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Un auteur corse primé

 

 

Où j'ai laissé mon âme  de Jerôme Ferrari

Pour son sixième roman, Où j’ai laissé mon âme, Jérôme Ferrari, écrivain et professeur de philosophie au lycée Fesch à Ajaccio a reçu le prix France Télévision et le Grand prix Poncetton de la Société des Gens de Lettres. L’auteur accède ainsi à une reconnaissance nationale que sa précédente œuvre Un Dieu Un Animal avait annoncée.

    

 

Roman philosophique, roman métaphysique, Où j’ai laissé mon âme traite de l’homme, de sa morale et de sa foi, malmenées par des conditions extrêmes, par le guerre d’Algérie. Le roman pose une question centrale qui en appelle d’autres : comment passe-t-on de victime à bourreau ? De torturé à tortionnaire ? Peut-il y avoir une rédemption quand on a perdu son âme dans les méandres de cette dialectique ?

Où  le capitaine Degorce a-t-il laissé son âme ? Dans un local de la Gestapo à Besançon où, jeune résistant, il a été torturé ? En Indochine, emprisonné par le Viêt-minh ? C’est là, dans les camps de redressement qu’il rencontre le lieutenant Andreani.

Ces deux personnages, deux victimes, deux combattants sortis vivants de l’horreur indochinoise replongent, quelques années plus tard, dans l’enfer de la guerre, en Algérie. Là, ils doivent se salir les mains. Action identique mais ressentiment opposé. L’un, le lieutenant Andreani, exécute les ordres sans scrupule, sans se poser de question parce que l’homme est un avant tout un soldat et voit dans les missions un mal nécessaire pour accéder au Bien. L’autre, le capitaine Degorce accomplit la tâche dans le doute, le questionnement, la perte progressive de son identité et de sa parole.

Jérôme Ferrari analyse dans ce roman la frontière ténue et même réversible entre le bien et le mal. Et va même plus loin, par delà ces valeurs, pour scruter les consciences.

Celle d’abord de Degorce. A travers le récit de trois jours décisifs de la guerre d’Algérie, l’auteur décrit ce personnage, tour à tour tortionnaire et torturé par sa culpabilité. Ni sa foi, ni les lettres de son épouse Jeanne-Marie, restée en Corse, et à qui il est incapable de répondre, ne pourront le soulager. Le récit de ces trois jours est interrompu par un monologue, celui du lieutenant Andreani. Longue adresse à Degorce dans laquelle il témoigne de son admiration, de sa haine et surtout de son incompréhension face à cet homme qui n’assume pas ses actes. La langue, dense, emportée, lyrique, fouille la conscience et sillonne les méandres de la mémoire et de la pensée.

Où j'ai laissé mon âme, Actes Sud

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