelle II, certaines mesures ont été suspendues, comme la non-taxation de la production de CO2 et un retour en arrière sur le photovoltaïque sur lequel j'ai posé des questions écrites. Même si très peu sont parues dans la presse, pour ne pas dire aucune, j'ai, quand même, posé 320 questions écrites.

 

- En tant que pédiatre, vous êtes-vous intéressé plus particulièrement à la santé ?

- Sur la santé, je suis un des responsables du projet de loi sur le financement de la sécurité sociale. J'ai été désigné par le PS pour travailler sur un projet de l'UMP concernant l'autisme. Je suis intervenu sur le Mediator, sur le projet de loi concernant la nouvelle Agence du médicament qui est dirigée par un Corse et sur la loi HPST (hôpital, patients, santé, territoires) qui est inapplicable, une deuxième loi Fourcade a, donc, défini comment doivent fonctionner les maisons de santé pour faciliter l'accès aux soins. J'ai déposé un amendement pour empêcher les dépassements d'honoraires dans ces maisons de santé, mais je me suis battu en vain. Enfin, je n’ai cessé de réclamer, en tant que membre de la Commission des affaires sociales, une vraie loi de santé publique.

 

- Au niveau de la Corse ?

- Je suis intervenu, lors des questions orales du mardi matin, au niveau du foncier sur le PADDUC, sur les pensions de reversion et pour faire de la Corse une région intermédiaire. Être député de l'opposition, c'est aussi se battre en sachant que vous n'allez pas réussir. Par exemple, pour le CRESP (Caisse de retraite complémentaire). Ensuite, j'ai adressé une question écrite au gouvernement concernant la recherche de pétrole en Méditerranée. La presse nationale a largement fait écho de mon intervention, j'ai été cité par Eva Joly, Cap 21 et d'autres. En réponse, Nicolas Sarkozy avait, alors, dit qu'il ne prolongerait pas le permis de recherche. Je me suis, enfin, battu pour les détenus et pour la signature de la charte européenne des langues minoritaires et régionales.

 

- Êtes-vous pour la co-officialité de la langue corse ?

- J'ai, d’abord, parlé corse, je n’ai appris le français qu’à l'âge de cinq ans. Il faut transmettre ce que l'on a reçu et le partager. Mais la co-officialité, j'aimerais d'abord savoir ce que ça signifie ! La co-officialité implique une forme d'indépendance. Je n'en suis pas là. Je suis pour le bilinguisme jusqu'au bout dans tous les actes de la vie. La mairie d'Ajaccio s'appelle Casa Cumuna. Y-a-t-il beaucoup de villes de 68 000 habitants où la mairie est A Casa Cumuna ? Dans les crèches ajacciennes, on peut choisir de mettre son enfant dans le bain linguistique où on parle corse pendant les repas, les chants, la musique, les jeux... Même dans la formule multi-accueil qui ouvre l'accès des crèches à des enfants qui ne viennent que quelques heures ou quelques journées. Un pédopsychiatre nous a conforté dans l'idée que l'apprentissage de plusieurs langues, très tôt dans la vie, développe l'esprit de synthèse, la connaissance et la personnalité. Nous avons même fait un film pour expliquer que l'apprentissage de la langue corse est un bienfait pour tous.

 

- Paul Giacobbi estime que le grand chantier de cette nouvelle mandature est le changement institutionnel pour l’autonomie. Qu’en pensez-vous ?

- J'avais demandé, en 2000, le transfert des compétences législatives encadrées. C'est-à-dire la possibilité d’adapter, aux spécificités de la Corse, un ou deux articles d’une loi, qui s'applique sur tout le territoire, sans modifier l'esprit de cette loi. L’investissement majeur pour la Corse n’ait pas forcément de changer les institutions, mais, d'abord, d'améliorer la gouvernance avec ce que l’on a pour intervenir plus rapidement dans les domaines où l’on peut le faire. Il ne s'agit pas d'avoir plus de compétences sans en avoir les moyens, mais de chercher des ressources nouvelles et de gérer mieux certains sujets. Avant l’autonomie, il y a la simplification administrative. Sinon, l'autonomie ne servira qu’à renforcer les difficultés existantes.

 

- Êtes-vous confiant dans votre réélection ?

- Chaque combat électoral comporte ses incertitudes. Néanmoins, j’ai confiance dans le bon sens des gens qui voient tout ce que l'on fait honnêtement, dans l'exemplarité, la proximité et l’ouverture. Je suis Rocardien, donc progressiste. Pour moi, seul le progrès compte, pas le statut-quo, ni la défense des intérêts anciens en caricaturant l'action des autres. Je suis également pour la vérité qui, comme disait Danton, est tragique, âpre, triste aussi quand les gens disent des mensonges. Je pense que ce serait légitime pour le travail accompli que je puisse continuer à être député-maire. C'est important pour bien défendre la ville d'Ajaccio, d’autant que, cette fois-ci, je ne serais plus dans l’opposition et que je pourrais être entendu encore mieux qu’avant.

 

- Pensez-vous que le score réalisé par la droite à Ajaccio pour les présidentielles puisse jouer sur votre élection ?

- Tout joue. L'élection précédente, Nicolas Sarkozy avait fait 64%. J'avais dit, il y a quelques mois, que la droite diminuerait peut-être de 8%, j'avais donné le score. Mais, ce n'est pas à moi qu'il faut poser la question, mais aux électeurs pour savoir s'ils veulent ou pas nous permettre de continuer à défendre la circonscription d'Ajaccio. S’ils pensent que nous l'avons fait honnêtement, sincèrement et que nous pouvons encore apporter quelque chose, nous serons présents. J'espère que nous pourrons continuer notre action parce que nous avons encore beaucoup de choses à faire et à réussir ensemble.

 

- Mais, ne craignez-vous pas cette droite qui se présente contre vous, plus rassemblée qu'elle ne l'a été depuis longtemps ?

- La vraie question est entre les mains des citoyens. Préfèrent-ils quelqu'un qui cultive la paix, qui fasse des propositions, qui privilégie une méthode de partage ? Je leur fais confiance pour nous permettre de tisser un peu plus le lien qui existe déjà entre eux et nous. C'est pour cela que nous leur avons présenté un bilan. J'espère que les gens ne s'égareront pas quand ils choisiront, qu'ils tiendront compte des propos essentiels. Quand aux autres candidats, je n'ai que des concurrents, pas d'adversaire. J’affronte les gens qui sont sur la même démarche que moi, travaillent honnêtement, disent la vérité, ont la culture de la paix et défendent la même politique. Les autres, qui défendent une autre société, d'autres comportements ou réactions, sont à côté, je ne les affronte pas.

 

- Tous les candidats crient haro sur le découpage de la circonscription et sur le rattachement du 6ème canton à la 2ème circonscription. Et vous ?

- C'est une hérésie, une absurdité, une injustice qu'il faut corriger ! Les habitants de ce canton veulent voter pour Ajaccio et ne le peuvent pas. Nous y avons la majorité aux municipales, mais ce découpage rend les habitants impuissants à venir aider le maire d'Ajaccio à être député. Alors que c'est important. J'ai, bien évidemment, maintes fois, demandé la réintégration du canton dans la circonscription d'Ajaccio, la réponse a été non. Je le redemanderais au président Hollande.

 

- François Hollande s'est engagé à faire voter une loi sur le non-cumul des mandats. Quel mandat choisirez-vous de conserver ?

- J’appartiens à Corse Social Démocrate, apparenté au PS. Je ne suis pas tenu par cet engagement. Je suis un homme libre qui défend Ajaccio. On ne peut pas dire aux gens de voter pour le maire d'Ajaccio pour qu'il défende Ajaccio auprès du gouvernement, qu'il aide à bâtir une société nouvelle avec beaucoup d'humilité, de persévérance, de volonté de réussir, et, en même temps, leur dire que je vais renoncer au cumul des mandats. C'est une hérésie ! Vous voyez des députés, enfermés en train de légiférer des mois entiers sans avoir mis un pied dans une commune ou dans un bureau de tabac ! Je ne choisirais pas !

                                                                                    Propos recueillis par Nicole MARI

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