Flèche bas Flèche haut

Liens utiles

CTC : La poudrière des transports

Comme on pouvait s'y attendre, c'est l'actualité qui a nourri le débat, jeudi, lors de la dernière session de l'Assemblée de Corse. Tant au niveau des questions orales que lors des longues discussions sur le budget primitif 2012, le transport a eu la primature, Avec une certitude : le problème est loin d'être réglé, le secteur est plus que jamais assis sur une poudrière.

Les premières questions orales ont d'emblée donné le ton.
L'opposition, de droite comme nationaliste, a ouvert le feu sur la problématique maritime et sur l'annonce par Veolia, le 6 décembre dernier, de sa volonté de se départir, d'ici à 2014, de son activité transport. La cession des actifs de Veolia Transdev, qu'elle détient à parité avec la Caisse des dépôts et consignations, laisse peser une incertitude sur l'avenir de la SNCM, dont cette société est l'actionnaire majoritaire. Nul ne sait aujourd'hui ce qu'il adviendra de ces 50 % du capital, même si Veolia évoque des scénarii possibles de reprise, dont un rachat par la Caisse des dépôts et d'autres actionnaires industriels ou financiers.
Cette annonce intervient après deux décisions de justice déjà pénalisantes. L'une, datant d'avril dernier, ordonne à l'Office des transports (OTC) de signer une convention avec la Moby Lines sur l'aide sociale. L'autre, plus récente, invalide la DSP maritime actuelle et oblige l'OTC à présenter une nouvelle mouture d'ici à septembre 2012.
Un feuilleton rocambolesque
Parlant de "feuilleton rocambolesque des liaisons maritimes entre la Corse et le Continent" et de "déclarations sinueuses de l'exécutif", Jean-Jacques Panunzi interpelle également ce dernier sur "l'annonce de la possible création d'une SEM régionale partielle" et sur "le calendrier précis" qui sera mis en place en 2012 pour un débat "en profondeur et sereinement des politiques des transports maritimes".
Lui emboîtant le pas, Jean-Christophe Angelini remet, en plus, sur la table la question de la création d'une compagnie régionale. Se demandant " où en est l'étude de faisabilité technique et financière" promise par l'exécutif, il estime que le temps est venu "d'imaginer les contours d'un nouvel opérateur de transport maritime, dans lequel la Caisse des dépôts et la puissance publique (CTC, collectivités locales) prendraient leur juste place et seraient plus adapté à nos intérêts fondamentaux".
Pas de SEM dans l'immédiat
Paul-Marie Bartoli tentera de noyer les questions, faute d'avoir de réponses à apporter. N'appréciant guère les qualificatifs de "rocambolesque" et de "sinueuse" asséné par l'élu de droite, le président de l'OTC dénie toute responsabilité dans la situation actuelle en n'excluant rien pour l'avenir.
Concernant la SEM, il estime que sa création, en l'état actuel, serait "une erreur. Avec quels partenaires la construire ? Avec quels bateaux l'assurer ? Avec quel argent la financer ?". Il faut, selon lui, attendre la fin de la prochaine DSP pour "peut-être prévoir une SEM économiquement viable, mais pas ex-nihilo. Nous ne pouvons pas engager les finances de la CTC dans une telle aventure sans garantie aucune".
Concernant la Moby Lines, une convention a été signée, la compagnie a reçu la somme de 808 764 euros, mais a fermé sa ligne Bastia-Toulon en février 2011. Concernant Veolia, l'OTC a saisi le ministère des Transports et une rencontre est prévue la semaine prochaine. Son président confirme que la nouvelle DSP ne sera pas prête en septembre 2012 et qu'une convention transitoire devrait apporter un délai supplémentaire. Il renvoie les réponses à la prochaine session de l'assemblée, fin janvier, où seront dressés un état des lieux de la desserte maritime de l'île, un bilan des négociations en vue de la nouvelle DSP et des solutions de gestion, dont la SEM.
Le président de l'OTC avoue enfin son impuissance dans le conflit entre Air France et les "indignés". Répondant à Jean-Baptiste Luccioni qui demande à la CTC de saisir la compagnie aérienne pour savoir si "un terrain d'entente est encore possible", il affirme l'avoir fait mais reconnait une absence totale d'information et de communication avec la compagnie nationale.
Turbulences sans fin
Le problème des transports a ensuite émaillé le long débat sur le budget, que ce soit sur le déficit de l'OTC, sur la prime exorbitante accordée au maritime et à l'aérien ou sur les incertitudes de fond qui minent l'avenir des trois secteurs.  "Nous avons trois bombes à retardement dans le transport : le maritime, l'aérien et le ferroviaire. Croyez-vous que la suppression du service complémentaire va passer comme une lettre à la poste ! Il y a un malaise dans le maritime. Dans l'aérien, rien n'est acquis avec le déficit structurel d'Air France en Corse. Le problème du ferroviaire est loin d'être réglé avec la création de la SEM", résume brutalement, Ange Santini.
Face à ces interrogations cruellement récurrentes qui restent sans réponse, le transport ne semble pas prêt d'émerger de la zone de turbulence qu'il traverse à tous les niveaux. Il parait peu probable que le début d'année apporte plus de clarification à un secteur où l'OTC a de plus en plus de mal à garder la maîtrise de la manoeuvre. L'opposition de droite, comme les Nationalistes, ont rappelé l'urgence d'engager un débat de fond sur ce secteur.

On se demande comment, au vu des derniers épisodes, tant dans le maritime que dans l'aérien, la Corse pourrait se permettre d'en faire l'impasse. 
                                                                                                                                   N. M.

Écrire commentaire

Commentaires: 0