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Puntettu : Dialogue de sourds au conseil municipal de Bastia

Cheval de bataille de l’opposition nationaliste, la réhabilitation du quartier du Puntettu et son lot de démolition a secoué les débats du Conseil municipal de Bastia, mardi. Inseme per Bastia, soutenu par les habitants, a porté la charge contre ce projet qu’elle juge attentatoire au caractère historique et social du quartier. Une charge héroïque, mais bien inutile puisque la majorité municipale a voté, sans états d’âme, la convention proposée

Les habitants du quartier du Puntettu étaient venus soutenir leurs hérauts, espérant qu’ils feraient entendre raison à une municipalité jusqu’à présent bien sourde à leurs très personnelles revendications. Mais c’est bien en vain que les élus nationalistes, par la voix de leur leader, Gilles Simeoni, ont tenté d’exposer leurs opinions discordantes à un projet municipal aux rouages bien huilés.
La première salve avait débuté, le matin même, au cœur du quartier où habitants et élus d’opposition avaient tenté de convaincre du bien-fondé de leurs critiques et de leurs revendications. Histoire de se donner du baume au cœur pour une bataille, dont ils savaient, la première manche, perdue d’avance !
Un programme de rénovation globale
La seconde salve a enchaîné avec un exposé, long et soigné, de Marie-Claire Poggi, Déléguée à la réhabilitation, et de la Directrice du renouvellement urbain, pour présenter le programme de requalification du centre ancien sous son meilleur angle.
Insistant fortement sur l’urgence sociale de réhabiliter un quartier ancien « très dégradé » où « les conditions de vie sont indécentes » et « les problèmes urbains multiples », l’équipe municipale a défini une stratégie « qui consiste à acheter du foncier et à démolir des logements » et des priorités d’interventions entre immeubles à détruire et immeubles à rénover ou à « déconstruire de l’intérieur ».
Le but affiché est « d’améliorer le cadre de vie quotidien, de maintenir la population sur place et de redynamiser le quartier ».
Au final, l’équation municipale se veut équilibrée : « en tout, on démolit 102 logements, dont 70 étant à l’origine occupés et on reconstruit 109 logements ».
Le projet prévoit un mixte immobilier entre logements locatifs, logements sociaux et accession libre à la propriété afin, affirme la Mairie, que « les propriétaires délogés puissent rester sur place ». Le coût global de cette rénovation atteint 31,5 millions d’euros, financé entre-autres par la Ville, la CTC, le Conseil général et des fonds européens.
Une polémique peu appréciée
Ce programme, à la vitrine bien alléchante, ne souffre que d’un inconvénient, celui de ne pas convaincre les résidents. Et c’est là que le bât blesse !
La troisième salve, portée par Gilles Simeoni, a contesté un certain nombre de points (voir interview par ailleurs) avec une précision qui n’a pas été du goût de l’équipe municipale et de son premier magistrat, qui se serait bien passé de la polémique.
Ce ne fut pas une mince affaire pour l’élu nationaliste de se faire entendre et de parler sans être interrompu ! S’en est suivi un dialogue de sourds dont, visiblement, ce Conseil municipal a le secret !
Florilège de propos choisis.
« Nous n’avons eu aucune information », lance Gilles Simeoni. « On perd du temps », réplique, rogue, Emile Zuccarelli. « On ne perd pas du temps, c’est la première fois que nous discutons », rétorque, tenace, l’élu nationaliste. « Soyez bref. On a un ordre du jour chargé », reprend le Maire. « Cela fait trois ans que j’attends pour discuter dix minutes avec vous », riposte Gilles Simeoni.
Et le temps passe, perdu en répliques stériles.
Un appel pas entendu
L’élu nationaliste réussit néanmoins à finir son propos avec des accents de plaidoirie qui furent fraîchement accueillis par la majorité en place. « Nous ne pouvons pas voter ce projet. Nous irons devant les Bastiais pour l’expliquer. Nous sommes au cœur de ce que nous voulons faire de Bastia. Vous êtes en train, non pas de rénover des vieilles pierres, mais d’abîmer de façon irréversible un quartier en termes historique et de mixité sociale. Quand vous aurez voté et détruit, puisque nous sommes cinq opposants contre 32, on ne pourra plus revenir en arrière. Réfléchissez-bien à ce que vous allez faire ». Et Gilles Simeoni d’ajouter : « Je vous ai posé des questions précises et vous n’y avez pas répondu, en feignant de vous draper du manteau de la vertu outragée pour ne pas répondre. Je vous demande, encore une fois, de ne pas détruire des immeubles qui sont habités ».
Priorité  à l’intérêt général
Les applaudissements des habitants présents ont été peu appréciés d’Emile Zuccarelli, dont la réponse fut nette et tranchée. « Si nous ne faisons pas cette opération d’envergure, un jour, on nous reprochera de ne pas l’avoir faite ! Ces opérations, dans leur globalité, sont nécessaires et ce n’est pas le grain de sable que vous pointez qui l’empêchera. Quelquefois des opérations faites dans l’intérêt général peuvent contrarier un intérêt particulier. Nous sommes les défenseurs de l’intérêt général et nous ne sommes pas dans l’argutie, et ce n’est qu’ensuite que nous minimiserons les souffrances de quelques particuliers ». Et le maire de conclure : « Nous avons une responsabilité forte et nous mettons du travail, du financement et des efforts dans ce quartier ». On ne peut franchement pas dire que les habitants présents aient apprécié cette ultime salve de la soirée !
Les élus de la majorité  municipale ont accouru, comme de coutume, prêter main-forte au premier édile, n’améliorant guère l’ambiance des débats. Au final, la convention relative au projet a, comme prévu, été votée. La prochaine salve devrait être préfectorale. Donc, affaire à suivre.
                                                                                                                                 N.M.

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Commentaires: 2
  • #1

    U Palatinu (mercredi, 21 décembre 2011 15:25)

    Peut être l'espoir réside-t-il en une médiation autour d'une table ronde, par un partenaire totalement indépendant de tout choix et toute décision, permettant de rétablir le dialogue entre les différentes parties prenantes, en espérant déboucher sur une décision concertative en espérant satisfaire au mieux chacune des parties prenantes.

  • #2

    Polo (jeudi, 22 décembre 2011 17:53)

    Le centre ancien n'est pas un seul et unique quartier. l'actualité d'un quartier n'est pas figée dans le temps. Les résidents actuels ne font que passer, c'est vrai, mais que lègueront - ils au futur: l'histoire de leur ville ou la "courte vue" sur mer pour quelques bien lotis? Une idée mal fondée ne devient pas bonne parceque des frais importants ont été engagés pour la réaliser. L'enfer dit - on, est pavé de bonnes intentions, et concernant le quartier du Pontetto ou le bien commun, les transformations envisagées actuellement engagent grandement notre population de demain sur le plan financier.
    "Bastia, ville d'Art et d'Histoire", "Bastia, Ville de gauche": Art, Histoire et Gauche Républicaine ont le dialogue pour trait commun. Rappelons-nous en, au besoin....