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Les histoires de L'histoire

 

 

Janine Serafini, conservateur honoraire du patrimoine, va régulièrement venir nous racontrer les histoires de l'Histoire.

Première de cette belle série aujourd'hui : " Lorsque le Prince de Galles s’agenouilla devant le tombeau de l’Empereur aux Invalides".

En 1854, la reine Victoria avait reçu, à Windsor, Napoléon III qui l’avait littéralement conquise par sa façon de danser le quadrille et de monter à cheval. L’année suivante,  elle vint, à son  tour, en visite officielle à Paris, accompagnée du prince Albert, son époux, et de son fils aîné, le prince de Galles (futur Edouard VII), âgé alors de 14 ans. L’accueil des Parisiens fut enthousiaste. Un soir, la souveraine émit le souhait d’aller aux Invalides s’incliner devant le tombeau de Napoléon. Une telle visite n’avait pas été prévue par le protocole. On dépêcha alors un émissaire auprès du vieux roi Jérôme, gouverneur des Invalides, pour lui faire part du désir de la reine d’Angleterre. Celui-ci, furieux, ne voulut point la recevoir, déclara qu’il était malade et quitta les Invalides.

On demanda alors au maréchal d’Ornano de recevoir la souveraine. Mais les pourparlers avaient duré si longtemps qu’il était 7 heures du soir, lorsque Victoria arriva aux Invalides accompagnée de Napoléon III, du prince Albert et du jeune prince Albert-Edouard.

La nuit tombait, le ciel était à l’orage, et pour éclairer le parcours que devaient emprunter les hôtes de marque, Ornano fit distribuer des torches à quelques grognards de Waterloo, qui encadrèrent le cortège. C’est ainsi que Victoria, dont l’émotion était visible, fit son entrée dans la chapelle Saint-Louis.

Lorsque les visiteurs furent devant le tombeau (qui se trouvait dans une chapelle latérale, en attendant que le mausolée de porphyre rouge fût terminé) la reine s’arrêta. Sa bouche tremblait. L’assistance était émue tant le symbole était impressionnant : l’Angleterre rendant hommage à Napoléon, par l’intermédiaire de sa souveraine. Après avoir considéré en silence le petit chapeau d’Eylau, l’épée d’Austerlitz et la plaque de la Légion d’honneur qui étaient exposés sur un socle, la reine se pencha vers le prince de Galles et lui dit :

« Agenouillez-vous devant le tombeau du grand Napoléon ».

L’adolescent obéit. Au même moment, l’orage éclata sur Paris, faisant trembler les murs de la chapelle. Durant une heure, éclairs et coups de tonnerre se succédèrent, pareils à ceux qui, le 5 mai 1821, s’étaient déchaînés, à Sainte-Hélène, au moment de la mort de l’Empereur.

(D'après Guy Breton, 1969  Bibliothèque du club de la Femme)

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