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Paul Giacobbi : « Pour convaincre Paris, il faut un consensus en Corse »

Pour le député sortant, président de l'exécutif, la nouvelle mandature législative sera décisive pour lavenir de la Corse. Il explique, à Corse Net infos, que le premier travail sera de définir les contours de l'autonomie constitutionnelle de la Corse dans la République. Et affirme que François Hollande est tout à fait ouvert à une évolution institutionnelle à condition qu'elle vienne de la CTC et qu'elle soit consensuelle.

- Vous venez de faire votre bilan. Qu'est-ce que vous auriez du faire que vous n'avez pas fait ?

- J'aurais du parler encore plus fort et plus net, s'agissant de la crise. J'aurais du publier plus de travaux, mais ce n'est pas toujours aisé parce que les journaux nationaux ne prennent pas facilement les opinions qui sortent de l'orthodoxie du moment. Par exemple, en janvier 2008, j'ai envoyé, au journal Les Echos, un article intitulé "La fin d'un monde" qui décrivait le mécanisme de la crise financière telle qu'elle était déjà et surtout telle qu'elle allait mettre fin à certaine visionéconomique du monde. Les Echos n'ont pas accepté l'article en disant que ce n'était pas vrai, que ça n'allait pas se passer comme ça. J'ai eu tort de ne pas insister. Mon opinion n'était pas originale, beaucoup de gens la partageaientdans le monde, mais pratiquement pas en France. On ne va jamais assez loin, ni assez fort dans l'expression de son opinion.

- Sur la Corse, que comptez-vous faire que vous n'avez pu faire ?

- Sur la Corse, je crois avoir abordé à peu près tous les sujets. Le vrai travail, à engager dès le début de la prochaine mandature, concernera l'évolution du statut de la Corse, le nouveau pouvoir à donner à la Corse, la place de la Corse dans la Constitution de la République et la définition des contours de l'autonomie constitutionnelle de la Corse dans la République. Jusqu'à présent, on n'a fait qu'en parler, il va bien falloir aller dans le concret. Cela dépend beaucoup de nous, de notre capacité à dégager au sein de l'assemblée territoriale une position consensuelle. Alors, ce sera plus facile de l'aborder au plan national où il y a toujours des réticences à aller plus loin, à dessiner une place originale au sein de la République.

- Le candidat que vous soutenez, François Hollande, a opposé un Non clair et net à toute évolution institutionnelle de la Corse ?

 Ce nest pas du tout ce que jai compris du discours de François Hollande et des conversations que jai eues avec lui. Il dit que lessentiel, dans un premier temps, est de travailler sur les questions concrètes du développement de la Corse. Cest aussi daller au fond des dispositions actuelles pour les utiliser complètement. Il sait que lAssemblée de Corse travaille et prépare des propositions et il a dit, de manière très claire et publique, dans son discours dAjaccio, que, si la CTC demande de nouveaux pouvoirs, nous en parlerons et il sera très positif.

- Il a quand même dit quil ne voulait pas de nouveau statut pour la Corse !

- Non. Pas du tout. Il na pas dit ça. Il a dit simplement quil ne voulait pas imposer de Paris un nouveau statut et que si nous voulons des évolutions, nous navons qu’à lui présenter des propositions. Cest différent ! François Hollande, Président de la République, sera dynamique sur cette question.

-  Ce sera donc plus facile avec lui ?

- Ce ne sera pas facile, ni à gauche, ni à droite, car il faut un consensus national. Nous entrons dans un domaine constitutionnel, il faut une majorité des 3/5ème qui est très difficile à obtenir. Il faut dabord arriver à convaincre les siens et les autres de limportance de ces questions. Le meilleur moyen est darriver, dabord, à nous convaincre nous-mêmes pour présenter quelque chose de cohérent de manière consensuelle. Regardez ce qui sest passé sur le PADDUC, qui est une révolution dans le droit.
- En quoi est-ce une révolution ?

- La loi sur le PADDUC est complètement originale. Quand elle dit que le PADDUC sera dapplication directe en labsence de PLU, cest une chose qui nexiste nulle part ailleurs. Il ny a pas de schémas régionaux ailleurs qui sappliquent directement à la place du PLU, ils ne peuvent quinfluencer. Le schéma traditionnel exclut toute tutelle dune collectivité sur une autre. Il y a dautres dispositions originales dans le PADDUC, pourtant elles ont été acceptées et votées à lunanimité du Sénat et de lAssemblée nationale parce que la CTC avait su être, elle-même, consensuelle. Si le projet avait donné lieu à un combat entre nous, on naurait pas convaincu, même en étant majoritaire, la représentation nationale.

- Mais le PADDUC ne touche pas, de la même manière quune autonomie politique, le cœur de lEtat jacobin !

- Si. Il y a eu un grand débat au Conseil dEtat pour savoir sil était constitutionnel ou non. Et nous aurons sur la Corse de grands débats car des élus, à gauche comme à droite, sont encore extrêmement jacobins. Le discours de François Hollande, indépendamment de la Corse, est un discours de nouvelle étape de la décentralisation. Il fait un sort spécifique à la Corse, au delà de ce qui est prévu en national, puisquil dit quil est prêt à accueillir les propositions de la CTC si elles sont consensuelles. En même temps, il prévoit la territorialisation de limpôt, ce qui est une évolution considérable, et de nouveaux pouvoirs pour les collectivités territoriales et surtout pour les régions. Il sait très bien que la Corse est un cas particulier, quon ne peut pas la traiter comme on traite le Limousin.

- On dit pourtant les socialistes très prudents sur la question du statut corse depuis quon lui impute la défaite de Lionel Jospin au 1er tour de la présidentielle. Quel est votre sentiment ?

- Non. Les choses se feront de manière très différente. Lors des débats, auxquels jai pris part à l’époque à la CTC, sur le devenir des institutions de la Corse, lerreur, que nous avons commise, a été davoir les tenants dune vision et les tenants dune autre vision qui saffrontaient. Ce nest plus du tout le cas aujourdhui. Il est clair quau sein de la CTC, on est là pour forger un consensus. Si on ne forge pas un consensus au sein de la CTC, il est évident quon forgera encore moins un consensus au sein de la représentation nationale. Si, en revanche, on sait forger un consensus, il sera plus facile de le forger dans un mouvement général de décentralisation dans lequel la Corse va demander une place très particulière, comme lAlsace a déjà commencé à le faire.

- Mais comment réaliser un consensus quand vos alliés ultra-jacobins, au sein de la CTC, ne partagent pas votre point de vue et sont hostiles à toute évolution institutionnelle ?

- Je nai pas compris ça du débat au sein du Conseil exécutif. Il y a sur ces questions un profond consensus. Au sein de lAssemblée, il y a des différences de sensibilités tout à fait légitimes. Mais on sent bien des évolutions sur tous les bancs. Cela ne veut pas dire que tout le monde est daccord pour tout, mais cela veut dire que le mouvement est clairement établi et quil nous appartiendra de réaliser le consensus. Jai, cest vrai, une position plus audacieuse, plus avancée que dautres. Jinsiste beaucoup sur le fait que les questions relatives à la Corse, qui a sa place au sein de la République française, sont des questions dordre constitutionnel.

- Pourquoi ?

- Parce quen pratique, vous ne pouvez pas, sur la base de la Constitution de la République telle quelle est aujourdhui,régler les problèmes relatifs à lorganisation du statut fiscal de la Corse, même en ce qui concerne les droits de succession qui sont une question relativement urgente, ni trouver les solutions pour définir la place de la langue corse qui passe par la reconnaissance de sa co-officialité. Vous ne pouvez pas régler l’établissement des normes législatives,qui requiert une attention particulière pour la Corse, sans aborder des questions constitutionnelles. Cest mon opinion, mais cest une opinion qui commence à passer au sein de la CTC et aussi au plan national. Jai été très frappé, lors des débats sur le PADDUC, que mes propos nentraînent pas de réactions très vives, bien au contraire.

- Ce scrutin a-t-il un enjeu particulier ou nest-ce quun scrutin comme un autre dans la continuité ?

- Il a peut-être un enjeu particulier dans la mesure où est en jeu la question de lavenir de la Corse. Il est certain que si j’étais battu, compte tenu des positions qui sont les miennes, cela donnerait probablement un coup darrêt ou du moins serait la manifestation dune opposition à ce que les choses changent un peu dans le statut de la Corse. Ce nest pas pour autant une élection dune importance capitale.

                                                                               Propos recueillis par Nicole MARI

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Commentaires: 1
  • #1

    pistu 2b (lundi, 02 avril 2012 11:08)

    Habile, Habile, Monsieur Paul!