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Assises de Haute-Corse : 12 ans de réclusion

Marie-Ange Luigi a été condamnée  à 12 ans de réclusion criminelle pour violence volontaire avec une arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Son fils, Ange Campretti, reconnu coupable de dissimulation et de destruction de preuves, a été dispensé de peine. Son ex-mari, Michel Campretti, a été acquitté du délit de non-dénonciation. Un jugement de Salomon qui laisse perplexe. Réactions des avocats de la partie civile et de la défense.

Les six jurés de la cour d'assises de Bastia n'ont retenu ni la volonté d'homicide, ni la préméditation dans le meurtre d'Ange Likekot commis par Marie-Ange Luigi. Ils l'ont néanmoins condamnée à une peine, certes inférieure aux 16 ans requis par l'avocat général, mais supérieure à la peine ordinairement attribuée à ce type d'infraction. Ce jugement ambigu, paradoxal, laisse perplexe toutes les parties concernées.
Un jugement de Salomon
"Il est difficile de se prononcer tant qu'on n'a pas la motivation. Les jurés ont écarté l'intention d'homicide et la préméditation. La peine est quand même relativement adaptée. C'est sûr qu'elle ne satisfait pas les parties civiles. Ce n'est pas une peine incohérente. Mais il me semble évident que la préméditation était là, existait, était démontrée. On a du mal à comprendre comment cette préméditation a pu ne pas être retenue. C'est ce qu'on appelle un jugement de Salomon pour satisfaire les deux parties", commente, un peu abasourdie, Me Linda Piperi, avocat de la partie civile.
Une peine forte
Même stupeur chez son confrère, Me Sébastien Sebastiani, qui avait plaidé la préméditation : " Selon nous, c'est ce qui ressort vraiment des éléments du dossier, des éléments factuels, matériels, des dépositions de l'ensemble de la famille, de ceux qui ont assisté à la préparation de cette affaire dramatique. C'était la vérité de la partie civile. Cette décision est, d'un côté, la plus forte dans le cadre de cette session d'assises en termes d'années d'emprisonnement prononcées. De l'autre côté, on a une requalification de l'infraction beaucoup moins importante. Je n'arrive pas à expliquer. J'attends avec impatience de pouvoir lire la motivation de ce verdict".
Ni vainqueur, ni vaincu
Du côté de la défense, Me Gilles Simeoni laisse poindre la même perplexité : " La qualification juridique qui a été retenue, c'est-à-dire principalement l'abandon de la préméditation et la notion de coups mortels, démontre que la Cour d'assises à été convaincue par les explications de Marie-Ange Luigi sur les circonstances du déroulement du drame. Nous avions plaidé avec force et conviction sur l'absence de préméditation parce qu'à notre connaissance, les éléments du dossier permettaient de le démontrer. Sur ce point, nous avons été entendu. Par contre, la peine est haute puisque le maximum prévu par la loi dans ce type de cas est de 15 années de réclusion. Mme Luigi est condamnée à 12 années. Je pense qu'à travers cette décision, les juges ont pris en considération la peine de la partie civile, la douleur de l'absence d'un homme qui a perdu la vie. Tout cela est une tragédie. Et je crois que, ce soir, dans cette affaire, il n'y a ni vainqueur, ni vaincu. La seule chose qu'il faut espérer est que le temps qui passe permette aux uns et aux autres d'apaiser la douleur".
                                                                                                                                   N. M.

Une défense entendue

Un jugement d'autant plus étonnant que la défense avait magistralement retourné la situation après le très long réquisitoire du ministère public qui avait réussi à semer le doute. D'abord par la voix de Me Cynthia Sigrist-Costa, qui plaidait pour la première fois devant une cour d'assises. Avec émotion, sensibilité et un ton juste, elle s'efforce d'expliquer "la trajectoire terrible" et les ressorts psychologiques qui ont conduit sa cliente à tirer ce coup de feu mortel. Récusant toute intention ou préméditation, elle s'inscrit en faux contre le portrait à charge brossé par l'accusation et insiste sur la douleur d'une mère qui voit sa fille dépérir, sur ses appels à l'aide que personne n'entend. "C'est une tragédie parce que si quelqu'un l'avait cru quand elle dénonçait ces violences, on en serait pas la. C'est un dossier douloureux et tragique et c'est surtout dans ce dossier-là qu'il faut mettre l'espoir", conclut-elle.

L'instinct maternel

À sa suite, Me Gilles Simeoni va, avec force et clarté,miner tous les éléments à charge ou présentés comme tels de l'affaire. D'emblée, il dénonce " le caractère monstrueux" de la présence du fils et de l'ex-mari de sa cliente sur le banc des accusés que " l'accusation a voulue" et sur les déclarations desquels elle établit la culpabilité de la prévenue.

Il s'attache ensuite à faire "comprendre le mécanisme du passage à l'acte d'une femme seule, qui a été, auparavant, confrontée à la violence sans jamais y répondre".

Il établit son argumentation sur deux éléments essentiels : la relation entre la prévenue et ses enfants. "Elle porte les stigmates de trois générations de femmes battues. Elle s'approprie la douleur de sa fille". Et les aspects négatifs qui structurent la relation entre la fille de la prévenue et la victime : "la violence et la drogue. L'acte fondateur de leur relation est un cachet d'ectasy. Ce qui porte Marie-Ange Luigi, ce jour-là, c'est l'amour le plus fort et le plus puissant, c'est l'instinct maternel. Elle réagit comme une mère parce qu'elle est au comble de la peur, de la colère et de l'exaspération".

La démonstration, visiblement, fait mouche jusque sur les bancs de la famille de la victime.

La faveur du doute

Me Simeoni va ensuite revisiter et démonter, un par un, tous les éments à charge et les points qui posent problème, vidant l'accusation d'intention d'homicide et la préméditation de leur substance. "Le doute profite à l'accusé. Si vous avez le moindre doute, votre serment vous impose de voter non à la préméditation. Et le doute, ici, est tellement immense". Il rejoue, avec brio, la dramatique scène finale pour démontrer que "Tout va dans le sens des coups mortels". Une requalification de l'infraction qui l'amoindrit considérablement et qu'entendront les jurés. " Vous devez prononcer une peine par rapport aux faits et non en rapport avec la douleur de la famille. Vous avez le devoir terrible de disposer de sa vie", conclut-il à l'adresse de ces juges d'un jour qui l'écoutent avec attention malgré l'heure tardive et la longueur des débats.

Puis, le président Hoareau donne la parole à l'accusée, prostrée sur son banc, qui répète encore : " Je demande encore un grand pardon à la famille d'Ange. Je n'ai jamais voulu le tuer. Lui faire peur, oui, mais pas le tuer !".

Les jurés se retirent près de 3 heures et demi pour délibérer, un temps relativement court pour un jugement en porte-à-faux. Le ministère public et la défense ont dix jours pour faire appel. 

                                                                                                                                                N. M.

 

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