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Charly 9 : La Saint-Barthélémy revue et corrigée par Jean Teulé

Le 17 mai arrive à Bastia, le tant attendu Jean Teulé dans le cadre du festival « Histoire (s) en mai ». C'est avec un peu de retard que l'écrivain rencontrera le public bastiais, pris dans le tourbillon médiatique du succès de son succulent Charly 9. C'est pour parler de cette œuvre et de son roman « Le Montespan » que Jean Teulé tiendra la vedette de cette 6ème manifestation, ces deux œuvres s'inscrivant parfaitement dans le thème du festival « cour et courtisans ».

La cour du pauvre Charly 9 aurait pu affubler son roi de ce sobriquet ridicule et condescendant, qui donne le ton à ce roman baroque et tragi-comique.  Aussi, en refermant le livre, le lecteur ne sait-il pas s'il doit rire ou pleurer, plaindre ce pauvre et ridicule Charles IX ou s'en moquer et le reléguer au rôle que l'Histoire lui a laissé : l'instigateur du massacre de la Saint-Barthélémy.

En était-il le véritable initiateur ? Sur ce sujet, Jean Teulé a un parti pris : Charles IX a été influencé par sa mère, la manipulatrice, Catherine de Médicis et par sa cour.

A la tragédie religieuse, réelle et effroyable, s'ajoute la tragédie intérieure, la déchirure vécue par le jeune roi. Le massacre de la Saint-Barthélémy : élément déclencheur qui le fait sombrer dans la folie. Folie douce d'abord, de celle qui amuse avant d'effrayer, avant de conduire tout droit à la mort. Rongé par la culpabilité d'avoir fait couler autant de sang, exténué par les hallucinations et une santé de plus en plus fragile, le roi succombera à une bien étrange maladie pendant laquelle le sang s'écoulera de tous ses pores. Maladie allégorique plus que réelle, puisque l'on sait que le monarque est mort d'une pleurésie.

A l'époque des saignée, comment ne  pas voir là le symbole de sa culpabilité rejaillissant par tout son corps comme une expiation ? Mieux vaut, comme Œdipe, tenter de se débarrasser de cette aveuglante réalité qu'il a lui-même créée.  Mais la comparaison avec le roi, figure du tragique, s'arrête là. Car ce roman est empreint de baroque. L'histoire se passe, d'ailleurs, en 1572, et nous sommes au début du mouvement. Les contraires s'attirent, la mort s'exhibe, la fantaisie s'installe. Et de fantaisie, cette  œuvre n'en manque pas. Jean Teulé joue sur le registre tragi-comique. Histoire tragique et écriture comique. A la grande Histoire, l'auteur ajoute des anecdotes drôles et souvent absurdes : le roi chassant le lièvre dans le château, faisant, au sens propre, l'autruche, empoisonnant  une partie de la population affamée qui mangea le muguet offert le 1er mai. Le lecteur se plait aussi à découvrir Ronsard, déambulant dans le château, ne chassant pas le lièvre mais la jeune servante....

L'écriture de Jean Teulé, mêlant vocabulaire moderne et expressions d'époque, contribue à créer des décalages de langage qui amuse le lecteur. 

A chaque page, on sourit d'un bon mot, on rit d'une absurdité de Charly 9, si bien qu'en refermant le livre, on éprouve ce sentiment paradoxal et dérangeant de compassion vis-vis d'un des plus grands instigateurs de massacres de l'histoire de France. Criminel qui, cependant, nous a plongés pendant 332 pages dans un univers fantasque et comique dont on reprendrait bien quelques lignes. Alors, comme le disait le titre du précédent roman de Jean Teulé : « Mangez-le si vous voulez »! Et régalez-vous.

Jean Teulé rencontrera ses lecteurs le mardi 17 mai, à 18 heures, à la librairie Le point de rencontre. Au programme : discussions, dédicaces et apéritifs.

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