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Hyacinthe Mattei : « Les militants socialistes ont voté contre l’investiture du député PRG sortant »

Depuis sa brutale éviction de la présidence de la Commission des Finances, Hyacinthe Mattei, conseiller général de L’Ile-Rousse, est entré  en dissidence. Devenu le plus virulent opposant à la majorité départementale dont il est issu, l’élu socialiste dénonce la "fausseté du budget 2012" et "le système mis en place au Conseil général de Haute-Corse". S’il entend faire la campagne de François Hollande, il juge prématuré de parler de son éventuelle candidature aux élections législatives tout en rappelant que le PS local a voté contre les investitures PRG.

- Pourquoi dénoncez-vous le budget 2012 du Conseil général de Haute-Corse ?
- Je le dénonce parce qu’il est insincère. Les dépenses sont minorées et les recettes majorées. Par exemple, les dépenses de personnels se situent dans le budget à 49,5 millions d’euros. Or, ce chiffre n’intègre pas des dépenses cachées dans d’autres chapitres. En additionnant ces dépenses, le total atteint 50 millions d’euros. Il y a donc une erreur. En plus, les charges patronales sont également minorées. Elles augmentent considérablement, de plus de 2 millions d’euros. Cette augmentation provient des embauches excessives intervenues entre le deuxième semestre 2010 et l’année 2011 et qui se retrouvent dans le budget de cette année. 
- Pourquoi le Conseil Général cacherait-il ces embauches ?
- Nous sommes à la veille d’élections importantes et il faut peut-être les cacher. En tous cas, la réalité est là. Les chiffres sont têtus. Ils me donnent totalement raison.
- L’exécutif rétorque que le budget 2012 est quasiment identique à celui que vous avez fait, il y a un an. Que répondez-vous ?
- Ce n’est pas le président de la Commission des finances qui donne les orientations budgétaires et fixe le budget, c’est l’exécutif. La Commission des finances ne donne qu’un avis. L’an dernier, quand j’étais encore président de cette Commission, j’ai dit au président du Conseil général que son budget était insincère, que je ne pouvais pas le présenter tel qu’il était et qu’il fallait le modifier. Et je l’ai modifié en présence des présidents de commissions et de membres de l’opposition. Les dépenses étaient minorées et établies à 11 millions d’euros pour avoir un budget équilibré. Je les ai augmentées de 7 millions. Cette année, la même chose recommence, seulement, comme personne au niveau de la Commission n’a stoppé le budget, il a été présenté. Certes, ce n’est qu’un budget prévisionnel mais le compte administratif 2012 nous dira qui a raison !
- Pourquoi allez-vous intenter un nouveau recours devant le Tribunal administratif ?
- Parce qu’il y a tout un monde entre le discours tenu et la réalité. L’exécutif se comporte en vrai propriétaire, comme si le département lui appartenait. Il n’exécute pas les décisions de l’assemblée départementale. Par exemple, des classes de découvertes sont venues séjourner sur le complexe sportif de Monticello. L’exécutif ne veut pas payer la subvention prévue. L’année dernière, il a supprimé la fête du sport sous prétexte qu’il n’y avait pas d’argent mais, en réalité, parce que la fête se passait à Monticello. Or, je n’avais rien demandé, c’est l’exécutif qui m’avait demandé d’accueillir cette journée parce que ma commune possède un complexe sportif. L’Aquaparc a été annulé sur la plage d’Ile Rousse et a eu lieu ailleurs. 
- Est-ce les pratiques anti-démocratiques dont vous parlez ?
- Oui. C’est une multitude de mesquineries quotidiennes. Les engagements de l’assemblée ne sont pas tenus. Il y a pire : des subventions sont attribuées mais, parce que les gens ne rentrent pas dans le système, on ne les verse pas. Je ne dis pas que c’est le fait du président, qui exécute certainement des ordres, mais c’est quand même lui qui est responsable.
- Qui donne ces ordres ?
- C’est le cabinet qui fait tout.
- Vous dénoncez un système dont vous faisiez partie. On vous reproche d’en avoir profité.
- Je l’ai toujours dénoncé. Depuis 2009, j’ai dit que je n’étais pas d’accord. Si vous relisez mon intervention de l’époque, je disais déjà qu’à cause de la réforme de la fiscalité locale et de la taxe professionnelle, il fallait faire attention et réduire les dépenses de fonctionnement, notamment de personnels. Or, on a fait le contraire, on a embauché massivement. C’est normal qu’après, il y ait des problèmes budgétaires. En 2009, j’ai repris ma liberté de parole parce que je n’arrivais pas à faire passer ces messages en interne. 
- Est-ce pour cela que vous avez été évincé de la commission ?
- C’est certain. Il y a des gens qui ne pensent qu’à prendre la place. C’est le système. Moi, je n’ai pas l’habitude de mettre le petit doigt sur la couture du pantalon, donc je gênais. 
- Vous êtes devenu le principal opposant à la majorité départementale. Trouvez-vous normal de faire le travail de l’opposition, singulièrement peu audible ?
- Je ne voudrais pas me prendre pour un autre. Je connais bien ces problèmes financiers et budgétaires, c’est pour cela que je fais une analyse peut-être plus fine, plus réaliste que mes collègues de droite. 
- On parle de votre candidature aux élections législatives, couplée avec François Tiberi. Etes-vous candidat ?
- C’est prématuré. Il n’y a pas de ticket avec mon collègue François Tiberi. Pour l’instant, ce qui m’intéresse, c’est l’élection de François Hollande à la présidentielle. 
- Si vous ne vous présentez pas, allez-vous soutenir le candidat PRG ou le candidat de droite ?
- Non. Il ne faut pas se tromper. Je suis socialiste depuis 1971. Même si géographiquement, maintenant, je suis du côté de l’opposition, je suis un homme de gauche et je reste à gauche. Là-dessus, je n’ai pas de leçons à recevoir de certains, qui se présentent à gauche et qui, en même temps, soutiennent la politique du président de la République et l’excusent. 
- Donc, vous soutiendrez le candidat de gauche, c’est-à-dire Paul Giacobbi ?
- Il peut y en avoir d’autres. Ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est que les militants socialistes ont voté contre l’investiture du député PRG sortant.
-J ustement, que pensez-vous des tensions entre le PS et le PRG sur les investitures que ce soit en Haute-Corse, comme en Corse-du-Sud ?
- Cela crée un malaise. Un accord entre le PRG national et le PS national a effectivement réservé trois circonscriptions au PRG, mais il y a le PS national qui prend des décisions et le PS local où les militants peuvent se déterminer autrement. Nous sommes dans des partis, nous devons être disciplinés, donc nous le serons jusqu’aux présidentielles qui est l’élection majeure et nous ferons tout, avec mes collègues bastiais, pour faire triompher notre candidat. Après, nous verrons !
- Donc, il n’est pas acquis que vous soutiendrez les candidats PRG ?
- Je répète : localement, les militants ont voté contre. Je respecte les décisions de mon parti au plan national, mais j’ai aussi mes convictions. Je ne veux pas extrapoler sur l’avenir mais il y a, quand même au niveau local, un contexte dont je tiendrais compte. 
                                                                                              Propos recueillis par N.M.

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Commentaires: 1
  • #1

    MONTICELLO (mercredi, 14 décembre 2011 11:11)

    homme de confiance qui a toujours pu garder la tete haute!!!!
    BRAVOOOOO