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L'Édito : Les Arabes, les Russes, le Monde et la Corse

2011 s’achève sur une nouvelle crise politique. Après les révolutions arabes, le mouvement des indignés européens ou celui d’Occupy Wall Street, le peuple russe, que l’on croyait endormi, s’éveille à son tour. Les suspicions de fraudes et de corruptions aux élections législatives ont incité des milliers de russes à interpeller les pouvoirs et à demander un changement de régime.

Tous ces mouvements divers ont un point commun. Ils s’attaquent à la légitimité du politique et en appellent à une « démocratie réelle ». L’intuition tocquevillienne serait donc la bonne. La démocratie, fait providentiel, aurait une force inextinguible : « Pense-t-on qu'après avoir détruit la féodalité et vaincu les rois, la démocratie reculera devant les bourgeois et les riches ? S'arrêtera-t-elle maintenant qu'elle est devenue si forte et ses adversaires si faibles ? »

Au milieu de ce monde en mouvement, les élus corses veulent ouvrir une nouvelle réflexion sur les institutions en faveur de l’autonomie. Pour que les citoyens puissent  peser sur le gouvernement des choses, il est légitime que le politique ait un pouvoir plus étendu. Pour autant, aucune voix ne s’élève pour porter la pensée globale d’un projet démocratique. Comme si, ici, elle était une évidence, qu’elle ne souffrait d’aucun mal, que nous en connaissions la formule parfaite. Les différents statuts de la décentralisation ont toujours été marqués par l’impensée démocratique.

Mais savons-nous simplement ce qu’est la démocratie ? Les révolutionnaires de 1789 ne voulaient pas construire une démocratie. Ils lui préféraient un régime à mi-chemin entre l’absolutisme monarchique et la démocratie. Les pères fondateurs de la constitution américaine n’ont jamais prononcé le mot « démocratie », synonyme d’archaïsme et de danger. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, moins de 20% des pays pouvaient être considérés comme démocratiques, au sens minimal du terme (élections et pluralisme). Pourtant, elle s’imposera plus tard comme une évidence.

En réalité,  la construction d’une société démocratique est un processus au long cours. Occident, Orient, Nord, Sud, arabes, russes ou corses, nous sommes tous des apprentis en démocratie. Elle est une expérimentation permanente, faite de tentatives, d’inachèvements et d’incomplétudes. L’Orient veut conquérir les fondements de la démocratie représentative. L’Occident, lui, est en crise car la représentation politique ne suffit plus à satisfaire l’exigence démocratique.

2012 débute et portera la même litanie de maux. Partout, ce lent processus se réenclenche grâce à une société civile qui, même divisée, se bat et croit au changement. Pour les années qui viennent, puissions-nous souhaiter que la démocratie soit à reconstruire et à refonder en tout temps et en tout lieu.                                                                                                             Damien BIANCHI

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