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Les Indignés d'Air France déboutés !

Les indignés d'Air France de Corse sont fixés sur leur sort depuis mercredi après-midi.  L'Arrêt de la cour d'appel de Bastia est tombé pour eux comme un couperet. Ni intégration, ni embauche et les indemnités varient de 5 à 15 000 € en fonction de l'ancienneté. De quoi faire bouillir de rage la CGT qui envisage d'ores et déjà de bloquer les aéroports d'Ajaccio et Bastia dès vendredi. Et qui promet un été chaud !

L'arrêt, que vient de rendre la chambre sociale de la Cour d'appel dans l'affaire dite des Indignés d'Air France, est tombé comme un couperet. Après neuf victoires consécutives, neuf condamnations d'Air France, la dixième, qui devait intervenir mercredi après-midi, semblait acquise tant elle était confortée par les précédentes. Mais la Cour d'appel a pris tout le monde de court en déboutant les 45 indignés de leur demande de réintégration dans l'entreprise tout en reconnaissant le bien-fondé juridique de cette demande. 

Un jugement contradictoire

Un jugement qui laisse perplexe jusqu'à l'avocate des Indignés, Me Pasquale Vittori, qui avoue ne pas comprendre.

"Le jugement nous donne complètement raison sur l'aspect juridique. Il reconnaît que les contrats des 45 jeunesétaient des contrats illégaux. Il requalifie ces contrats en contrats à durée indéterminée. Il reconnait que les juges de 1ère instance ont eu raison et confirme toute la motivation de 1ère instance. Mais si l'aspect juridique est gagné, l'aspect humain et social est dramatique. La Cour d'appel a estimé que, malgré la requalification, la remise des feuilles Assedic en décembre équivalait à une rupture de contrat et que cette rupture était abusive. Mais, plutôt que de choisir le maintien de l'emploi, elle a décidé d'indemniser les Indignés de 5000 à 15000 €selon l'ancienneté".

En clair, les ex-salariés en CDD sont bien titularisés en CDI, comme le prévoit la loi, mais ne sont pas réintégrés dans l'entreprise et peuvent aller pointer au chômage.

La consternation

Pour les 45 Indignés, qui campent pacifiquement depuis 148 jours dans les halls des aéroports de Bastia-Poretta et d'Ajaccio-Campo d'ell'Oro pour faire valoir leurs droits, c'est la consternation. Au siège de la CGT à Bastia, où ils attendaient avec les responsables syndicaux la notification du jugement, les visages sont graves et tendus.

En état de choc, ils se taisent, comme ils ont protesté pendant 148 jours, dignement. Peu acceptent d'exprimer leur surprise et leur désarroi.

"Depuis 2008, comme tous mes collègues Indignés, nous sommes sérieux, nous avons fait tout ce qu'il fallait, nous avons dit oui à tout, nous avons fait des heures supplémentaires qui n'étaient pas vraiment légales. Nous nous sommes pliés à Air France du début à la fin. Aux yeux de la justice et des politiques, le sérieux vaut 15 000€. Tous nos projets tombent à l'eau. Il faut repartir à zéro. Certains sont dans des situations très difficiles. On avait besoin de ce CDI" constate amèrement Sébastien, qui s'est vu octroyer 15 000€ pour 4 ans d'ancienneté. "Il y a des patrons qui ne respectent pas les lois et la justice leur donne raison. La justice est pour les riches, pour les forts. Les pauvres courbent le dos. Et, on attend de nous qu'on se soumette" déplore-t-il, à peine amer.

Les 45 Indignés, qui ne perçoivent ni salaires, ni indemnités chômage depuis cinq mois, ont deux mois pour se pourvoir en cassation.

Une confiance trahie

"C'est une décision où on a raison sur tout, mais où on n'a rien", résume brutalement Charly Levenard, qui dénonce " une justice low-cost". Posant une série de question sur la confiance que les salariés d'Air France peuvent désormais accorder à leur compagnie, à Air Corsica, à l'OTC, à la CTC avec, chaque fois, la même réponse négative, il pointe du doigt les responsables :

"Les personnels d'Air France ont apprécié la signature d'une DSP pendant 4 ans. On a bien compris que la préoccupation du plus grand nombre était de ne pas provoquer 500 licenciements d'un coup à Air France. Deux mois avant les législatives, ça aurait fait mauvais effet ! On a bien compris, surtout du côté des abstentionnistes, qu'il fallait mieux faire les choses en douceur, sur 4 ans. Pour ça, on commence par déposséder les agents d'Air France d'une activité ATR qu'ils traitent depuis la création d'une compagnie régionale".

Des salariés en otage

Avec le visage fermé des mauvais jours, le responsable CGT Air France-Bastia prévient :  " Nous avons fait preuve d'une grande responsabilité car, en 5 mois, nous n'avons eu que 4 jours de grève. Mais quand on rajoute l'injustice à l'injustice, notre détermination sera encore plus grande qu'avant pour nous battre contre cette décision injuste, abominable. La lutte va être âpre. A l'orée de la saison printemps-été, on va encore nous accuser de prendre la Corse en otage... Nous ne nous laisserons pas, nous personnels et usagers, être pris en otage par des gens qui ont soi-disant la responsabilité de la région et de l'intérêt général".

La menace d'un blocage

La CGT annonce des actions dures qui doivent, au préalable, être validées par les personnels des escales de Bastia et d'Ajaccio. Une réunion avec le personnel bastiais était prévue mercredi en fin d'après midi et jeudi avec celui d'Ajaccio. Vendredi, un  mouvement des salariés d'Air France est déjà prévu au niveau national pour un tout autre motif. Il pourrait être le point de départ d'un blocage longue durée des deux aéroports de Bastia et d'Ajaccio et, peut-être même par solidarité syndicale, des ports insulaires.

Une action qu'Air France semblait redouter et a tenté d'anticiper (voir réaction).

Au moment même où les responsables syndicaux et les Indignés donnaient leur conférence de presse, on apprenait qu'un cordon policier se nouait autour de l'aéroport de Poretta pour sécuriser les lieux, notamment les pistes d'atterrissage, interdisant l'accès à tout membre du personnel n'ayant pas à y travailler.

                                                                                                                               N. M.

Albert Malausse : " Le blocage des aéroports est envisagé "

 

Très remontés, les responsables syndicaux CGT d'Air France expriment leur indignation devant l'arrêt de la Cour d'appel qui déboute les indignés de leur demande de réintégration dans l'entreprise. Ils promettent une riposte à la hauteur de l'injustice ressentie. Explications pour Corse Net Infos d'Albert Malausse, un des responsables CGT Air France - Bastia. 

  

- Comment réagissez-vous à ce jugement ? 

- On ne peut être que consterné. Ce jugement n'a ni queue, ni tête, et n'honore pas celui qui l'a fait, mais il est quand même édifiant. Il nous donne raison sur tout, dit qu'Air France a été en faute, confirme le jugement de fond, mais n'oblige pas Air France à réintégrer le personnel. C'est n'importe quoi ! C'est un gâchis humain. Ces jeunes ont fait confiance à la justice de leur pays, ils se sentent trahis. On leur donne raison, mais, in fine, ils ont tort. C'est aberrant !

 - In fine, la justice ne donne-t-elle pas raison à Air France en entérinant une rupture de fait ?

- En quelque sorte, oui. Elle a entériné une rupture de fait, en la dénonçant, mais pas en la condamnant. Elle souligne qu'Air France a mal agi, mais elle ne va pas au-delà. Elle donne, pour solde de tout compte, 10000 € à des jeunes qui se battent dignement depuis 5 mois dans les aéroports et qui sont soutenus par une pétition signée par plus de 45000 personnes. Air France avait préparé le terrain pour influencer la décision de justice. Le retrait de la coque ATR lui permet de dire aux juges qu'elle ne peut pas réintégrer des personnels puisqu'il n'y plus d'activité. Sa stratégie a payé.

 - Aviez-vous envisagé la possibilité d'un tel jugement  ?

- A titre personnel, oui. J'ai tellement l'habitude des coups tordus de notre direction. Et la  justice, on le voit, se dégrade. Je m'étais préparé au pire pour que si le meilleur arrive, ce soit une agréable surprise. Je n'attendais rien ni de la direction, ni de la justice. L'arrêt confirme bien mon opinion.

 - Que va-t-il se passer maintenant ?

- Il nous reste deux voies parallèles envisageables, mais l'une n'empêche pas l'autre. La première est de poursuivre sur la voie juridique en allant jusqu'à la cassation, mais la décision appartient aux jeunes Indignés car c'est leur procès. La deuxième nous appartient, à nous, organisation syndicale. Nous avons une position. Nous allons la présenter aux 200 personnels qui décideront.

 - Etes-vous décidés à des actions d'envergure ?

Il est clair, pour nous, maintenant, que la justice n'est faite que pour les puissants, qu'elle méprise les jeunes, le peuple. A partir de là, nous envisageons de rentrer dans une lutte sans faille, peut-être illégale s'il le faut, jusqu'au-boutiste sûrement pour que ces jeunes soient réintégrés. En n'oubliant pas que la clé de voute de tout ce problème, c'est de récupérer la coque ATR. S'il faut qu'on fasse un été pourri, on fera un été pourri !

 - Est-ce que cela veut dire le blocage des aéroports ?

- C'est ce que nous envisageons de faire.

                                                                               Propos recueillis par Nicole MARI

La réaction d'Air France : "Un conflit inutile"

Pour la compagnie aérienne qui se félicite de sa victoire au finish, l'affaire est close.  Dans un communiqué, pour le moins cynique, elle demande aux salariés de tourner la page et de faire des efforts pour redresser l'entreprise. Sans un mot pour les 45 Indignés laisséà terre.

Dans un communiqué intitulé "Construisons ensemble notre redressement" et tombé quelques minutes à peine après la notification de l'arrêt, la compagnie Air France s'est félicitée de cette décision de la Cour d'appel qui "met un terme à plusieurs mois de conflit inutile". 

Une mise en garde

Estimant "respecter les accords qu'elle a signés", elle appelle les salariés restants à "tourner la page et à s'orienter résolument vers le futur..., à construire ensemble le redressement..., à faire des efforts de productivité pour pérenniser les efforts d'Air France qui accepte de continuer à desservir la Corse en dépit d'une perte économiqueélevée".

La compagnie met en garde : "La persistance de perturbations nous entraînerait inéluctablement vers une trajectoire dramatique". Elle estime que son objectif est de "récupérer le traitement de l'ATR", mais "avec nos effectifs actuels" et pas cet été !

Mais sa priorité semble être de "dégager des sureffectifs pour reprendre de l'activité de back-office de façon

permanente". En clair, de transférer de l'activité d'une escale à une autre en fonction des besoins.

Une affaire close

Pas un mot sur les 45 ex-salariés passéà la trappe d'un impératif économique avec un désinvolture qui laisse pantois. Tout autant que la conclusion du communiqué : "Votre direction est animée d'une volonté de construire avec vous les solutions qui préserveront vos emplois dans le respect de l'indispensable équilibre économique". Les 45 jeunes laissés sur le carreau apprécieront.

Si pour Air France, l'affaire est close, son personnel corse semble moins que jamais disposé à faire les efforts demandés. "Air France nous a demandé de faire plus que des efforts. On a même parlé de supprimer les week-ends, cet été, pour pouvoir travailler plus et être plus productifs. Ça nous posait un gros problème. Mais si l'affaire des indignés demeure, nous serons en week-end, tous les weekends !", riposte Charly Lévenard responsable CGT Air-France.                            N. M.


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Commentaires: 3
  • #1

    Jfh (jeudi, 29 mars 2012 22:07)

    Comment après la lecture de tels articles est il possible que personne ne réagisse ? Air France peut dormir tranquille.Circulez y a rien a voire,rien a dire,rien a faire.Quelle misère.Réveillez vous.Battez vous.Ne courbez plus l échine.Révoltez vous!!!

  • #2

    cipriani (vendredi, 30 mars 2012 00:08)

    ce jugement est innique ce magistrat devrais etre juge par ses pairs. il rend lajustice en fonction si ont est puissant ou miserable .

  • #3

    Olivier (lundi, 02 avril 2012 07:29)

    Comment peut on limiter son ambition professionnelle à un boulot saisonnier transformé en CDI pour 800€ par mois!
    Arrêtons de dire à ces jeunes que cela est la solution!

    Il s'agit d'un boulot pour dépanner par pour vivre!
    Que d'hypocrisie!