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La SNCM pour 1 € symbolique : Info ou intox ?

L’offre surréaliste de Gérard Couturier à Paul Giacobbi fait, depuis ce matin, l’effet d’une bombe. Dans une lettre, datée du 5 mars, adressée au président de l'exécutif de Corse et envoyée au quotidien Corse matin, le président du conseil de surveillance de la SNCM propose de céder la compagnie maritime à la CTC pour 1 € symbolique. Coup de bluff ou provocation, florilège des réactions des élus et des syndicats.

Si Gérard Couturier a voulu provoquer, son annonce a eu l’effet escompté.
Depuis sa publication, jeudi matin, dans le quotidien Corse Matin, la proposition du président du conseil de surveillance de la SNCM de céder 66 % des parts de Veolia Transdev à la CTC pour 1 € symbolique, alimente commentaires et déclarations.
Info, intox, coup de bluff ou chantage ? Difficile à savoir.
L’annonce, faite le jour même de l’audition par la commission du développement économique des syndicats et des dirigeants des trois compagnies maritimes dont Marc Dufour, le président du directoire de la SNCM, n’est pas due au hasard. Elle fait suite aux accusations réitérées de spoliation du président de l’exécutif qui se fait fort d’obtenir, d’un Sénat passé à gauche, une enquête sur les conditions de cession de la SNCM, bradée par l’Etat à Veolia. S’y ajoutent la volonté de la CTC de supprimer le service complémentaire qui entrainerait le licenciement de 800 marins et l’impasse sur le paiement des indemnités consécutives à la fin anticipée de la DSP.
Difficile néanmoins d’imaginer qu’une multinationale, comme Veolia, accepterait de laisser courir 280 millions € d’actifs, cédés 35 millions € par l’Etat en 2005 !
Un hold-up mal perçu
On se demandait si Marc Dufour allait cautionner la provocation ou apporter un bémol. A la sortie de son audition, il persiste et co-signe les propos de Gérard Couturier. Rappelant que « L’Etat et un certain nombre d’élus corses ont demandé à Veolia de venir à leur secours dans cette privatisation » et que « Veolia soutient à bouts de bras la SNCM qui est une entreprise difficile, fragile, en train de se reformer », il ajoute : « s’entendre dire que nous avons fait un hold-up sur les biens de la Corse a été très mal perçu ».
Pointant du doigt la nouvelle DSP qui se profile, il met la CTC au pied du mur : « Si le cahier des charges est celui présenté lors de la dernière session de la CTC, nous savons que nous ne pouvons pas mettre en place ce plan et qu’il faut licencier 40 % de l’effectif de l’entreprise. Nous ne pouvons continuer à cautionner des décisions de réduction de volume maritime, ni être comptable d’une suppression de 1000 emplois alors qu’il y a d’autres façons de procéder. Dans ces conditions, nous rendons les clés ».
…Et face à ces contradictions : « A partir du moment où il y a cette solution de créer une compagnie corse qui se heurte à des problèmes de financement. Nous donnons les clés. Il appartient aux politiques corses de prendre les décisions pour la desserte maritime, mais ils devront assumer l’intégralité des responsabilités ».
Une plaisanterie
Une pression que Paul Giacobbi n’a pas apprécié et qu’il a durement condamné : « Ce n'est pas sérieux. La responsabilité d'un entrepreneur n'est pas de dire qu'il s'en va, au prétexte que les choses ne vont pas bien, mais au contraire d'assumer. Gérard Couturier n'est pas qualifié pour proposer cette vente. La collectivité ne saurait accepter ce genre de plaisanterie qu'après un inventaire très approfondi ».
Une proposition grotesque
Paul-Marie Bartoli, président de l’OTC, parle, lui, de : « proposition grotesque et indécente. Quand Mr Couturier dit qu’il céderait la compagnie pour 1 € symbolique, il ajoute, tout de suite, dans la même phrase, sous réserve de régler les avances de trésorerie que l’actionnaire principal Veolia aurait pu faire. Tout ça est dérisoire. Ce sont des effets d’annonces, de communication malsaine alors que l’enjeu est considérable. Nous avons découvert la lettre dans le quotidien en même temps que nous la recevions ce matin ».
Une chance historique
Provocation ou pas, la proposition n’est pas perdue pour tout le monde. Elle est même tombée à point nommé pour Corsica libera, qui s’est empressé de demander au Conseil exécutif « d’accepter sans délai cette offre, qui donne à la Corse, une chance historique de récupérer son bien et de mettre en œuvre une compagnie publique maritime corse ». Les indépendantistes estiment que ce développement inattendu de la situation est l’occasion de « mettre fin aux atermoiements et d’emprunter la seule voie susceptible d’assurer à la Corse la maitrise de ses transports maritimes ».
Quelque soit les manœuvres de cette provocation calculée, dont il est difficile, aujourd’hui, de prévoir les conséquences, elle en dit long sur les relations entre l’actionnaire majoritaire et l’Office des transports (OTC) et sur le climat des négociations en vue de l’élaboration de la prochaine DSP. La direction de la SNCM a déclenché un avis de forte tempête sur la prochaine session de la CTC consacrée aux transports maritimes, qui s’annonçait déjà houleuse. Et il y a fort à parier que le vote, qui devrait intervenir le 22 ou 23 mars, ne fera qu’aggraver la situation. Affaire à suivre.
                                                                                                                                N. M.

La réaction des syndicats

Frédéric Alpozzo jeudi après-midi à Bastia
Frédéric Alpozzo jeudi après-midi à Bastia

Si la proposition ahurissante de Gérard Couturier n’a fait qu’aggraver l’inquiétude partagée des syndicats CGT, FO et CGC quand à l’avenir de la SNCM et de ses marins, elle a, comme on pouvait s’y attendre, réjoui le STC qui y voit « une chance historique pour la Corse ».

Le moins que l’on puisse dire est que les syndicats traditionnels n’ont pas du tout gouté la saveur de la proposition du président du conseil de surveillance de leur compagnie. La première à réagir, la CGT marins, le syndicat majoritaire de la SNCM, à couteaux tirés avec la direction de Veolia, n’a pas caché sa préoccupation.
" Les rats quittent le navire "
« Cette proposition ne fait que confirmer nos inquiétudes. Elle est le signe d’un désengagement complet des actionnaires privés et même publics puisque la Caisse des dépôts fait partie de Veolia Transdev. Il y a des menaces de plan social et de déséquilibre financier du à la concurrence sur le service public. Les actionnaires privés ne veulent pas assumer leurs responsabilités et les charges d’un point de vue social, économique et financier. Les rats quittent le navire. Ils veulent se désengager à tous prix pour laisser supporter à la région la casse sociale et le soutien à la SNCM »  déclare Fréderic Alpozzo.
Le syndicaliste, sur lequel pèse une procédure de licenciement pour faute grave, précise que le montant de 1 € est un leurre : « Le désengagement n’est pas pour 1 € symbolique, car il se fait hors trésorerie, or il faut 100 millions € pour faire fonctionner la SNCM en lignes de crédit. Ce qui signifie qu’il faut 100 millions €, en plus de 1 €, ce qui ne fait déjà plus le même tarif ».
L’Etat sur la sellette
Pour lui, l’enjeu concerne aussi la participation de l’Etat : « Il y a des procédures menées par la concurrence auprès de l’UE sur la partie recapitalisation de la SNCM pour condamner l’Etat français. L’Etat pourrait être condamné à payer des indemnités et ce serait donc un moyen de préparer son désengagement ».
Ne refusant pas le départ de Veolia programmé sur deux ans, il estime qu’elle doit « s’en aller proprement et laisser l’entreprise en état avec tous ses salariés. Ce qui est loin d’être le cas ».
Sur une éventuelle reprise de la SNCM par la CTC : «  C’est toujours mieux le public que le privé, mais ce n’est pas la solution qui réglerait le problème de l’emploi dans l’immédiat et éviterait le plan social. Que l’entreprise vive, dépend en grande partie des choix politiques de la CTC en matière de service public par rapport à la concurrence des compagnies low costs ».
" Une partie de poker "
Pour Paul Giacomoni du syndicat FO, le problème vient de l’Europe. « La commission européenne veut faire sauter les pavillons de 1er registre sur les transports Corse-Continent et ouvrir le marché à une concurrence complétement débridée ».
La solution : « le maintien de la DSP par le monopole d’une seule compagnie bénéficiaire de toutes les subventions, y compris l’aide sociale, un monopole public avec des prix contrôlés. L’enjeu est : va-t-il y avoir deux compagnies pour faire deux trafics différents : une assurant le service de base et l’autre, le service complémentaire pour absorber le flux estival ? ».
Pour lui , subventionner 2 compagnies, l’une à travers les OSP et l’autre à travers l’aide sociale est : « le comble et la perversité du système. Si on ouvre à la concurrence, on ouvre une partie de poker sur un tapis bleu et la mise incluse dans ce jeu, ce sont les hommes qui travaillent, les 800 marins. On ne peut pas continuer ce jeu pervers ».
" Des règles du jeu pas claires "
Inquiétude également au niveau de la CGC où Maurice Perrin se montre, néanmoins, prudent face à un effet d’annonce : « Les règles du jeu n’étant pas clarifiées, la SNCM et la CMN et leurs emplois sont en grand danger. On a réussi à préserver le périmètre d’emplois avec la privatisation. En ce qui nous concerne, on est preneur de tout ce qui conserve ce périmètre d’emplois sur la Corse et le Maghreb. L’avenir est totalement conditionné par les décisions de la CTC ».
" Un juste retour des choses "
Comme on pouvait s’y attendre, le STC marins, en revanche, se réjouit de l’opportunité et saisit la balle au bond. « Nous sommes à un tournant historique pour la Corse. Pour 1 € symbolique, la Corse peut récupérer un matériel naval qu’elle a financé depuis des années via la dotation de continuité territoriale et créer une compagnie régionale. Il faut absolument le faire », estime Romain Chapel.
Quand à la provocation de Veolia, elle est une chance pour le syndicat nationaliste : « Il faut rentrer dans le jeu et l’accepter. Depuis des années, nous disons que Veolia a effectué un braquage en 2005 en s’emparant des navires de la SNCM, le président Giacobbi en tête. Aujourd’hui, on lui propose de tout récupérer. C’est un juste retour des choses. Tout le monde devrait être content et se satisfaire de cette proposition ».
                                                                                                                         N. M.

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Commentaires: 2
  • #1

    sncm (vendredi, 09 mars 2012 09:45)

    article très complet en tout cas. Beau travail.

  • #2

    Suzgn (samedi, 10 mars 2012 09:02)

    Enfin un article clair qui reprend les contributions des différentes parties sur le terrain !