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Bastia : Éduquer pour protéger le patrimoine marin

C’est tout l’enjeu du programme concocté du 12 au 14 octobre, dans le cadre de la Fête de la Science, par l’association U Marinu – CPIE Bastia Golo Méditerranée. Pendant trois jours, l’association, fondée en 1994 à Bastia par l’océanographe Jean Valère Geronimi, entend sensibiliser le grand public, et particulièrement les jeunes, aux problèmes liés à la Méditerranée et ouvrir un dialogue entre les professionnels de la mer et les élèves. Explications et interview.

"En montrant ses images, on fait connaître la mer ; en la faisant connaître, on apprend à l’aimer ; et si on l’aime, on va la protéger". Cette déclaration du Commandant Cousteau résume, à elle seule, la profession de foi de l’association de Jean Valère Geronimi, qui a fait de la protection de l’environnement marin, par le biais de l’éducation et de la sensibilisation de la jeunesse, son cheval de bataille.
C’est donc par des images que le programme s’est ouvert, ce matin, dans la Salle des délibérations du conseil général de Haute-Corse, avec une conférence-débat sur le thème : « La mer Méditerranée : connaissons-là et agissons pour mieux la protéger ». Deux classes tests de sixième des collèges Montesoro et Simon Vinciguerra, conduites par leurs professeurs de SVT, Mmes Angèle et Pierrette Santucci, étaient invitées à regarder le documentaire du photographe et réalisateur corse Georges Antoni : Non assistance à mer en danger. Les élèves ont pu, pendant 52 minutes, prendre conscience de la diminution dramatique des ressources halieutiques et des pollutions qui rongent depuis des décennies les mers et les océans et entendre le témoignage alarmant d’Albert Falco, l'ex-capitaine de la Calypso.
L’association avait invité, pour l’occasion, un certain nombre de responsables concernés par ces problématiques, notamment Sylvia Agostini, maître de conférences à l’Université de Corse, Gérard Romiti, président du comité régional des pêches et élevages marins et des représentants de la réserve naturelle de Biguglia, de la Mairie de Bastia, des affaires maritimes et de la SNSM. Tous se sont prêtés au jeu des abondantes questions posées par des collégiens attentifs qui ont manifesté une vraie volonté de s’interroger et de communiquer. 
Devenir des citoyens responsables
C’est d’ailleurs l’intérêt témoigné par des enseignants par rapport à la démarche d’U Marinu qui a motivé le choix des deux classes. « La découverte de l’environnement proche et l’éducation pour un développement durable sont au programme de la classe de sixième. Les problèmes, qui touchent la mer Méditerranée, sont étudiés par les élèves au travers de sorties, de films et d’exposés. L’intérêt est de sensibiliser à la protection de l’environnement dans le cadre de la découverte du patrimoine naturel et culturel de la Corse. L’objectif est d’initier des comportements de citoyens responsables, de développer l’esprit critique et de connaître les relations de l’homme avec son environnement. A partir d’une observation locale, on passe à une réflexion globale », explique Angèle Santucci, professeur de SVT au collège de Montesoro. La sensibilisation continuera en classe avec une synthèse du film et un compte-rendu détaillé du débat, réalisés par les élèves. « L’objectif est d’éviter ce que le film montre et d’oeuvrer pour que l’on puisse léguer aux générations futures un environnement de qualité. D’un point de vue général, la fête de la Science, à laquelle je participe pratiquement depuis sa mise en place, permet aux élèves de prendre conscience de tout le travail effectué au niveau scientifique », estime Angèle Santucci.
Le programme se poursuit jeudi 13 octobre sur le Vieux Port de Bastia où les professionnels de la mer (SNSM, pêcheurs, plongeurs, chercheurs de l’Université de Corse, etc.) animeront toute la journée des ateliers pour faire découvrir au public leurs activités et l’environnement marin. Enfin, vendredi matin, l’association U Marinu sera au lycée Jean Nicoli pour présenter le projet AGEM 21 impliquant des élèves de toute la Méditerranée. 

Sylvia Agostini, maître de conférences à l’Université de Corse, Gérard Romiti, président du comité régional des pêches et élevages marins
Sylvia Agostini, maître de conférences à l’Université de Corse, Gérard Romiti, président du comité régional des pêches et élevages marins

Jean Valère Geronimi : « L’important est d’oeuvrer tous ensemble

- Pourquoi participez-vous à la Fête de la Science ?
- Chaque année, dans tous les coins de France, la Fête de la Science est un moyen de vulgariser la connaissance au sens large du terme auprès de tous les publics, et essentiellement de notre jeunesse. A l’association U Marinu, nous sommes des éducateurs. Et nous sommes sur le même bateau qui rassemble de nombreux acteurs : les médias, les communicants, les institutions, les entreprises, la société civile, les artistes, etc. Nous sommes tous solidaires d’une même démarche : faire partager les résultats de la connaissance. Nous devons les transmettre en tant qu’éducateurs et en tant que citoyens à tous les niveaux. Ne serait-ce que pour une éthique, une appropriation de ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas ! Ce qui est le but de la science!  
- Qu’est-ce que votre association U Marinu ?
- C’est une association d’éducation à l’environnement dans le cadre de la loi 1901, qui a été labellisée en tant que CPIE, Centre permanent d’initiative à l’environnement. Ce label a été obtenu grâce au concours de quatre ministères. Il concerne 182 centres en France et seulement 3 en Corse : un à Ajaccio qui travaille sur l’arboretum et la ville, un à Corte qui se concentre sur les fleuves et la montagne et le notre qui se préoccupe de la mer. Notre CPIE a été baptisé Bastia Golo Méditerranée.  
- Pourquoi cette appellation ?
- Bastia, parce que notre local est situé à Bastia. Golo, pour montrer le lien entre l’eau douce et l’eau de mer. Mais aussi parce qu’avant, la Corse était divisée en deux parties, en-deçà et au delà des monts, parties auxquelles on donnait le nom des fleuves : Golo, en deçà, et Liamone, au-delà. Nous avons gardé cette définition à la fois historique et géographique pour situer notre engagement et, en même temps, pour signifier l’osmose entre l’eau douce et l’eau de mer. De plus, le Golo nous intéresse à cause du travail effectué par l’Ifremer à son embouchure sur des écosystèmes particuliers de mélange entre les deux liquides.
 - Quel est le but de ce CPIE ?
- D’éduquer, de sensibiliser et de former à deux niveaux. D’abord, au regard de la Corse et de ses 1000 kilomètres de côtes. Notre histoire témoigne qu’il faut se méfier de la mer. Un proverbe corse dit que dès que quelqu’un arrive de la mer, il faut d’abord savoir si c’est un ennemi ! Toutes les îles se protègent de l’envahisseur, encore plus quand l’île est une montagne comme chez nous. Il faut changer les comportements, peut-être se psychanalyser collectivement.  
- C’est-à-dire ?
- Personne ne globalise la mer Méditerranée. Elle est fermée ou semi-fermée, juste un tout petit détroit à Gibraltar permet à ce bassin à déficit hydrique de garder un équilibre. Le premier acte est de protéger cette mer menacée, ne serait-ce que par les opportunités politiques, l’Union pour la Méditerranée, les programmes Horizons 20-20, etc… Le film de Georges Antoni l’exprime de manière très forte. Nous avons tous un rôle à jouer pour protéger cette mer particulière qui ne représente même pas 1% de la surface marine mondiale, mais 8 % de la biodiversité. C’est la région la plus courue touristiquement au monde. Il faut être vigilant.  
- Comment la protéger ?
- Premièrement, en éduquant, en sensibilisant notre jeunesse par l’acte éducatif. Deuxièmement, vous ne pouvez pas protéger un espace si vous n’avez pas un sentiment d’appartenance. La Méditerranée n’est pas le Lac Léman, il faut donc l’asseoir dans sa mémoire, dans son histoire, dans sa culture, mais c’est plus facile à dire qu’à faire car chacun ne voit la mer qu’autour de sa région. Il faut donc globaliser l’opération. C’est pour cela que nous avons un projet intitulé AGEM 21 qui s’adresse, par le biais de l’éducation formelle et non formelle, à toute la jeunesse méditerranéenne. L’an prochain, pour RIO + 20, nous choisirons des élèves qui ont les pieds dans l’eau dans les 23 pays bordant le littoral méditerranéen. Nous voulons qu’ils se mobilisent ensemble, qu’ils relèvent les défis ensemble et nous devons, tous ensemble, les aider à obtenir ce résultat. Nous devons, nous adultes, transmettre à notre jeunesse les gestes éco-citoyens pour que la société de demain, de manière durable, puisse mieux gérer, mieux protéger, par la connaissance et par nos messages, l’avenir de notre mer commune.
- Au delà de cette manifestation ponctuelle dans le cadre de la fête de la science, quelles actions menez-vous au cours de l’année ?
- Nous travaillons toute l’année avec deux opérations permanentes. D’abord, une manifestation qui s’appelle Mer en fête où nous réunissons, chaque année, depuis 18 ans, sur un bateau à quai de la SNSM des élèves de l’académie de Marseille, de Bastia et d’Ajaccio. L’objectif est de parvenir, en une journée, par le biais d’activités transdisciplinaires, à jouer sur le rêve, sur l’émotion des élèves suscitée par le monde marin, toujours un peu virtuel. Ensuite, grâce à des financements de l’Office de l’Environnement, nous effectuons des opérations appelées Ecole de la mer, qui consistent à mettre des aquariums dans des salles de classe afin de sensibiliser les jeunes. Enfin, nous travaillons avec l’Université de Corse et ses chercheurs installés à Stella Mare dans une démarche de communication pour faire partager les résultats de la connaissance à tous les publics.  
- Qu’attendez-vous de vos partenaires ?
- L’important est d’oeuvrer tous ensemble. La mer a besoin de tous ceux qui sont concernés, qui ont le devoir de l’être. Au regard des 1000 kilomètres de côtes, la Corse est la région la mieux protégée de Méditerranée. Elle compte de nombreuses réserves naturelles, dont certaines, maritimes, sont classées au patrimoine mondial de l’Unesco. Nous essayons de réunir toutes les professions qui touchent à la mer. Nous collaborons avec des structures comme le parc régional, l’Office de l’Environnement, les pêcheurs, les associations qui se battent pour protéger le littoral, etc. Par exemple, dans le cadre de la Fête de la Science, nous prenons le Vieux Port comme théâtre. Le Vieux Port est un plan d’eau de mer fréquenté par toutes sortes de gens : des plaisanciers, des pêcheurs, etc. Nous demandons à tous ces gens d’organiser un atelier devant le lieu où ils se trouvent pour présenter ce qu’ils sont. En même temps, nous proposons une pièce de théâtre sur le thème de la mer. Nous faisons de l’éco-culturel. Le patrimoine n’est pas seulement naturel, il est aussi culturel. Nous disons : Oui à la posidonie, Oui au sanctuaire des cétacés, mais Oui aussi à l’homme, Oui à l’enfant, Oui à la jeunesse ! Si nous voulons modifier les comportements, nous devons replacer l’homme dans son environnement, c’est prioritaire.
                                                                                 Propos recueillis par N.M.

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Commentaires: 1
  • #1

    Mitsue Gagne (mardi, 24 janvier 2017 14:41)


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