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Ange Santini : « La SNCM à 1 €, ce n’est pas du bluff ! »

 

La proposition de Gérard Couturier, président du conseil de surveillance de la SNCM, de céder la compagnie maritime à la CTC pour 1 € symbolique n’est pas un coup de bluff pour Ange Santini. Mais plutôt le signe d’un ras-le-bol devant les difficultés qui s’amoncellent. Rejetant ce cadeau empoisonné, l’ancien président de l’exécutif exprime ses réserves sur la création d’une compagnie régionale et tacle la majorité actuelle.

- Que pensez-vous de la proposition de Gérard Couturier de céder la SNCM à la CTC pour 1 € symbolique ?
- Lorsque la Corse a rencontré des difficultés, l’exécutif et l’assemblée territoriale de l’époque, Tony Sindali et moi-même, avons fait les choses comme il fallait les faire pour, à la fois, sauver la compagnie, qui était alors nationale, et éviter une rupture de trafic de service public entre la Corse et le continent. Aujourd’hui, je constate que, chaque fois qu’il y a une difficulté à l’assemblée de Corse, les dossiers sont repoussés à la fin de l’année. C’est le cas de l’aérien. C’est le cas aujourd’hui du maritime. Dans ce cadre-là, je peux comprendre, y compris parce que la suspicion a plané sur la transaction entre Veolia et la SNCM, que le groupe majoritaire au capital de la SNCM dise : après tout, si vous estimez que la meilleure manière de résoudre les problèmes de la Corse est de vous occuper vous-mêmes des bateaux, eh bien, on vous prouve que la compagnie n’est pas rentable et pose des problèmes.
- Est-ce, selon vous, un coup de bluff, une provocation ou une intox ?
- Non. Je pense, très honnêtement, que la SNCM pourrait tout à fait se désengager. Je note que l’ensemble des groupes nationaux se désengage de la Corse. Cela a été le cas de la SNCF s’agissant du chemin de fer. C’est le cas aujourd’hui d’Air France que l’on a les plus grandes difficultés à faire rester en Corse. C’est le cas de la SNCM qui ne se désengagerait pas, mais ferait en sorte que 66 % de son capital soient confiés à la CTC. Du côté de l’auteur de la lettre, ce n’est ni du bluff, ni de la provocation, peut-être un ras-le-bol général d’avoir à s’occuper de ce type de problèmes, y compris au sein même de la société au niveau des syndicats, des blocages, des grèves à répétition…
- Vous dites que ce n’est pas du bluff, mais le 1 € ne veut rien dire car il ne tient pas compte des lignes de crédit de fonctionnement !
- Le 1 € ne veut rien dire ou veut tout dire ! Il prouve ce que vaut la compagnie dans ces difficultés. Nous savons très bien qu’un plan social se prépare. L’enveloppe de continuité territoriale a explosé. On ne peut pas maintenir, à la fois, le service public tel que nous le connaissons dans le maritime et dans l’aérien. Le service complémentaire, notamment, est en cause. Sortir, parce qu’il faut le faire, de la Délégation de service public (DSP) du service complémentaire, c’est remettre deux navires uniquement sur le circuit de la concurrence avec les difficultés qui en découleront en termes social et d’emploi. On peut comprendre qu’un groupe, face à ces difficultés, dise : c’est le problème de la Corse, si elle souhaite vraiment gérer elle-même et maîtriser ses transports de A jusqu’à Z, pourquoi ne pas reprendre la compagnie ?
- Faut-il accepter cette proposition ?
- Ce qu’il ne faut surtout pas faire, c’est d’accepter ! Il faut toujours se méfier de ce type de cadeaux qui sont naturellement empoisonnés. Je pense que si la collectivité acceptait, Veolia et sa filiale ne reviendraient pas en arrière. Mais je fais partie de ceux qui n’ont pas l’intention de dire OUI à une telle proposition.
- Etes-vous pour ou contre la création d’une compagnie régionale ?
- Je suis, sur le principe, plutôt réservé. On ne gère pas une compagnie régionale maritime comme on gère une compagnie régionale aérienne. Il faut savoir que, dans l’aérien, la dizaine d’avions d’Air Corsica ne sont pas la propriété de la compagnie. Ils sont loués, affrétés, comme la plupart des avions qui volent dans le ciel mondial. Ce qui veut dire qu’en cas de difficultés, on peut les rendre.
- Ce n’est pas possible dans le maritime ?
- Lorsqu’il s’agit de bateaux, ce n’est pas possible. Les bateaux sont achetés. On ne les trouve pas sur le marché en location, ou alors c’est extrêmement rare. Si une étude sur une compagnie régionale est diligentée, je ne m’y opposerai pas. Mais je ne pense pas que ce soit la solution qu’il faut adopter pour la Corse.
- Que va-t-il se passer lors de la prochaine session de la CTC, consacrée aux transports ?
- Les 22 et 23 mars, la DSP aérienne nous est proposée à l’adoption, mais seulement pour le bord à bord. Nous allons l’accepter. L’adoption de la DSP sur la ligne Corse-Paris est repoussée à la fin de la saison IATA*, c’est-à-dire en octobre prochain. C’est la même chose dans le maritime avec un report d’ici à la fin de l’année de la décision sur la nouvelle DSP. Je peux comprendre que l’exécutif actuel soit embarrassé. Je veux préciser quand même que cela fait maintenant deux ans qu’il est élu.
                                                                               Propos recueillis par Nicole MARI
* La saison IATA est la saison estivale qui va du 30 mars au 25 octobre.

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