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CGT Air France : « L’OTC veut torpiller la DSP »

La prolongation de 7 mois de la DSP aérienne inquiète les salariés CGT d’Air France qui n’en comprennent pas la raison. Pour eux, c’est un prétexte pour torpiller le service public et favoriser l’arrivée des compagnies low costs. Très remontés contre l’OTC, ils demandent que la DSP soit signée sans délai et menacent de frapper fort en cas de desserte au rabais. Explications de Charly Lévenard, secrétaire de la section CGT Air France de Bastia, lors d’une conférence de presse, en présence des Indignés et de la CGT marins

La convention de délégation de service public (DSP) de desserte aérienne entre l'île et le continent arrive à échéance le 25 mars. Les négociations pour son renouvellement n’ayant pas encore abouties, les trois partenaires, Air France, Air Corsica et l'Office des Transports (OTC), ont décidé, le 5 mars dernier, de prolonger la DSP actuelle de 7 mois. Air France devrait assurer les liaisons avec Paris jusqu'en octobre.
C’est cette prolongation, annoncée pourtant par Paul-Marie Bartoli, président de l’OTC, depuis novembre dernier, qui préoccupe tant la CGT Air France.
Haro sur la prolongation
Entourés des membres de son syndicat, des Indignés et de la CGT marins, Charly Lévenard exprime son incompréhension et sa suspicion devant cette prolongation qui, selon la CGT, n’a aucune raison d’être. « A partir du moment où l’assemblée délibérante s’est prononcée le 28 juillet pour des OSP, nous pensions sincèrement que les 22 et 23 mars, il y aurait une délibération qui permette de signer la DSP parce que c’est l’intérêt de notre île. Les négociations durent depuis 4 mois et n’ont pas encore abouti ».
Il s’interroge : « Pourquoi la présidence de l’OTC jette, dans ces négociations, constamment le seul discrédit sur la compagnie Air France ? Elle dit que les exigences d’Air France sont exorbitantes. Mais il s’agit d’abord des exigences d’Air France-Air Corsica ! »
Une subvention déguisée
Le secrétaire de la section CGT Air France de Bastia va alors se livrer à un exercice peu habituel : celui de défendre son employeur sur les fameux points d’achoppement avec l’OTC.
Sur les efforts consentis par l’exécutif et les 11 millions € supplémentaires accordés dans la nouvelle compensation ? « Ces 11 millions sont une subvention déguisée à Air Corsica. 8 millions sont destinés à couvrir les coûts des deux escales Air France, à Bastia et à Ajaccio, et à compenser le prix de l’assistance qu’Air Corsica ne peut pas payer à Air France. 3 millions sont affectés au coût des OSP supplémentaires ».
Sur l’augmentation du tarif résident ? « Depuis 4 mois, Air France et Air Corsica demandaient l’augmentation du tarif résident de 5 € par rapport aux augmentations récurrentes du carburant et une augmentation tarifaire de 10 € parce qu’il manque 10 millions € pour équilibrer les finances d’Air Corsica. Elles ont fait le calcul suivant : dans l’année, 200000 résidents vont voyager, essentiellement sur Air Corsica, à 10 € de plus, cela fait 2 millions € ».

Un faux prétexte
Le deuxième point de discorde concerne les besoins supplémentaires demandés sur Calvi et Figari, besoins déniés par les compagnies qui parlent de « gaspillage ». Là aussi, selon la CCT, un accord a été trouvé.
Donc, Charly Lévenard questionne : « Pourquoi faut-il encore 7 mois pour signer un accord où tout le monde est d’accord ? ». Il affirme que les déclarations de l’OTC sur les fameuses exigences d’Air France sont « fausses ».
Et entend remettre les pendules à l’heure. « Nous ne pouvons plus supporter que l’on fasse porter le chapeau à la compagnie dans laquelle nous travaillons ».
Alors quel est l’intérêt de l’OTC dans tout cela ? Il est, pour la CGT, évident : « C’est un prétexte pour torpiller la DSP. L’OTC ne veut pas de DSP. Il veut un service de base. Et tout le reste serait assuré par les low costs. C’est pour cela que les négociations n’ont pas abouti ».
Des réactions à prévoir
Et le syndicaliste promet de ne pas laisser faire. « Il va y avoir des réactions. Elles ont déjà eu lieu au Conseil d’administration ».
Il récuse, fermement, défendre la compagnie ou les emplois. « Nous sommes là pour défendre la DSP et créer les conditions pour qu’elle puisse s’appliquer. Et quand Air France ne veut pas jouer son rôle de compagnie de desserte publique subventionnée et qu’elle ne veut pas embaucher nos jeunes, on combat Air France ! Comme on va combattre Ryan Air et Easy jet ! On ne fait pas de différence ! Nos ennemis sont ceux qui veulent être les fossoyeurs de la Corse. Si Air France ne s’inscrit pas dans une desserte de service public au service de l’intérêt général, on le combattra comme on l’a toujours fait ! »
Pas de concession sur les Indignés
Et d’avertir que la CGT ne transigera pas sur les Indignés : « Bientôt, on sera 45 en plus. C’est une exigence ! ».
Les négociations sur ce sujet semblent prendre un tour plus favorable. La CGT annonce que, lors d’un comité d’établissement, Air France « a demandé de remettre le dossier à l’endroit. Elle a donc pris conscience que le dossier était à l’envers ! ». Ce qui signifie ? « Au lieu de dire : on ne peut pas prendre les Indignés car on a laissé la coque à terre. On dit : on reprend la coque à terre et on a besoin des Indignés. Et là, tout est réglé ! ».
« Une arnaque »
Précisant que les Indignés ont pris l’engagement de travailler pas seulement sur les ATR, mais aussi sur d’autres avions, Charly Lévenard fait le calcul suivant :  « Les 17 Indignés bastiais coûtent à la compagnie 368 000 € de salaires chargés (taxes sociales et fiscales incluses). La coque à terre, uniquement sur les ATR de Nice, rapporte 770 000 € à l’escale. Donc c’est une arnaque ! ».
Et d’où vient l’arnaque ? « Air France a demandé à la CCM de confier l’assistance de ses vols sur les 12 semaines de l’été 2012 à des compagnies privées. Les prestataires, débordés à cette période, ont négocié d’assurer l’assistance sur 7 mois pendant 3 ans. On est donc en train de créer les conditions pour que tout le trafic supplémentaire soit traité par des compagnies d’assistance qui vont prospérer au détriment des salariés, de la sécurité des vols et du service ».
Une tempête annoncée
Très remonté, le syndicaliste prévient, en réaction aux propos de Luc Bereni, directeur commercial de XL Airways, qui estime que le système actuel de la DSP a atteint ses limites et défend un simple service de base : « Mr Bereni ne se posera pas à Bastia. Jamais de la vie ! D’ailleurs, il doit le savoir. La CGT ne le laissera pas poser ses avions à Bastia. Qu’il ne tente pas ! ».
La CGT entend « frapper fort pour que l’OTC n’aille pas plus loin dans le plan qui se déroule déjà depuis 2002 dans le maritime avec la low cost Corsica Ferries qui est subventionnée. Si on ne fait rien, il y aura 800 marins qui vont passer à la trappe. Et, très prochainement, 500 salariés d’Air France, si on ne réagit pas. Ce qui fait 1300 emplois directs pour la Corse. C’est un séisme social et économique. On ne laissera pas faire. La bataille va faire rage. On est debout. On ne fera aucune concession là-dessus ».
Les syndicats sont, donc, sur le pied de guerre, en mer comme dans l’air. L’avis de tempête, prévu sur le maritime, risque fort de perturber l’aérien et, sauf miracle de dernière minute, la Corse doit se préparer à un printemps mouvementé.
                                                                                                                              N. M.

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Commentaires: 3
  • #1

    Carlu (samedi, 10 mars 2012 08:49)

    Qu'est-ce que "la coque à terre" ?

  • #2

    corsenetinfos (samedi, 10 mars 2012 19:44)

    La coque à terre, c'est l'assistance d'un vol à terre, l'enregistrement, etc

  • #3

    Indignati (lundi, 12 mars 2012 18:38)

    Non ce n'est pas "la coque à terre" c'est la Coque ATR vous avez mal compris...