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François Tatti : " L'Etat de droit, c'est nous qui le construisons "

 

Membre de la Commission Violences de l'assemblée de Corse, François Tatti explique, à Corse Net Infos, les éléments significatifs de ce premier rapport d'étape.  Pour l'élu territorial, il est essentiel de dénoncer la violence, de soulever les problèmes, de rappeler les principes et de clarifier les règles de droit pour réduire les champs de la criminalité

- Que dit le rapport d'étape de la Commission Violences ?

- Ce rapport d'étape est destiné à mettre en débat les premiers points qui font consensus à la suite du travail de cette commission. Il fait le constat que la violence est multiforme, que nous avons besoin de connaissances supplémentaires sur la réalité de cette violence et qu'entre tous les élus qui participent, il y a des points de divergence et des points de convergence.

- Quels points ?

- Il y a des points sur lesquels nous pouvons mettre en place des dispositifs communs permettant de lutter contre la violence. Et puis, il y a certains points, certaines appréciations qui nous séparent. Il a été décidé de travailler sur ce qui nous rassemble, de continuer à oeuvrer et de renvoyer à plus tard la résolution des problématiques qui nous divisent.

- N'est-ce pas alors un pseudo-consensus ?

- Entre ceux qui ne condamnent pas la violence et ceux qui considèrent qu'en démocratie, il ne faut pas laisser de place à l'impunité sur la violence, pour l'instant, il y a un gap. Il y a néanmoins des choses que nous pouvons faire ensemble.

- Lesquelles ?

- Par exemple, créer un observatoire régional de la criminalité et de la délinquance en Corse. Très souvent, on parle à partir de statistiques, de données et d'éléments fournis par l'Etat, par divers organismes, etc.. Chacun a sa manière et son intérêt. La région Corse gagnerait à avoir un observatoire régional avec des données plus objectives, des données souhaitées par les élus de la CTC sur les évolutions, les tendances, sur ce qui fait réellement problème en Corse et pas seulement des données extérieures.

- Etes-vous en train de dire que ces données ne sont pas totalement fiables ?

- Celui qui maitrise les données, maitrise la politique. Il y a donc toujours des éléments qui permettent d'imaginer que ces données ne sont peut-être pas parfaitement réelles. On sait bien que chaque fois qu'une statistique est produite sur la violence, on lui fait dire à peu près ce que l'on veut. Il y a parfois des données auxquelles on s'attache, le nombre d'assassinats par exemple, mais il peut y avoir une main mise du milieu dans un périmètre ou dans un territoire qui soit telle qu'il n'y ait même pas d'assassinat. Et pourtant, il y a une économie souterraine, des problèmes très forts de délinquance et de violence. C'est pour bien appréhender tout cela que nous souhaitons nous faire assister par des universitaires, par des personnes spécialisées dans l'analyse des phénomènes violents afin de nous aider ensuite à décrypter ces phénomènes et à agir dessus autant que possible.

- La CTC a voté la création d'un outil d'évaluation des politiques. De quoi s'agit-il ?

- Tout d'abord, vérifier les politiques que nous mettons en oeuvre, établir des besoins, des indicateurs, des objectifs et, ensuite, veiller à ce que ses objectifs soient atteints. C'est la base. Mais nous voulons aller plus loin. Faire en sorte que les moyens publics, notamment financiers que nous utilisons, que nous déployons dans nos territoires aillent bien à des circuits économiques sains. Pour cela, nous avons besoin d'évaluer leur impact, de vérifier la manière dont  l'économie réelle les utilise. Il y a ensuite divers éléments par rapport à la jeunesse. Faire en sorte de travailler sur un code de non-violence ou de refus de la violence. Pourquoi ? Comment ? Qu'est-ce qui fait que, demain, nous devons être plus vigilants par rapport àces questions-là ? Pouvoir y travailler auprès des jeunes dans l'éducation nationale. Sensibiliser chacun à la question de la violence, de la drogue, etc. ce sont trois éléments parmi une dizaine. Ce sont trois éléments qui me semblent significatifs pour ce premier rapport d'étape.

- Pourquoi aborder la question du PADDUC dans ce débat sur la violence ?

- Il y a la nécessité de clarifier les règles de droit. Dans l'opacité du droit, il y a toujours l'espace pour l'implication du milieu, de la voyoucratie. A partir du moment où le droit ne fixe pas les règles, ce sont d'autres qui les fixent. Dans le domaine de l'immobilier et du droit littoral, il est important que l'on sorte du flou qui est, aujourd'hui, constitutif de ce droit, qu'on le précise, qu'on le fige de manière à ne pas laisser la porte ouverte aux menaces et àla violence. Un élu, adjoint à l'urbanisme, vient d'être obligé de démissionner parce qu'il était personnellement mis en cause sur l'interprétation de cette loi. C'est inacceptable. Il faut figer par le PADDUC les conditions du développement tel que nous le souhaitons, l'ouverture ou pas de l'urbanisation, et clarifier au millimètre l'application de la loi car les problèmes se posent sur les détails

- Donc, ce ne seront plus les maires qui décideront mais le PADDUC ?

- Aujourd'hui, ce n'est ni le maire, ni le PADDUC, ni personne, c'est le magistrat qui prend les décisions. C'est scandaleux parce qu'il y a toujours l'espace pour la contestation. Il faut que les élus de l'assemblée et l'Etat mettent leurs marges d'appréciation et ne la laisse pas à la contestation judiciaire.

- Les élus ont refusé de voter votre motion condamnant la revendication d'un assassinat. Vous parlez d'acte manqué...

- C'est une occasion manquée parce que, par-delà l'intérêt des actions que nous allons mettre en œuvre, il y a la question de la parole et de la prise de position publique de tous les groupes de la CTC. J'aurais souhaité qu'un jour, nous puissions dire, tous ensemble : nous rejetons la violence. La violence n'est jamais une solution, elle n'entraîne que des dérives, des malheurs et des difficultés. Il faut accepter la démocratie, la justice avec ses limites et ses difficultés. Il faut accepter aussi que la démocratie, la justice, la police sont des institutions humaines, qu'elles peuvent faillir. Je ne pouvais pas aujourd'hui participer à ce débat sans dire que je regrette qu'il n'y ait pas eu de consensus, de manière spontanée et immédiate, pour condamner la revendication d'un assassinat par un groupe clandestin. Cela ne nous empêche pas de travailler, mais c'est une occasion manquée qui n'est pas dénuée de conséquences.

- Pensez-vous que le travail de cette commission est concrètement utile ?

- Ce travail est utile d'abord parce qu'il faut diffuser l'information. La démocratie n'est jamais gagnée. L'état de droit, c'est nous qui le construisons tous les jours, qui sommes des membres actifs de cette justice, du respect des règles de base d'une démocratie. En parler, soulever les problèmes, rappeler les principes, c'est toujours très important et participe de la production de la démocratie et de la non-violence.

                                                                               Propos recueillis par Nicole MARI

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Commentaires: 1
  • #1

    Hauteville (mardi, 27 mars 2012 17:16)

    La commission violence fait le pauvre constat...lorsqu'elle s'appellera la commmission PER A PACE IN CORSICA là, naitra l'espérance .