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Stéphanie Grimaldi : « Je suis la candidate anti-système »

L'élue territoriale UMP et maire de La Porta se présente, pour la 2ème fois, aux élections législatives dans la 2ème circonscription de Haute Corse. En 2007, elle était arrivée en tête au 1er tour avant d'être distancée, au final, par Paul Giacobbi. Stéphanie Grimaldi explique, à Corse Net Infos, qu'elle entend bien gagner ce combat-là et part en campagne contre le député sortant.

- Pourquoi avez-vous décidé de vous représenter aux législatives ?

- Il y a cinq ans, j'avais été désignée par l'ensemble de la famille libérale et soutenue par tous mes amis pour partir, de manière assez tardive, à l'élection législative. Pour ce nouveau scrutin, tous les élus m'ont renouvelé, encore une fois, leur confiance et m'ont assuré que j'étais la seule à avoir la légitimité naturelle, forte du résultat accompli, il y a cinq ans. J'ai donc été naturellement choisie par les instances nationales.

 

- La donne a changé. La droite a été balayée aux territoriales. Votre principal adversaire détient tous les pouvoirs. Vous ne repartez pas dans les mêmes conditions...

- Je pars dans de meilleures conditions encore, aussi paradoxalement que cela puisse paraître. Il y a cinq ans, le Conseil général de Haute-Corse a été une machine de guerre contre moi. Je l'ai souvent dénoncé pendant la campagne. Je le dénonce encore. Le fait que mon adversaire semble être l'homme le plus puissant de Corse puisqu'après avoir détenu le Conseil général que son suppléant préside aujourd’hui, il est à l'exécutif de la région, semble m’être défavorable. Mais détenir des collectivités ne rend pas un adversaire forcément plus fort sauf, et je le déplore, de s'en servir comme des outils politiques. Je pense que les Corses font la différence à chaque élection. On ne peut donc pas se fier uniquement à ce paysage-là. C’est le travail de terrain qui paye. Et, depuis cinq ans, j'ai beaucoup labouré le terrain.

 

- Ne risquez-vous pas de pâtir également de la perte du canton de l'Altu Di Casaconi ?

- C'est vrai que lorsqu'on regarde l'échiquier politique de la 2ème circonscription, on voit qu'aux élections municipales et cantonales, la droite a perdu des mairies et un canton. Par contre, lors d’élections nationales, comme cela vient d'être démontré aux présidentielles, la circonscription est majoritairement ancrée à droite. Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen et François Bayrou sont arrivés largement en tête.

 

- Comment expliquez-vous que la Corse vote à droite pour les présidentielles et à gauche pour les élections locales ?

- Pour les élections territoriales, la première erreur a été la constitution d'une liste unique parce qu'il a été très difficile d'arriver à retrouver, sur une seule liste, toutes les sensibilités et tous nos amis politiques. La deuxième erreur a été la constitution même de la liste qui ne correspondait pas à ce qu'attendaient les électeurs sur le choix des personnes, mais également sur la manière dont elle a été faite. Les électeurs attendaient que cette liste soit faite en local et ne témoigne pas de dissensions. Aussi la liste n'a-t-elle pas séduit, ni présenté une alternative crédible. Mais nous n'avons pas perdu avec un score minable et le président actuel de l'exécutif n'a pas du tout réalisé un bon score. Si la prime n'avait pas été augmentée, comme elle l'avait été quelques mois auparavant, les choses n'auraient pas été identiques.

 

- Et pour les élections locales ?

- Dans les élections municipales et cantonales, des communes ancrées à droite votent l'homme, votent selon leurs affinités et non plus selon leur idéologie. En Corse, l'électorat est versatile, il distingue, cloisonne et segmente toutes les élections. Ceci a poussé beaucoup d'élus de droite à intégrer la majorité départementale de gauche au Conseil général de Haute Corse alors que, pour les scrutins nationaux, ils retrouvent leur sensibilité naturelle.

 

- N’est-ce pas un système que vous dénoncez ?

- En effet. Je souhaite, durant cette campagne, avoir trois axes principaux. Le premier est celui d'être la candidate antisystème. Je dénonce le système et les pratiques archaïques électoralistes qui sont mises en place par mon adversaire, notamment le fait de se servir des collectivités comme d'outils politiques pour faire carrière. Le deuxième est de demander aux électeurs de sanctionner cette politique parce que je ressens sur le terrain un profond rejet de ces méthodes et de ces pratiques. Le troisième est de leur demander de me permettre, grâce à la confiance qu'ils me feraient, de défendre la circonscription et les intérêts de la Corse de manière active. Je dénonce le piètre bilan du candidat sortant qui est député depuis dix ans et qui, dans toutes ses interventions et dans toute son action à l'Assemblée nationale, s'est focalisé sur des questions internationales. Lorsqu'on recherche des initiatives parlementaires pour défendre les intérêts de la Corse, on les retrouve uniquement chez les députés UMP.

 

- Ce que Paul Giacobbi conteste ?

- À chaque fois qu'il le conteste, le lendemain, dans les médias, des rappels à son honnêteté intellectuelle lui sont faits, soit par Camille de Rocca Serra, soit par Sauveur Gandolfi-Scheit qui dénoncent cette appropriation d'initiatives. Sauveur Gandolfi-Scheit pour le rapprochement des prisonniers ou Camille de Rocca Serra pour le crédit d'impôt ont pris des initiatives très fortes qui n'ont été ni relayées, ni soutenues par les autres parlementaires insulaires. Or, lorsqu'on défend les intérêts d'une région, on doit faire fi de manœuvres bassement politiciennes.

 

- Votre ancien suppléant, Pierre Guidoni, maire de Calenzana et conseiller général, a rejoint le camp avderse. Comment prenez-vous cette défection ?

- J’avance en permanence grâce à mes convictions. Je suis déterminée et fière de défendre mes valeurs. Quand, autour de moi, des élus quittent leur camp au gré de majorités ou d'humeurs pour des raisons que je n'ai pas à analyser, je le déplore. La défection de Mr Pierre Guidoni ne m'empêche pas d'aller à cette élection de manière confiante.

 

- Comment réagissez-vous à l’éventuelle candidature de Jean Martin Mondoloni qui n’a pas encore décidé ?

- Je n'ai pas à porter un jugement sur l'éventuelle candidature de Mr Mondoloni. La Nouvelle Corse a dit, par voie de presse, qu'elle est ancrée dans la famille libérale, qu’elle est à côté de l'UMP, mais pas contre. Dans ce cas, je n'ai pas à craindre cette candidature puisqu'il y aurait ralliement logique et naturel des candidats de la famille libérale au 2ème tour. Ce parti insiste beaucoup sur son ancrage et sur son positionnement régionalistes et se veut totalement distinct, indépendant et libre par rapport à un parti national. S’investir aux législatives serait un paradoxe. Je l'aurais compris aux cantonales, je le comprends aux municipales et aux régionales. Je le comprends moins à une élection nationale où l’on est est obligé de s'adosser à un programme de parti national.

 

- Il y a aussi les nationalistes à prendre en compte. Êtes-vous soulagée que Gilles Simeoni ne se présente pas dans la 2ème circonscription ?

- Soulagée ? Non. Pourquoi devrais-je être soulagée ! C'est vrai que Gilles Simeoni a un ancrage familial fort dans la circonscription et qu'il a fait une très belle élection, il y a cinq ans. Mais, il y a un autre candidat tout à fait respectable, Saveriu Luciani, adjoint au maire de Ghisonaccia et mon collègue à la région. Ce qui me rassure dans les propos des candidats nationalistes, en tous cas de Femu a Corsica, c'est qu'apparemment ils s'inscrivent dans la même démarche que moi. Ils dénoncent le système clientéliste et électoraliste mis en place au Conseil général de la Haute-Corse et transposé, depuis deux ans, à la région. Comme nous dénonçons le même système, j'espère que, le moment venu, ils sauront prendre leurs responsabilités.

 

- Ne craignez-vous pas le score des nationalistes qui ratissent beaucoup à droite et pourraient surprendre, une fois encore ?

- Il ne faut pas mélanger les élections. Ils ont ratissé à droite aux élections territoriales parce que notre liste n’était pas une bonne liste. Beaucoup de voix de notre famille, déçues par la liste, se sont reportées sur les nationalistes. Mais, sur une élection nationale comme les législatives, je devrais retrouver tout naturellement les voix de la droite. Je pense que les nationalistes ne feront pas le même score qu’aux territoriales. Je redoute plutôt mon adversaire qui, comme il y a cinq ans, va jouer le mélange des genres. Pendant ses tournées, il disait aux électeurs : j’ai été un bon président du Conseil général. J’ai bien doté votre commune avec de bonnes subventions. J’ai apporté ce qu’il fallait pour les routes, pour les églises, pour les murs, vous devez donc me réélire député. Or, le député ne donne pas de subventions ni pour les routes, ni pour les églises, ni pour les murs. Je vais de nouveau répéter qu’il ne faut pas mélanger les genres.

 

- Etes-vous sûre d’être au 2nd tour ?

- Ah oui ! Je l’espère très fortement. J’espère qu’il y aura de nouveau ballotage et que je serais au 2ème tour, comme il y a cinq ans, dans la même position, c’est-à-dire en tête, même de très peu.

                                                                                      Propos recueillis par Nicole MARI

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