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Paul Giacobbi : « Notre marge de manœuvre est limitée »

Après le vote du budget à l’Assemblée territoriale, Paul Giacobbi explique, pour Corse Net Infos, les grandes lignes du budget adopté,  sur fond de crise économique mondiale. Le maitre-mot est la rigueur. Malgré la compression des dépenses de fonctionnement et de l’emprunt, le président de l’exécutif entend maintenir les investissements. Il répond aux critiques de l’opposition qui parle d’incohérence et demande un débat de fond sur les transports. 

- Vous venez de présenter un budget de rigueur. Qu'est-ce qui a sous-tendu sa construction ?
- Lors des orientations budgétaires, nous avions défini un cadre établissant que les dépenses réelles de fonctionnement ne devaient pas progresser de plus d'1,5 %. En 2012, elles sont limitées à 1,7 %. Aujourd’hui, nous constatons une grande difficulté à emprunter parce que plus personne ne prête, peut-être encore la Caisse des dépôts. Donc, nous prévoyons, pour 2012, 25 millions d'euros de prêts, mais en annonçant que l'essentiel de cette prévision serait annulée, dès le budget supplémentaire. En définitive, l'emprunt atteindra 7 à 8 millions d'euros et ne sera, de toute façon, pas supérieur à ce qu'on remboursera. Pour maintenir un effort d'investissement, nous n'avons pas beaucoup de choix. Nous devons être très attentif au niveau de l'enveloppe territoriale qui totalise 187 millions d'euros. En 2011, la dépense a dépassé l'enveloppe, dans la mesure où nous avons été  contraints par les délégations de service public (DSP) qui ne peuvent être interrompues avant terme, sauf cas particulier, comme une décision de justice. 
- Comment être sûr de ne pas être confronté  à d'autres déficits inattendus ?
- Nous avons prévu un léger déficit sur l'enveloppe de continuité territoriale, du à  l'application de la DSP antérieure et à des dotations de l’Etat bloquées depuis trois ans. Nous prendrons des décisions dès la session de février pour, lors des renouvellements des DSP, proposer des mesures plus strictes que celles prévues précédemment. Nous avons une capacité  d'agir parce que la DSP a été annulée par la Cour administrative d'appel dans le maritime et arrive à terme dans l'aérien. 
- Vous avez estimé que ce budget était le meilleur possible, étant donné le contexte mondial ?
- Je n'ai pas la prétention de dire que c'est le meilleur budget possible. C’est un budget où  la marge de manœuvre dans les grands équilibres et les grandes masses est limitée. En revanche, Dieu est dans les détails, on peut améliorer les choses en mettant, par exemple, un effort sur telle ou telle part d'investissement.
- Le contexte général de crise économique ne vous gênera-t-il pas ?
- Non. Le contexte général nous gêne parce que, du fait de la crise, l'Etat a bloqué les dotations des collectivités territoriales. Mais nous le savions. Alors nous avons fait des calculs qui nous permettent de dire exactement ce que nous pouvons faire dans les 3 prochaines années pour maintenir un investissement d'environ 170 millions d'euros par an, sans emprunter ou en n'empruntant pas plus qu'on ne rembourse.
- Votre budget a été très critiqué et incompris par l'opposition ?
- Je veux bien que l'on me donne des leçons sur le budget, mais je connais à peu près les finances publiques. Soyons sérieux ! Il y a peut-être des tas de gens qui ne comprennent pas parce que c'est compliqué. Nous nous sommes efforcés d'expliquer.
- L’opposition vous accuse d'incohérence par rapport aux orientations budgétaires ?
- Non. Le budget est cohérent. D'abord, nous avions décidé que les frais de fonctionnement n'augmenteraient que de 1,5 % par an, nous présentons un budget qui prévoit 1,7 %. Simplement, nous avons, en plus, cette année, une dotation exceptionnelle de 11 millions d'euros pour l'Office des transports. Ensuite, nous avions décidé de ne pas emprunter et nous n'emprunterons pas ou très peu. 
- L’opposition fustige la faiblesse des investissements ?
- Quand on ne peut pas emprunter, on ne peut pas investir ! Cela étant, nous investissons autant qu'auparavant.
- Les DSP maritimes et aériennes sont renégociées. Les exigences démesurées des postulants ne grèveront-elles pas le budget ?
- Quand vous êtes concédant, c'est-à-dire que c'est vous qui disposez du service public, c'est quand même vous qui décidez ! Par exemple, sur le ferroviaire, la SNCF nous faisait des propositions excessives, nous avons fait autrement, nous avons créé une SEM.
- Comptez-vous créer une SEM sur chacun des trois secteurs ?
- Pourquoi pas ! Nous faisons ce que nous voulons ! Dans l'aérien, nous avons une société d'économie mixte qui marche très bien. Si nous n'avions que cette société d'économie mixte et Air Corsica, nous n'aurions que des offres raisonnables. La proposition d'Air Corsica est la même qu'il y a cinq ans.
- Et celle d'Air France ?
- Celle d'Air France est excessive, mais nous discutons pour la ramener à un niveau raisonnable. Il faut être deux pour faire un contrat et Air France ne peut pas demander des prix qui excèdent notre capacité financière. Pour trois raisons. La première, c'est que nous n'avons pas les moyens financiers. La seconde, c'est que nous n'avons pas le droit. La troisième, c'est que nous n'avons pas envie de dépenser trop d'argent parce que c'est contraire à l'intérêt général. 
- L’opposition de droite et nationaliste demande un débat de fond sur les transports. Est-il prévu ?
- D'abord, il y en a déjà  eu un. Ensuite, il y a des lois. On ne peut pas avoir un débat opérationnel sur les transports tant qu'on n'est pas dans une procédure de renouvellement de la DSP. L'avoir 4 ans à l'avance ne sert à rien. Nous avons eu un débat de fond sur la DSP aérienne pour préparer le cahier des charges de l'appel d'offres. Deux compagnies ont soumissionné  avec lesquelles nous sommes en négociation. Nous présenterons à  l'assemblée les résultats de la négociation. 
- S'agissant du maritime ?
- Nous aurons un débat de fond opérationnel destiné à dessiner les grandes lignes et les détails de ce que l'on proposera dans la DSP, qui sera soumise aux compagnies dans un appel à concurrence. Nous verrons qui répondra et dans quels termes. Nous avions annoncé que nous mettrons fin au service complémentaire avant que la Cour administrative d'appel l’ait déclaré illégal. C’est un changement économique considérable.
                                                                                            Propos recueillis par N.M.

 

         DEMAIN : Paul Giacobbi : « Nous pouvons modifier la Constitution »

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