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Joseph Castelli : « Le temps des largesses est fini »

Joseph Castelli, président du conseil général de Haute-Corse fait, pour Corse Net Infos, tout à la fois le point sur les lignes d'orientations budgétaires pour l'année à venir, sur les choix que la collectivité sera contrainte d'effectuer au plan des économies, sur les aides aux associations et sur les "prêts toxiques" notamment. Au sortir d'un débat qui l'a opposé à Hyacinthe Mattei, il ne pouvait ne pas évoquer cette confrontation, qui est désormais permanente, avec le conseiller général de l'Ile-Rousse.
Interview.

- Quelles sont les grandes lignes des orientations budgétaires pour 2012 ?
- Ces orientations tiennent compte de la crise mondiale qui va s’accentuer, du gel des dotations de l’Etat et de la réforme de la fiscalité locale qui vont grever d’autant les finances de toutes les collectivités locales, pas seulement celles du département. Nous sommes obligés de faire des choix quand à nos dépenses futures. Parallèlement, nous devons aller vers la recherche d’autres financements, notamment par la contractualisation de certains crédits avec la CTC.
- Quels types de financements ?
- Nous trouvons des recettes supplémentaires directes ou indirectes par des conventions que nous passons avec la CTC. En matière routière, la CTC va prendre en charge 60 millions d’euros sur quatre ans par deux conventions distinctes : 2011/2012 et 2012/2014. C’est déjà très positif. D’autre part, nous travaillons sur une cogestion de certains services liés à l’environnement, qui génèrera une économie de 50 % sur cette dépense de fonctionnement. Nous nous efforçons également de décrocher certains crédits européens.  
- Le gel des dotations de l’Etat aura-t-il un effet sur le montant du budget 2012 ?
- Non. Le montant sera stable. Mais il va falloir faire des choix.
- Quels choix ?
- Le département va devoir se recentrer davantage sur ses compétences propres et faire des économies.
- Des économies sur quels secteurs ?
- Sur tous les secteurs, sauf le social que l’on ne peut pas trop toucher à cause d’une population vieillissante. Le social est le secteur qui augmente chaque année. Il est pour nous prioritaire. Nous essaierons de trouver des économies ailleurs, notamment sur le transport scolaire qui coûte cher, près de 11 millions d’euros. J’ai demandé à mes services d’appliquer à la lettre le règlement qui dit que le transport se fait à partir de cinq élèves, or aujourd’hui des lignes fonctionnent pour seulement quatre élèves. C’est un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre. Ensuite, le monde associatif doit comprendre que le temps des largesses est fini. Nous allons diminuer les crédits alloués de 7 à 8 %.
- Quels types d’associations sont concernés ?
- Nous ne toucherons pas, bien sûr, aux associations qui gèrent le social même si nous allons, là aussi, y regarder d’un peu plus près. Par contre sont concernées les associations culturelles, sportives, etc. Nous allons déterminer les priorités et prendre des décisions qui iront vers la rigueur.  
- Quel est le montant de la dette ?
- Il est de 130 millions d’euros sur un budget de 280 millions d’euros. Il ne faut pas faire de sinistrose. Le département est certes endetté, mais est loin d’être dans le rouge. Nos ratios pour résorber la dette sont de 4,5 ans alors que les comptes commencent à rentrer dans le rouge à partir de 7.  
- Votre politique de rigueur va-t-elle s’accompagner d’un effort de réduction de la dette?
- Non. La dette est fonction des besoins en termes d’investissement. Nous allons essayer de ne pas emprunter ou de limiter les emprunts à 6 ou 7 millions d’euros. Les efforts sur la dette consistent à obtenir des taux plus bas en termes de remboursement. Néanmoins, la dette va diminuer progressivement parce que les temps ne sont pas favorables à l’endettement.  
- Que comptez-vous faire au sujet des prêts toxiques que le département a contracté auprès de Dexia ?
- Nous avons 5 prêts toxiques indexés sur le franc suisse. 5 000 collectivités françaises ont contracté ces prêts, qui, à l’époque, étaient très attractifs. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à l’augmentation des taux. Le taux d’un prêt a grimpé jusqu’à 17 %. Nous sommes arrivés à le bloquer à 4,50 % cette année. Nous continuerons l’an prochain dans ce sens tout en espérant que l’Etat prendra des mesures pour alléger le coût exorbitant de ces prêts. Dans le cadre du démantèlement de Dexia, la partie Prêts aux collectivités va être reprise par la Caisse des dépôts et consignations où l’Etat a quand même son mot à dire.
- Vos orientations budgétaires essuient de virulentes critiques de la part de Hyacinthe Mattei qui vous accuse de pratiquer l’inflation des embauches de personnel ? Que répondez-vous ?
- Il n’y a pas d’inflation sur le personnel. M. Mattei donne des chiffres farfelus et oublie des informations comme les 23 agents du Parc Régional et tous les agents de la DDE que l’Etat nous a refilés dans le cadre de la décentralisation. Il comptabilise tous les CDD, engagés pour remplacer le personnel en maladie.
- Hyacinthe Mattei s’estime aussi victime d’un ostracisme qu’il entend porter en justice?
- Il n’y a pas d’ostracisme. Les demandes exorbitantes, qu’il inscrivait lui-même quand il était Président de la Commission des finances, ne sont plus honorées. Sur le réseau routier, la moyenne départementale par canton est de 43 000 euros au km. Sur le canton d’Ile-Rousse, elle atteignait 110 000 euros. Pour les associations, la moyenne départementale par canton est de 30 000 euros, son canton obtenait 150 000 euros. Il est donc tout à fait normal d’aller vers un peu plus d’équité, de revenir à un certain équilibre entre canton. Le fait majoritaire joue toujours, mais, là, il a joué un peu trop.
- Il est devenu votre principal opposant !
- C’est malheureux de perdre quelqu’un avec qui on a construit quelque chose pendant un certain nombre d’années. Personnellement, cela me fait de la peine, mais je ne peux pas laisser avancer des chiffres démagogiques. M. Mattei se retrouve isolé avec un besoin de reconnaissance médiatique important, il prend donc l’assemblée départementale comme tribune politique. Ce n’est ni mon style, ni mon caractère de polémiquer. Il faut que cela s’arrête.
                                                                                         Propos recueillis par N.M.

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