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François Sauvadet :«Je suis venu tenir mes engagements»

C’est en présence de Sauveur Gandolfi-Scheit, de Camille de Rocca Serra et d’Emile Zuccarelli, que François Sauvadet, ministre de la Fonction publique, a rencontré, jeudi matin, les élèves de l’Institut régional d’administration de Bastia (IRA) et s’est prêté, avec bonhommie, au jeu des questions – réponses. Il s’est employé à rassurer ces futurs fonctionnaires, inquiets des conséquences de la réforme des politiques publiques. La rencontre avec les organisations syndicales, qui a duré plus de deux heures, a été nettement moins consensuelle.
Interview.
 

- Quel est le but de votre voyage en Corse ?

- Je suis venu tenir mes engagements et annoncer une revalorisation de 1,6% des indemnités compensatrices des frais de transport. L’arrêté est paru ce matin. Lorsque cette question m’a été posée, il y a deux mois, j’avais indiqué aux syndicats, comme aux élus, que nous regarderions dans quelles conditions nous pourrions effectuer une revalorisation plus systématique. Dans le contexte actuel particulièrement difficile, faire cette revalorisation et prendre l’engagement de la rendre systématique est un signal fort adressé à l’ensemble des fonctionnaires de Corse.

- Les syndicats prétendent que c’est insuffisant ?

- Franchement, je m’interroge. J’observe que le comité interministériel de l’action sociale à Paris a voté, à l’unanimité, les budgets que je lui ai proposés. Donc, il va falloir être clair. Si j’étais revenu en disant : « les contraintes sont difficiles, on ne peut pas revaloriser », j’aurais compris que les syndicats manifestent leurs sentiments. Mais là, je reviens avec un rattrapage de + 0,8 % pour 2010 et une prise en compte de + 0,8 % pour cette année, soit une revalorisation de + 1,6%, qui succède à une augmentation de 10 % en 2009. Je comprends qu’on veuille toujours plus, mais il faut être raisonnable. Dans le contexte extraordinairement difficile que nous traversons, le gouvernement prouve sa volonté de prendre en compte les aspirations des fonctionnaires tout en tenant compte de la réalité budgétaire. 

- La réunion avec les syndicats s’annonçait houleuse. Comment s’est-elle finalement passée ?

- Ce fut un entretien très constructif, qui a duré assez longtemps. Il y a des points de convergence. Chacun a convenu de l’effort qui a été fait sur l’indemnité compensatrice de transport. J’ai donc pris l’engagement de réunir un groupe de travail avec le préfet et les collectivités territoriales qui permettra d’indexer, chaque année, cette prime au coût réel généré par l’évolution des transports. Toutes les organisations syndicales ont accepté le principe de participation à ce groupe de travail. Je redis ma confiance dans la mission qui est conduite. Mais l’avenir de la Fonction publique n’est pas un débat seulement syndical, c’est un débat que nous devons avoir avec le gouvernement et avec la société tout entière.

- Justement, la réforme de la politique publique est très mal perçue par les fonctionnaires.

- La réforme n’est pas une menace, mais une nouvelle chance. Tous les pays ont été appelés à faire des efforts et les pays, qui n’ont pas fait les efforts que nous avons fait de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, sont ceux qui baissent les traitements et les pensions et taillent dans le vif de la Fonction publique. Ils se retrouvent obligés de prendre des mesures drastiques : licenciement de 300 000 fonctionnaires dans les trois ans en Angleterre, baisse de 5 à 10% de traitement en Italie et en Espagne. Ce n’est pas le cas en France où la moitié des économies réalisées a servi à la revalorisation de la situation des agents. De plus, la réforme ne s’est pas appliquée de la même manière partout. En Corse, qui compte 12000 fonctionnaires, nous tenons compte de l’insularité, de la situation particulière de cette région. Certains secteurs, comme la justice et l’éducation, n’ont pas perdu d’effectif. Il y a 540 000 élèves de moins qu’en 1990 et 34 000 professeurs de plus. Il faut dire la vérité à nos compatriotes !  

- Vous avez rencontré  les élèves de l’IRA. Teniez-vous à les rassurer ?

- Non. J’ai tenu à rencontrer les élèves de l’IRA parce que c’est une belle et grande école de formation de nos cadres fonctionnaires. J’ai vraiment trouvé des jeunes et des toujours jeunes très motivés et très responsabilisés. Ce sont les manageurs de demain, ceux qui mettront en place une fonction publique qui naturellement a changé parce que la société a changé. Les usagers ont accès maintenant à un certain nombre d’informations par ordinateur, par Internet. Regardez, par exemple, la dématérialisation pour les cartes grises. Nos compatriotes veulent avoir une fonction publique efficiente, efficace, forcément en mouvement.

- Mais les élèves ont exprimé leur inquiétude dans les questions qu’ils vous ont posées…

- Bien sûr qu’il y a de l’inquiétude pour l’avenir parce que le contexte international est difficile. En même temps, l’inquiétude n’est pas une réponse politique. Il faut être responsable ! Notre responsabilité est de prévoir un avenir garantissant la cohésion sociale et territoriale en France pour l’ensemble des territoires. Ce n’est pas rendre service à la fonction publique de ne pas aborder avec responsabilité la période difficile que l’on traverse.  

- Vous dénoncez l’annonce de François Hollande de vouloir créer 60 000 postes de fonctionnaires…

- Ceux qui affirment vouloir créer des postes supplémentaires mentent à la fonction publique et à la société française toute entière. Je souhaite que l’on tienne un langage de vérité. Oui, il y aura des mutations ! Oui, il y aura de changements ! Oui, il y aura des adaptations ! Elles sont nécessaires pour garantir l’avenir du service au public. Voilà l’enjeu. 

- Si le gouvernement change, pensez-vous que votre réforme pourrait être remise en cause par la gauche ?

- Je suis là comme ministre de la Fonction publique. Je suis venu rencontrer les agents de la Fonction publique et les syndicats. Je suis, tout entier, concentré sur cette mission. Les élections viendront en leur temps. 

                  Propos recueillis par N.M.

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