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Transports : les maires invités à faire preuve de courage politique

Une partie des maires de Haute-Corse rassemblés récemment à la préfecture
Une partie des maires de Haute-Corse rassemblés récemment à la préfecture

La nouvelle DSP maritime ne sera pas prête pour le 1er septembre 2012. Les grévistes ne pourront plus prendre les ports corses en otage. Ce sont les deux annonces surprises faites lors du 3ème Congrès des maires de Haute Corse, qui s’est tenu ce samedi à Santa Lucia di Moriani sur le thème du transport. A part cela, tous les acteurs des secteurs maritimes, aériens et ferroviaires, sont venus expliquer aux maires et aux élus municipaux, ce qu’ils savaient déjà. Avec en prime, un consensus sur l’intermodalité et un appel au courage politique pour résoudre ce crucial et si épineux problème.

« Les transports sont le tendon d’Achille de la Corse. Il n’y a pas de baguette magique. Nos prédécesseurs ont fait de leur mieux, il faut avoir l’humilité et la franchise de le dire. Ce n’est pas facile et on n’a pas le droit de jeter la pierre à quiconque », lance Paul-Marie Bartoli, président de l’Office des transports, en guise de préambule à ce 3ème Congrès des maires de Haute-Corse qui se proposait d’informer les élus locaux sur la problématique du transport.

Le ton était donné, il sera repris par les responsables des compagnies maritimes, aériennes et ferroviaires, les représentants des syndicats et de la Collectivité territoriale venus exposer leurs points de vue, souvent divergents, et répondre aux questions des édiles locaux.

Ces débats, organisés autour de tables rondes, n’auront rien apporté de bien nouveau, sinon de réitérer l’urgence de trouver rapidement un consensus entre des acteurs qui visiblement peinent à s’entendre. Trois dossiers épineux mais cruciaux pour le développement économique de la Corse ont été abordés. 

Tempête annoncée dans le maritime
D’abord, les participants ont débattu sur la future délégation de service public (DSP) maritime qui doit entrer en vigueur le 1er septembre 2012, mais l’Office des transports craint que le temps imparti soit trop court. Il envisage donc de prolonger l’actuelle DSP, attribuée au duo SNCM-Méridionale, de neuf mois pour assurer la transition, le temps d’élaborer la prochaine DSP. L’objectif est de réaliser un cahier des charges consensuel qui reflète les desiderata insulaires.

Cette prorogation n’est pas une surprise en soi tant il semblait peu probable que l’Office des transports tienne le délai prescrit par la Cour d’appel administrative de Marseille qui a annulé la DSP 2007-2013 après la plainte de la Corsica Ferries.
La surprise est venue d’une autre annonce faite par Paul Marie Bartoli qui avait fort peu goûté le blocage des ports insulaires en inauguration de sa présidence. Estimant « qu’il n’est plus question de prendre la Corse en otage », il demande aux compagnies candidates à la future DSP de trouver un accord d'entreprise obligeant chaque gréviste à se déclarer quatre ou cinq jours avant le début du mouvement de grève pour éviter la paralysie du trafic.
La proposition a fait bondir les syndicats présents, notamment le STC, qui y voient une atteinte au droit de grève. Alain Mosconi, représentant du Syndicat corse, propose plutôt « la création d’une cellule de prévention des conflits qui serait activée quand le dialogue social serait en panne et atteindrait le seuil critique de la grève ». 

Perturbation sur l’aérien
Ensuite, François Mosconi, président du Conseil de surveillance d’Air Corsica, a expliqué les enjeux de l’élaboration de la nouvelle DSP aérienne sur les lignes entre la Corse et le continent. Les négociations en cours avec Air France et Air Corsica, les seuls candidats à cette DSP, risquent d’être serrées entre, d’une part, les impératifs de service public et d’autre part, le souci de rentabilité des compagnies. En ligne de mire, les escales de Calvi et Figari et la hausse des prix des billets résidents, tout cela sur fond de conflit social où le droit bute sur une impasse économique.

L’Association des maires de la Haute-Corse a voté à l’unanimité une motion de soutien aux 45 personnels d’Air France qui attendent d’être titularisés et demande à Air France d’appliquer les décisions de justice. 

Le mythe du ferroviaire
Enfin, Philippe Charlot, Directeur des chemins de fer de la Corse, a dessiné les contours de l’après SNCF dans le transport ferroviaire. Suite au désengagement de la compagnie nationale, la CTC a adopté, en octobre dernier, un nouveau projet de gouvernance basé sur une Société d’économie mixte (SEM), dont elle est l’actionnaire principal. Cette SEM sera mise en place en janvier 2012.
Au menu également, le projet de la fameuse ligne de chemin de fer qui relierait le Nord au Sud, Bastia à Bonifacio. Un projet qui, dans un contexte de désengagement de l’Etat et de disette financière de la CTC sur fond de spéculation foncière, tient plus du mythe que d’une possible réalité. Un mythe que les maires des communes concernées espèrent pourtant voir un jour se réaliser tant il semble un outil essentiel du développement économique durable du territoire. Mais tous savent que, sans une vraie volonté politique partagée et consensuelle, le train du Nord n’atteindra jamais l’Extrême Sud. 

Une continuité  territoriale européenne
Dans le sillage de ce lien entre Bastia et le Sud de la Corse, Les participants ont également défendu l’idée d’un dispositif qui créerait une continuité territoriale européenne, voire une complémentarité de services entre la Corse et la Sardaigne. Paul-Marie Bartoli a évoqué une « continuité territoriale inter-iles » et les problèmes de la liaison entre Bonifacio et Santa Térèsa di Gallura. L’Office des transports affiche son inquiétude devant l’obsolescence des navires qui assurent la traversée et la diminution des fréquences et des passagers dont le nombre a chuté de 300 000 à 230 000, soit 70 000 passagers en moins en sept ans. Il propose que des compagnies maritimes viennent se positionner sur Bonifacio, comme la Méridionale l’est sur la ligne Propriano-Porto Torres.

Un service unique nustrale
L’intermodalité des transports a été également au cœur des discussions. Tous les acteurs présents ont insisté sur la nécessité de mettre en place un système multimodal avec une complémentarité entre l’aérien, le maritime et le ferroviaire.

Pensé sur des stratégies globalisantes qui renforcerait un maillage fort du service public, il permettrait non seulement de développer l’économie des territoires qui ne bénéficient pas aujourd’hui de ces services, mais également d’intégrer le marché européen. « Le service public, que nous voulons, n’est pas un service public efficient dans l’aérien, même si on s’en félicite, ce n’est pas un service public efficient à construire dans le maritime, ce n’est pas un service public que l’on doit soutenir par nécessité et par volonté politique dans le ferroviaire, c’est l’addition des trois, c’est un service unique nustrale au service des Corses », a déclaré Alain Mosconi.

Du courage politique
Cependant, malgré les DSP maritime et aérienne et le développement du ferroviaire, le problème des transports n’a pas été résolu en 20 ans. La faute à une mauvaise utilisation du PEI. « On s’est arrangé, toutes tendances confondues, pour déspécialiser la manne du PEI », regrette le patron de l’Office des transports. Censé financer des infrastructures lourdes comme les transports, les routes, l’eau et l’assainissement pour rattraper le retard accumulé par la Corse, il a servi à « financer des pelouses synthétiques, même à Propriano », avoue, sans détour, son maire.
Pour s’en sortir et rattraper le retard, pour résoudre rapidement ce problème vital et permettre enfin le développement économique, Paul-Marie Bartoli appellera, en guise de conclusion, les maires présents à faire preuve de courage politique. « Il faut qu’on ait le courage politique de mettre en parenthèse, pendant une décennie, nos différences et nos divergences entre la droite, la gauche et les nationalistes, que l’on soit capable de se concentrer sur une politique de grands travaux ».

Le courage d’être capable de dépasser les petits intérêts communaux, si particuliers, pour se soucier de l’intérêt général.

Ne ne plus jamais demander de financement pour une pelouse synthétique au titre du PEI ! A deux ans des élections municipales, c’est plus que du courage, c’est de l’abnégation !
                                                                                                                               N. M.

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