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Nouveautés littéraires et confessions féminines

J'ai déserté le pays de l'enfance, Sigolène Vinson, éditions Plon

 

« Si, comme les éléphants, les poètes avaient un cimetière, ce serait ici ». Cet endroit, c'est l'Afrique et Djibouti, l'ailleurs déserté  et regretté par la narratrice à la fin de son enfance. Avocate à Paris, le personnage principal, S.V, double à peine caché de l'auteur, Sigolène Vinson, ne supporte plus sa vie dans la capitale, les métros, le ciel gris et lourd et surtout son métier. Elle qui aurait voulu défendre la veuve et l'orphelin se retrouve à plaider pour des entreprises qui licencient.  

Ce roman analyse ce passage, difficile, des aspirations adolescentes aux réalités adultes. Pour S.V, les souvenirs d'enfance s'accompagnent d'odeurs de mer, d'images d'Afars et d'horizons infinis synonymes de liberté.  

Mais pour la narratrice, la distance entre l'enfance et la vie adulte, les souvenirs et l'abrupte réalité est insurmontable, angoissante et la mène tout droit à l'internement psychiatrique. Ce moment de pause, de vide, est surtout un moment de réflexion. Le retour en Afrique, si désiré, si évident est un passage incontournable. Ce n'est que par là que le personnage peut tenter de retrouver un équilibre, d'accéder à une renaissance. Le récit devient alors une sorte de roman d'apprentissage à rebours : le retour aux origines permet à la narratrice de grandir car elle confronte le pays rêvé de l'enfance à cette nouvelle terre qui lui devient étrangère et qui a perdu de sa pureté. 

Sigolène Vinson a repris là un thème éminemment romantique, la confrontation des « grands rêves » aux « petites réalités », comme le disait Sainte-Beuve. Thème romantique et si souvent traité qu'il n'était pas facile d'en éviter les écueils. 

Si l'on peut être déçu par le dénouement attendu et deviné par le lecteur dès le début du roman, l'auteur s'en sort toutefois par une écriture de l'angoisse juste et pertinente et par une évocation  poétique de la nostalgie et du souvenir. 

L'aimer ou le fuir, Delphine de Malherbe, éditions Plon

 

Delphine de Malherbe, dans L'aimer ou le fuir, offre sa plume à l'écrivain Colette dans une fausse autobiographie qui prend la forme surprenante d'une confession orale. Forme surprenante qui correspond à une situation qui ne l'est pas moins car Colette ne sait si elle doit aimer ou fuir son jeune beau-fils : le fils d'Henry de Jouvenel, son mari. 

Emportée dans cet engrenage amoureux, cette Colette-Phèdre  ne trouve d'autre moyen que la réflexion et la psychanalyse pour sortir de ce qui ressemble fortement à une trame de  tragédie grecque. 

D'abord réticente à cette nouvelle pratique, l'auteur s'y livre peu à peu. Cette confession, qui ne laisse entendre que la voix de Colette, aurait pu être rébarbative si elle n'avait été entrecoupée de moments de la vie de l'écrivain. On la découvre tour à tour femme soumise à Willy, son premier mari volage, danseuse de cabaret et surtout écrivain confronté à la difficulté de la création. Certes, sous la voix de Colette se cache la plume de Delphine de Malherbe, mais l'ouvrage est documenté, l'auteur s'appuie sur des éléments réels de sorte que le lecteur se croit en tête à tête avec la créatrice des Claudine. C'est pourquoi on ne peut que regretter l'intrusion dans le texte de quelques anachronismes qui rompent, parfois, cette illusion et rappellent brutalement que Colette n'est ici qu'un personnage fictif. 

Malgré cela, Delphine de Malherbe réussit là un tour de force, d'abord par l'originalité de la forme romanesque, ensuite par son écriture qui rend  la parole de Colette vivante et moderne. 
                                                                                                      Lucie CANCELLIERI 

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