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Michel Stefani : "Il faut parler clairement aux Corses"

Elu communiste à l'Assemblée territoriale, président de la société des Chemins de fer de la Corse, Michel Stefani soutient la majorité de gauche à la tête de la CTC. Pourtant ses positions sur les dossiers-clés divergent de celles défendues par le président de l'exécutif, Paul Giacobbi. Pour Corse Net Infos, il s'explique sur les questions de co-officialité de la langue, de statut de résident, des arrêtés Miot et de l'évolution constitutionnelle.

- Vous êtes favorable à la ratification de la Charte des langues minoritaires, pourtant Jean Luc Mélenchon est contre !

- Non. Ce n'est pas ce qu'il a dit. Il dit qu'il faut concevoir que nous devons avoir une langue commune pour qu'on puisse se comprendre. Et que l'on ne peut pas avoir un pays avec 22 régions qui se différencient, à 22 vitesses et à 22 codes de travail.

 

- Cela ne revient-il pas au même ?

- Non. C'est sur un amendement, que j'ai défendu à la CTC, que nous avons adopté le principe de la co-officialité, en sachant l'incidence institutionnelle que cela aurait. Nous avons dit que nous sommes pour un bilinguisme assumé et, en même temps, que le corse ne peut pas être interprété dans le travail comme quelque chose qui pourrait devenir discriminatoire. Imaginez que, sur le continent, on exige que vous parliez l'occitan, le breton, le catalan ou le chti, comment faites-vous ? Vous ne travaillez plus ! Il faut garantir l'existence des langues de France, y mettre les moyens, c'est une responsabilité de l'Etat, mais il faut considérer aussi que nous sommes en France. Si on fait du corse un élément de discrimination, d'opposition des intérêts entre les travailleurs, on ne le sauvera pas.

 

- Donc, vous êtes pour la co-officialité, mais pas pour l'obligation de parler corse !

- Non. C'est un autre problème. Il faut créer les conditions pour que le maximum de personnes puisse, si elles le souhaitent, apprendre et faire vivre cette langue. Mais il faut une langue commune et préserver la liberté des uns et des autres de pouvoir s'installer en quelque endroit du territoire sans qu'il y ait d'obstacle à cette installation. C'est vrai sur la question de la langue, comme de la citoyenneté.

 

- Le Front de gauche s'oppose également au statut de résident ?

- Que met-on dans ce statut ? Il faut clarifier la notion de citoyenneté corse du point de vue de la fiscalité, de la protection sociale, de la solidarité nationale... De la citoyenneté découle des droits. Par exemple, la compensation des surcouts de production électrique, on les garde, on les perd, on fait quoi ? La dotation de continuité territoriale, qui va la supporter ? On peut multiplier les exemples. Vous ne pouvez pas imposer des choses que vous n'accepteriez pas qu'on vous impose. Si on vous dit à Paris qu'il vous faut dix ans de résidence pour être accepté ?

 

- C'est pourtant ce qui se passe en Nouvelle Calédonie et dans des territoires de l'Union Européenne sans que cela remette en cause des droits !

- Peut-être. Sans doute. Mais pas entre la Corse et la nation. Il faut savoir ce que l'on veut. Il faut aller jusqu'au bout et dire ce qu'il y a derrière les mots que l'on emploie. J'ai déposé un amendement sur cette fameuse fiche 27 lors des débats sur les Assises du foncier. Seul, notre groupe l'a voté. Je le regrette. L'amendement disait que pour toute évolution de portée constitutionnelle, de question de citoyenneté, il fallait consulter le peuple par référendum.

 

- Se poserait alors le même problème que lors du référendum sur le statut particulier où ont voté des gens de passage pas concernés par la question corse !

- Ces gens sont dans leur pays. C'est une question essentielle. Celui, qui décide et choisit de s'installer et de vivre ici, est chez lui sur cette terre, quelques soient ses origines et sa couleur.

 

- Vous n'êtes pas hostile à la suppression des arrêtés Miot. Pourquoi ?

- Parce que les plus gros patrimoines échappent à toute contribution. Est-ce juste ? La question fondamentale n'est pas de préserver les privilèges de quelques gros patrimoines corses, mais d'avoir une fiscalité juste. Quels sont les contributeurs ? Qu'apportent-ils dans la répartition des richesses ? Ces questions doivent être posées.

 

- Mais, la suppression des arrêtés Miot va toucher tous les Corses, surtout les plus petits patrimoines qui ne pourront pas payer les droits de succession ?

- Ce n'est pas vrai. Aujourd'hui, plus de 80 % des successions en ligne directe se font avec abattement. 

 

- Vous n'êtes pas non plus favorable au transfert de la compétence législative ?

- Pour quoi faire ? Pour mettre des salaires encore plus bas ? Pour s'asseoir encore plus sur le code du travail ? Nous avons déjà la collectivité la plus décentralisée de France métropolitaine et qu'est-ce qui se passe pour les gens qui sont au chômage, pour la cherté de la vie ? Ces 30 dernières années, on a voulu répondre à la question sociale en la subordonnant à des évolutions institutionnelles qui ont eu des effets inopérants sur ce point-là. Dans le même temps, le nombre de fortunes dans l'île s'est multipliée. Sur les 450 contributeurs à l'ISF, le niveau moyen de déclaration est de 1,9 million d'euros. Une infime minorité s'est considérablement enrichie pendant qu'une grande majorité vit sous le seuil de pauvreté.

 

- Pourtant, vous appartenez à une majorité régionale dirigée par Paul Giacobbi dont la priorité est l'évolution institutionnelle de la Corse !

- François Hollande lui a déjà répondu. Ce n'est pas à l'ordre du jour ! Je ne sais pas avec qui il va discuter ! Cela étant, la CTC a des prérogatives. La Commission des compétences législatives et règlementaires travaille dessus. Nous avons fait bouger les choses de manière intéressante sur le PADDUC. Après, la question est de savoir où nous nous situons dans l'espace, si nous restons dans le cadre de la France ou si nous voulons nous en éloigner. Il faut parler clairement aux Corses.
                                                                                        Propos recueillis par Nicole MARI

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